Chapitre 2 : Voyages

La route vers Berégost n’était pas très fréquentée en ces temps incertains. À ce qu’on racontait, de nombreux brigands pistaient les convois qui osaient s’aventurer sur cette route autrefois très commerciale. L’appât de l’or, et maintenant du fer, avait attisé les appétits les plus féroces de tous les bandits de la Côte des Epées. Néanmoins, voyager avec Khalid et Jaheira s’avéra être suffisamment dissuasif pour que le groupe ne fût pas inquiété.

Lors de leur premier jour de marche, Daren et Imoen sympathisèrent rapidement avec Khalid, qui semblait ravi d’avoir de la compagnie un peu plus bavarde. Jaheira, quant à elle, marchait devant d’un pas décidé, et ne prenait la parole d’un ton bourru que lorsque cela n’était qu’absolument nécessaire, ou pour faire remarquer aux trois autres qu’ils n’avançaient pas assez vite.

Daren était avide d’en apprendre davantage sur leur mission, les dangers qu’ils allaient rencontrer, et questionna Khalid sans relâche.

− Qui est à l’origine de cette pénurie de fer ? Ah, mais c’est toute la question, justement. Avant de traquer les coupables, il nous faudra d’abord les démasquer. Ce qui ne sera pas chose aisée, je peux te l’assurer.

− Mais qui pourrait avoir intérêt à faire ça ?, questionna à son tour Imoen, qui n’avait rien perdu de la conversation.

− Qui sait… ? Des rumeurs circulent sur une guerre avec l’Amn.

− L’Amn ?, répéta Daren.

− Oui, l’Amn. Le royaume juste au sud de celui la Porte de Baldur, encore en dessous de la montagne des Pics Brumeux. Il paraît qu’il y a des tensions diplomatiques entre eux, et qu’une guerre pourrait se préparer. Vous ne le savez peut être pas, mais la région de Nashkel, bien qu’éloignée de la capitale, est une région très stratégique. Les mines de Nashkel, dans la région des Pics, produisent les trois quarts du fer du royaume. Et vous pouvez deviner facilement qu’un pays qui souhaiterait nous faire la guerre, qui plus est un pays juste de l’autre côté de ces mêmes montagnes, aurait tout intérêt à bloquer cette production.

Il marqua une pause. Daren et Imoen écoutaient attentivement les explications de leur aîné.

− C’est l’Amn alors, qui est derrière tout ça ?, avança Imoen.

− Disons que c’est une possibilité. Même si les politiques s’accordent pour en faire une certitude. Si nous enquêtons, c’est autant pour apprendre quelle organisation est derrière tout ça, que pour tenter de les localiser, voire de les éliminer.

− Vous comptez éliminer à vous seuls toute une organisation capable de mener une guerre à tout un royaume ?, s’inquiéta Daren.

− Non, non, je te rassure ! Nous devons rencontrer le bourgmestre, Berrun Tuemort à Nashkel, et il nous enverra de l’aide si nous localisons l’ennemi.

Daren était pensif. Il rassemblait toutes les informations que lui avait données Khalid, et opta finalement pour une autre question.

− Mais pourquoi la Porte de Baldur ferait la guerre au pays de l’Amn ? Cela n’a aucun sens ! On était en paix depuis assez longtemps, non ? Qui a commencé les hostilités ?

− Ah ça… Chaque camp accuse l’autre de mouvements hostiles aux frontières… C’est difficile de faire la part des choses, crois moi.

Une voix s’éleva quelques mètres plus en avant.

− On s’arrête ici, et on monte un camp pour la nuit.

C’était Jaheira, qui venait de trouver une clairière légèrement sur le bas-côté de la route, suffisamment isolée du passage, mais pas assez pour être sur le territoire d’animaux sauvages. Elle déplia une tente de son sac, et commença à rassembler des brindilles pour allumer un feu.

Khalid, Daren et Imoen l’imitèrent, et sortirent leurs vivres afin de préparer le repas du soir. Il faisait encore bon, et la nuit présageait d’être suffisamment douce pour ne pas être éprouvante. Après s’être mis d’accord sur un tour de garde, chacun s’installa en silence, et s’assoupit rapidement après leur journée de marche. Seule Jaheira, qui avait pris le premier tour, était assise au coin du feu et méditait, en murmurant des paroles incompréhensibles.

− À qui parle-t-elle ?, chuchota Daren à Imoen.

− Je ne sais pas… Elle prie, peut être ?, lui répondit Imoen, toujours à voix basse. En tout cas, bonne nuit.

− Bonne nuit à toi aussi, lui répondit-il.

D’étranges images troublèrent les rêves de Daren, cette nuit-là. L’homme en armure noire était assis à l’auberge de Brasamical, et Gorion s’approchait de sa table, pour lui faire la lecture d’un ouvrage intitulé l’Art du Combat à deux Cimeterres, de Drizzt Do’Urden le Drow (ouvrage qui n’existait pas, il en était sûr, car il les avait tous lus). Cette situation était d’autant plus incongrue qu’Imoen et Jaheira étaient serveuses dans cette taverne, mais étaient chacune montée sur un cheval blanc comme la neige. Tout ceci aurait presque pu porter à rire, si une étrange sensation d’oppression et d’angoisse ne suintait pas de son rêve, comme si une puissance supérieure dont il aurait eu à peine conscience dirigeait son esprit. Soudain, il entendit une voix. Une voix grave et monocorde, qu’il ne connaissait pas, mais qui lui sembla étrangement familière. Comme s’il l’avait toujours connue, dans son inconscient, alors qu’il savait pertinemment que personne ne lui avait jamais parlé ainsi.

« La roue tourne. Le temps est venu », dit la voix sans âme.

La scène se figea petit à petit, et un halo rouge entoura chacun des protagonistes de son rêve étrange.

« Je suis toi, et à travers moi tu tueras. Le sang appelle le sang. La haine appelle la haine. »

L’angoisse et la peur l’envahissaient lentement. Ce rêve ne semblait plus du tout aussi absurde. Les personnages avaient totalement disparu à présent, et seul le halo rouge persistait. Il se sentait submergé, cette brume écarlate s’infiltrant en lui, au plus profond de son âme. Il sut alors que c’était du sang. Le sang de milliers de personnes mortes. Tout à coup, il sentit une main se glisser sur son épaule, une main qui, il en était sûr, allait l’attirer au cœur de cet enfer. La terreur qu’il éprouvait atteint alors son paroxysme, le tirant brusquement hors de son cauchemar. D’un coup, il s’éveilla, en sueur, les poumons vidés du cri qu’il venait de pousser.

− Hé, doucement petit. Tu vas rameuter toute la contrée.

Khalid était juste devant lui, une main posée sur son épaule. Les deux autres dormaient toujours, et ne semblaient pas l’avoir entendu hurler.

− Ça va ? Tu te sens bien ? Tu es tout pâle. Tu as mal digéré quelque chose ?

Daren eut du mal à répondre sur le moment, mais malgré son cœur qui battait la chamade, il fit non de la tête. Il ne voulait pas dès le début de leur voyage passer pour quelqu’un qui se laisse impressionner aussi facilement par un simple cauchemar.

− Bon, c’est à toi de prendre le dernier tour. Rien à signaler pour le moment, je vais me recoucher jusqu’au lever du soleil. À tout à l’heure.

Daren, le souffle encore court et le visage perlé de gouttes de sueur, prit la place devant le feu qui crépitait encore doucement. Il y ajouta machinalement une petite branche, et veilla jusqu’à l’aube.

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