Chapitre 4 : Complot

Après de longues minutes de silence, Jaheira, Khalid puis Imoen reprirent connaissance. Ils étaient encore éprouvés par la puissante magie noire de Davaeorn, mais finirent par reprendre leur souffle. Seul Daren était encore alerte, et allait et venait vers chacun de ses compagnons, guettant le moindre signe de rétablissement de leur part. Ils étaient tous en vie. Lui qui crut un instant être le seul survivant de ce terrible combat… Jaheira l’observait depuis quelques instants, d’un regard stupéfait. Elle était vraisemblablement restée suffisamment consciente pour avoir remarqué ce qui s’était passé.

− Daren…, commença-t-elle, d’une voix fatiguée.

Son cœur se serra, et il sut ce qu’elle allait lui demander. Son secret, ce terrible secret, qu’il gardait depuis le début de leur voyage, allait être révélé. Il ne pouvait plus fuir, et devait affronter la réalité en face.

− Qui es-tu réellement ?, finit-elle par demander.

Daren sentit son estomac se nouer. Il se doutait que quiconque ayant aperçu son regard fou quelques minutes plus tôt se serait posé la même question. Il représentait sans doute une menace pour ses compagnons à présent. Sa présence même dans ce groupe allait-elle être remise en question ? Il se sentait souillé. Il avait honte d’être lui-même. Le simple fait de se souvenir de ce sentiment de haine absolue lui donnait la nausée. Il fallait pourtant qu’il s’explique. Imoen le dévisageait intensément, de son regard bleu sombre. Elle qui la connaissait depuis toutes ces années semblait deviner le malaise qui le rongeait en cet instant. Il lui retourna son regard, espérant un instant qu’elle l’absoudrait de tous ses torts, mais il sut que c’était à lui de s’expliquer, seul. Daren prit une grande inspiration. Tout le monde était suspendu à ses lèvres.

− Je ne sais pas… Je… Depuis notre départ, j’ai fait des rêves, des cauchemars, étranges. Comme si quelqu’un, ou quelque chose, était à l’intérieur de moi, et me parlait.

Jaheira haussa les sourcils.

− Au départ, ce n’étaient que des rêves, des choses plus ou moins absurdes, sans queue ni tête, puis plusieurs éléments, toujours les mêmes, revenaient sans cesse. Une sensation de… rage, mêlée à celle une excitation morbide.

Il jeta un œil aux trois autres qui l’écoutaient les yeux écarquillés, et continua.

− Et là, j’ai senti que ça revenait. Au fur et à mesure que je me sentais partir, cette sensation m’emplissait, et … à un moment, je ne me contrôlais plus. J’aurais tué n’importe qui devant moi, je crois…

Il n’avait très certainement pas choisi le plus judicieusement ses mots, mais il en avait assez de contourner le problème. Ou de mentir à ses compagnons.

− Mais j’ai déjà combattu ce… cette chose, reprit-il, le plus sincèrement qu’il put. Dans un de mes rêves. J’ai déjà réussi à garder le contrôle, et à conserver cette… puissance. C’était comme si je reprenais petit à petit possession de mon corps. C’est ce qui c’est passé, tout à l’heure. Voilà.

Il déglutit, attendant le jugement de ses compagnons. Allaient-ils le prendre pour une sorte de monstre ? Pour un fou ? Ou pour le moins, quelqu’un de fortement dérangé ? Il appréhendait le moment où l’un d’eux, vraisemblablement Jaheira, prendrait la parole. Plusieurs secondes de silence suivirent la fin de son explication, et Khalid, Jaheira et Imoen semblaient peser attentivement ses propos. Il ferma les yeux un instant, attendant le verdict, puis une voix féminine lui répondit.

− Merci, Daren. Tu nous as sauvé, nous tous.

C’était Imoen, qui se dirigeait vers lui, et le fixait de son regard azuré. Elle se retourna un instant vers les deux autres, et poursuivit.

