Nouveau départ

Un rayon de soleil dépassant d’un rideau tira Daren de son sommeil. Il entrouvrit les yeux difficilement, ébloui par la luminosité ambiante, et distingua une silhouette familière assise non loin de lui.

− Bonjour, toi. Bien dormi, la marmotte ?

C’était Imoen. Elle était apparemment levée depuis un petit moment, et veillait sur lui depuis.

− Hmmm, je serai bien resté comme ça au moins quelques jours de plus, répondit-il.

Elle poussa un soupir de soulagement.

− Tu peux te lever ? Je… je ne sais pas si ta blessure te fait toujours mal.

Sa blessure. Il n’y avait plus pensé. Instinctivement, il essaya de bouger sa jambe, mais ne ressentit aucune douleur. Retirant les couvertures, il inspecta sa cuisse droite, mais en dehors du cuir entaillé de son pantalon, il ne releva aucune trace d’une quelconque coupure.

− Que… quel est ce prodige ?

Imoen semblait gênée et médusée à la fois.

− C’est… Jaheira. Je lui ai dit que tu avais été blessé tout à l’heure. Elle est partie dans ta chambre sans un mot, et pendant que tu dormais, elle a examiné ta plaie. Elle a ensuite posé ses deux mains dessus, et … une sorte de halo bleuté s’est formé tout autour.

Imoen marqua une pause. Daren l’écoutait, stupéfait.

− Elle est restée comme ça quelques secondes, puis elle s’est relevée et est repartie comme elle était venue. Je… je n’ai pas osé lui demandé ce qu’elle avait fait, mais je me suis douté qu’elle t’avait guéri, ou quelque chose comme ça.

Elle baissa soudainement le ton, et chuchota à l’oreille de Daren.

− Elle est vraiment bizarre cette fille, tu ne trouves pas ? Comme hier soir, avec les gros hommes à la taverne…

Daren ne put qu’acquiescer, et se leva.

− Je meurs de faim, pas toi ?

− Il est déjà midi tu sais ?, lui répondit-elle amusée. J’ai déjà mangé, mais tu peux descendre à table toi aussi. Attends, je vais te montrer le chemin. Viens !

Ils sortirent de la chambre, pour arriver dans un couloir qui avait sûrement dû servir de chemin de ronde il y a longtemps. Imoen lui fit signe de la suivre, et ils descendirent les escaliers qui menaient à la grande taverne où ils étaient arrivés la veille au soir. La salle était presque pleine, et ils eurent quelques difficultés à trouver une place assise parmi les nombreux habitués. Daren interpella une serveuse, et commanda un plat qui semblait être le même pour tous les clients. À peine celui-ci fut-il servi qu’il se jeta dessus, sans se poser d’autres questions inutiles.

− Hé bien ! On sent que tu avais faim, toi !, lui sourit Imoen.

Il répondit d’un signe, ne perdant pas une seconde pour engloutir son plat.

Peu de temps après, Jaheira et Khalid entrèrent par la porte principale, et se dirigèrent vers eux. Khalid les salua de loin, d’un geste de la main, puis s’approcha avec un sourire et s’assit à leur table.

− Alors les jeunes ? Bien dormi ?

Daren, la bouche toujours pleine, acquiesça d’un hochement de tête.

− La nuit et le repas, c’est pour nous, ajouta le demi-elfe d’un clin d’œil. Vous en faites pas. Mangez à votre faim les enfants !

Jaheira arriva alors, et annonça à son compagnon :

− Bon, Khalid, il faut qu’on y aille. Ça ne sert plus à rien d’attendre maintenant. On a d’autres problèmes à régler, je te rappelle.

Khalid poussa un soupir, et reprit en direction d’Imoen et de Daren.

− Bon, hé bien, ravi de vous avoir rencontrés. Mais nous avons du travail, Jaheira et moi.

Il se leva, et les regarda une dernière fois en haussant les sourcils et les épaules, comme pour s’excuser de ne pas pouvoir rester plus longtemps. Daren faillit s’étouffer, et avala le plus vite possible ce qu’il était en train de mastiquer.

− Attendez ! Vous ne pouvez pas nous laisser comme ça !

Jaheira se retourna, et le fixa avec un regard provocateur.

− Tu crois vraiment qu’être le fils de Gorion te rend indispensable ? On a du travail, Khalid et moi, et du travail dangereux. Je ne crois pas que toi ou ta copine soient de taille à faire face à un combat. On n’a pas besoin de quelqu’un dans les pattes à materner.

Le sang de Daren ne fit qu’un tour. Elle venait de les accueillir et de le soigner, mais il ne pouvait pas la laisser lui parler sur ce ton.

− Je sais me battre !, lança-t-il sur un ton de défi.

− Moi aussi !, renchérit aussitôt Imoen, qui n’avait pas non plus apprécié la façon dont elle venait d’être traitée.

Daren et Jaheira se toisaient du regard, sans ciller, manifestant leur détermination sans faille. Khalid leva un bras entre eux, et tenta de temporiser la situation.

− Allez… Jaheira…, la mission que nous avons ne sera pas facile à deux. On aura sûrement besoin d’un ou deux coups de main. Je suis sûr que ces gamins ont de la ressource. Ce sont les disciples de Gorion, tout de même !

Intérieurement, Daren remerciait mille fois Khalid de sa considération, et brûlait de faire ses preuves pour enfin faire taire cette femme.

− Bon… D’accord. Vous pouvez nous suivre, concéda finalement Jaheira. Mais attention ! Hors de question qu’on se trimballe deux chouineurs. Si ça va trop vite pour vous, vous connaissez le chemin. Compris ?

Imoen se mit au garde à vous, et répondit du tac au tac.

− Oui, chef !

Jaheira, ne sachant si elle devait s’en trouver flattée ou vexée, se retourna brusquement en faisant un signe de sa main.

− Allez, en route. Il faut qu’on soit à Berégost d’ici deux ou trois jours maximum.

Khalid leur lança un clin d’œil agrémenté d’un sourire, et leva discrètement son pouce en signe de victoire.

L’espoir était né. En plus d’avoir retrouvé sa confiance, Daren éprouvait une étrange sensation. Une sensation qu’il n’avait ressentie que de manière diffuse pendant toute son enfance. Une envie de voir le monde, et la certitude qu’il était fait pour ça. L’aventure, qui l’avait toujours appelé, même enfermé entre les murailles épaisses de Château-Suif, était à portée de main. Son rêve allait peut-être enfin devenir réalité.

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