− Nous te sommes tous très reconnaissants d’avoir fait usage de ce pouvoir. Même si nous ne savons pas encore ce qu’il en est, et même si, d’après ta description, son origine semble maléfique. Je sais que tu es quelqu’un de bien, et je suis sûre que tu sauras toujours garder raison.

Les deux autres s’étaient levés eux aussi, les propos d’Imoen les avaient visiblement convaincus. Jaheira se contenta d’un bref hochement de tête dans sa direction, mais Khalid s’approcha de lui, une main tendue.

− Merci, petit. Tu as peut-être un pouvoir dangereux enfoui en toi, mais je suis sûr que tu sais l’utiliser avec sagesse.

Daren ne put retenir quelques larmes de soulagement. Il se souvint alors de la voix de ses rêves. « Tu finiras par apprendre ». Peut-être était-il en train d’apprendre, en définitive ? Apprendre à se servir de son pouvoir, ce pouvoir qu’il ne comprenait pas encore.

− Bon, c’est pas tout ça, mais on n’a pas encore fini !, les interrompit Jaheira, pragmatique. Fouillons ce bazar, trouvons des indices, et de quoi nous déguiser.

Ce n’étaient pas les armoires et bureaux qui manquaient dans cette pièce. On trouvait quantité de registres et de journaux de bords dans le moindre tiroir. Leurs recherches prirent du temps, et Daren réalisa la chance qu’ils avaient eu d’avoir débuté par la cabane d’une personne haut placée, et qui ne souhaitait sans doute pas souvent être dérangée. Néanmoins, il leur fallait terminer leurs fouilles rapidement pour ne pas compromettre cette chance. Au bout d’une dizaine de minutes, chacun rassembla ses trouvailles, et ils firent le point sur leurs découvertes.

− J’ai trouvé de nombreuses missives, commença Khalid, de Tazok pour la plupart, mais aussi quelques unes avec un nom qui revenait souvent. Un certain « Reiltar ». De ce que j’en ai déduit, la personne au dessus de Davaeorn dans la hiérarchie du Trône de Fer.

− Moi aussi, j’ai lu ce nom, renchérit Daren. Là, regardez. Cette lettre parle de la mission de Tazok et des mercenaires des « Griffes Noires ». Il est fait allusion ici aussi au Zhentarim, et c’est effectivement, comme nous l’avait dit Ender, une couverture pour le Trône de Fer. Ils mentionnent que les bandits capturés par le Poing Enflammé ont révélés qu’ils travaillaient pour les Zhents.

− C’est une organisation très bien huilée, commenta Jaheira. Écoutez aussi ce que j’ai trouvé. Si la date sur cette lettre est bien celle à laquelle elle a été envoyée, la situation est encore plus grave que ce à quoi nous pouvions nous attendre.

« Le 16 Flammerige, 1368

 

Davaeorn,

 

Nos projets se déroulent comme prévu. Mon fils Sarevok est arrivé de notre quartier général d’Ordulin. Il apporte des nouvelles de la part de nos supérieurs ; notre progression les satisfait jusqu’ici. J’ai l’intention de nommer Sarevok commandant de nos forces mercenaires dans la région. Il a déjà envoyé son subalterne, Tazok, à Bois-Manteau, pour prendre le commandement des forces basées là-bas. Les choses avancent vite ici à la Porte de Baldur. Nous avons posté notre premier agent parmi les rangs des Sept Soleils.

 

Reiltar. »

1368… Cela faisait donc plus de cinq ans que cette opération se préparait. La pénurie de fer et la guerre avec l’Amn n’étaient en définitive que la conclusion de manigances bien antérieures. Jaheira avait raison. La situation était plus grave qu’il n’en paraissait au premier abord. Si ce Trône de Fer préparait bien ces évènements depuis tant d’années, il allait être d’autant plus difficile de leur barrer la route.

− Qu’allons-nous faire, maintenant ?, s’enquit Daren.

La sensation d’être devant une muraille gigantesque lui avait fait perdre tout espoir de pouvoir poursuivre cette enquête. Il ne voyait pas comment quatre voyageurs errants à travers la Côte des Epées pourraient enrayer cette imposante machination.

− Il va falloir nous renseigner sur ce Sarevok, ainsi que ce Reiltar. Ils ont l’air d’être des notables de la Porte de Baldur, répondit Jaheira.

− J’ai déjà entendu ce nom de « Sept Soleils » qui est mentionné dans la lettre, ajouta Khalid. Il me semble que c’est une guilde marchande de la Porte, concurrente de ce point de vue du Trône de Fer.

− Intéressant, reprit Jaheira. C’est certainement une piste à explorer. Mais pour commencer, il nous faut impérativement trouver un moyen de pénétrer dans la ville. Une fois à l’intérieur, nous devrons absolument localiser le siège du Trône de Fer, et y trouver d’autres indices.

Une voix jusqu’alors restée silencieuse s’éleva derrière eux.

− J’ai peut-être bien la réponse, intervint Imoen, brandissant à son tour un rouleau de parchemin jauni. Ecoutez ce que j’ai trouvé, moi aussi.

« Le 4 Alturiak 1368,

 

Davaeorn,

 

J’ai reçu votre demande de nouveaux esclaves. Ils vous seront envoyés dès que possible. Les événements vont bon train à la Porte de Baldur. Nous avons acheté une propriété nobiliaire à l’ouest. Elle servira de base à nos opérations. Il s’agit d’un bâtiment ancien près des docks, vraisemblablement construit avant l’édification du deuxième mur. Ce mur constitue un outil de défense considérable contre ceux qui tentent de nous piller.                                                               

                                                                                                                                 Reiltar. »

La Porte de Baldur. Tout conduisait vers cette ville. Le Trône de Fer, ce Reiltar ainsi que son fils Sarevok. Chaque nouvel indice les y amenait. Mais Jaheira n’avait pas vraiment écouté la fin du message. Dès la première ligne, elle avait plissé les yeux, et serré la mâchoire d’un air menaçant.

− Des esclavagistes… Les ordures…

Elle semblait véritablement hors d’elle. Tout le monde s’était focalisé sur la localisation du quartier général du Trône de Fer, mais à l’évocation du mot « esclave », son visage s’était considérablement durci.

− J’ai trouvé des noms dans les registres sur le bureau, continua-t-elle, le visage toujours crispé de colère. Des noms barrés, des pages entières… Ils font mourir des esclaves dans leurs mines !, s’écria-t-elle, indignée.

Khalid lui fit signe de baisser la voix.

− Calme-toi, ma chérie. Nous ferons cesser ces horreurs en temps et heure. Pour le moment, nous ne pouvons rien faire à nous quatre, à part nous faire capturer !

Ses propos étaient raisonnables, mais ne semblaient pas infléchir la hargne de la druide qui bouillait intérieurement. Laisser ces esclavagistes libres de tuer à la tâche des hommes, femmes, et même des enfants, lui était insoutenable.

− J’ai peut-être une idée, proposa alors Imoen, une volumineuse clé rouillée à la main. J’ai trouvé plusieurs plans de la mine, ainsi cette grosse clé. Il semblerait que le petit cours d’eau qu’on a longé tout à l’heure ne soit en fait que le bras d’une rivière souterraine beaucoup plus importante.

Elle marqua une pause, et feuilleta quelques instants le registre dont elle parlait.

− Voilà. Au premier sous-sol, on a construit un barrage, une sorte de bouchon qui détourne la rivière, et qui empêche l’eau d’inonder la mine toute entière.

Daren commençait à comprendre où elle voulait en venir. Imoen fit un grand sourire, et désigna alors sa clé.

− Et ceci est la clé qui permet d’ouvrir ce bouchon.

Jaheira réfléchissait à toute vitesse, et était bien déterminée à ne pas partir en laissant cet endroit intact. Aucun argument ne semblait pouvoir la faire fléchir, et les trois autres finirent par se rendre à sa détermination. Toutefois, s’ils voulaient tenter quelque chose, ils devaient tout d’abord trouver un moyen de s’approcher du souterrain sans être repérés, et d’en faire sortir les mineurs avant de déclencher une quelconque inondation.

Tout à coup, quelques coups brefs retentissant à la porte firent le silence dans la pièce. Quelqu’un venait de frapper, et tous les quatre stoppèrent aussitôt leur respiration. Khalid s’approcha de la porte à pas de loup, et invita Daren à le suivre d’un signe. En quelques secondes, ils se postèrent tous deux de chaque côté de l’ouverture, prêts à réduire au silence quiconque entrerait.

Nouveaux coups. Ils n’allaient apparemment pas pouvoir contourner le problème… Ces personnes étaient venues pour rencontrer Davaeorn, et semblaient prêtes à insister pour cela. La priorité absolue consistait à ne pas éveiller les soupçons, en déclenchant par là même une alerte générale.

Jaheira se couvrit la bouche de sa manche, et répondit de sa voix la plus rauque.

« Entrez ! »

La poignée tourna légèrement, et la porte de bois s’entrouvrit dans un grincement plaintif. Daren se plaqua contre le mur. Il devina aux bruits étouffés derrière la porte deux individus, et mit tous ses sens en alerte. Jaheira et Imoen s’étaient quant à elles dissimulées derrière l’une des nombreuses armoires qui décoraient la pièce. La cabane était sans dessus dessous, et ils n’avaient pas eu le temps de ranger les innombrables documents qui jonchaient le sol, ni de déplacer le corps du mage, dont on apercevait les jambes de l’entrée.

La porte s’ouvrit alors en grand, et deux gardes en uniforme firent quelques pas dans la pièce. La lumière dehors était vive, et les deux hommes mirent quelques secondes à s’adapter à l’ambiance plus tamisée de la cabane. Tandis qu’ils réalisaient à peine le désordre indescriptible qui y régnait, deux ombres se glissèrent derrière leur dos à la faveur de l’effet de surprise. Et avant même que l’un d’eux ne puisse émettre un cri, deux violents coups les assommèrent en un instant. Khalid et Daren refermèrent la porte derrière eux, et ligotèrent solidement leurs prisonniers.

− Je crois que nous tenons notre moyen d’infiltration, lança Khalid à sa femme d’un ton victorieux.

Khalid et Daren étant les deux seuls hommes de l’équipe, ils enfilèrent rapidement les tuniques du Trône de Fer. S’ils devaient s’approcher de la mine, le seul moyen était de se travestir en deux de ces mercenaires, et d’après leurs observations, ces troupes n’étaient composées que d’hommes. Imoen, qui avait analysé minutieusement les plans de la mine, leur expliquait en même temps qu’ils s’habillaient l’emplacement exact du barrage. Le plan était simple : pendant que Daren et Khalid prévenaient les mineurs et actionnaient le mécanisme, les deux autres devaient se rendre hors du campement, et déclencher une attaque qui ferait diversion. Ce plan comportait certes des risques, mais c’était le seul qu’ils avaient.

Une fois accoutrés de leurs tabars gris aux insignes du Trône de Fer, Daren et Khalid s’éclipsèrent de la cabane, et suivirent les rails qui conduisaient sans doute à l’entrée de la mine. Personne ne semblait encore avoir remarqué l’absence de Davaeorn. Les nombreuses patrouilles du camp sillonnaient toujours les murailles extérieures, à l’affût d’animaux sauvages. Le plus discrètement possible, tous les deux se dirigèrent vers le tunnel qui jouxtait le moulin à eau, et s’engouffrèrent dans les sombres galeries. D’un rapide coup d’œil en arrière, Daren entraperçut un instant une silhouette féminine plonger dans le cours d’eau qu’ils avaient emprunté à l’aller. Pour le moment, tout se déroulait comme prévu.

Ils devaient impérativement contacter des mineurs, et faire circuler au plus vite l’information de leur évacuation. Tous devaient être sortis lorsqu’ils libèreraient les eaux. Afin d’avoir le champ libre, ils devaient attendre une attaque extérieure, orchestrée par Jaheira, pour agir sans attirer l’attention. Les deux autres étaient à l’évidence sorties du camp, car quelques minutes plus tard, l’alerte d’un assaut était donnée. On entendait au loin la cloche de l’alarme, et des cris alertant le camp d’une attaque d’animaux. Daren poussa un soupir de soulagement mais Khalid le rappela à l’ordre : leur mission était loin d’être achevée. Ils se dissimulèrent quelques instants dans le recoin d’une galerie, et entendirent passer les patrouilles qui circulaient à l’intérieur des tunnels, arrivant en renfort de leurs camarades qui combattaient au-dessus. Le champ était libre. Ils devaient agir le plus rapidement possible.

− Dirige-toi vers la porte, j’ai encore à peu près le plan des galeries en tête, et je m’occupe de prévenir un maximum de mineurs, lui ordonna Khalid. Tiens toi prêt, et dès mon retour, inonde-moi tout ça !

Daren acquiesça d’un signe et prit le chemin du barrage. À quelques mètres de sa destination, il aperçut deux gardes du Trône de Fer, qui étaient vraisemblablement assignés à la surveillance, et eut juste le temps de se plaquer contre la paroi. Ils ne l’avaient apparemment pas repéré, mais cela ne changeait de toute façon pas la donne. S’il ne trouvait pas rapidement un moyen de les déloger, l’affrontement serait inévitable, cette porte devant impérativement être libre à l’arrivée de son compagnon. Il dégaina le plus silencieusement possible ses deux épées, et retourna la deuxième contre son gantelet, la lame courant le long de son avant-bras. Il s’était entraîné plusieurs fois avec Khalid depuis le début de leur périple, et il était temps de mettre en pratique l’une des bottes secrètes qu’il lui avait enseignée. Il ferma les yeux un instant, se remémorant les mouvements rapides et précis qu’il devait enchaîner. Cette attaque surprise, correctement exécutée, était censée être mortelle. Il demeura quelques secondes ainsi, immobile, se concentrant sur ce difficile enchaînement. Il n’aurait qu’un seul essai, et s’il échouait, son combat en deviendrait d’autant plus délicat. Il rouvrit lentement les yeux, bloqua sa respiration, et courut droit vers les deux gardes qui se tenaient devant la grande porte métallique, la pointe de l’épée en avant. Il était à peine arrivé sur sa cible, que l’un deux l’avait déjà repéré. Le garde sortit son arme, prêt à se défendre, et alerta son compagnon d’un mouvement de bras.

D’un geste habile, Daren dévia la lame de son adversaire de son bras droit, et transperça le point faible de la cotte de maille de l’autre. Le second abattait déjà son épée sur lui, mais Daren pivota à la dernière seconde et bloqua son attaque de sa deuxième épée retournée. Il poursuivit alors son pivot, enchaînant des coups précis de la pointe de sa lame tout en parant de sa deuxième main, exécutant ainsi l’attaque que Khalid lui avait enseignée. Les deux mercenaires n’étaient vraisemblablement pas des vétérans, et ne faisaient pas le poids face à une technique d’un tel niveau. En quelques secondes, les deux hommes étaient à terre, avant même d’avoir pu donner l’alerte. Khalid était vraiment un maître dans l’art du combat, et Daren réalisa en cet instant à quel point cette attaque était foudroyante.

Après avoir dissimulé les deux corps, il inséra la clé dans l’énorme serrure grise, et attendit le retour de son compagnon. On entendait au-dessus le tumulte d’une bataille, et dans les tunnels de la mine résonnaient des dizaines de bruits de pas. Cela faisait maintenant presque vingt minutes qu’ils s’étaient séparés. Si tout se passait bien, Khalid ne devait plus tarder à revenir. Daren repensa à ce qu’avait dit Jaheira un peu plus tôt. C’était elle qui avait insisté pour qu’ils mettent à exécution ce plan incertain, et sa détermination sans faille avait ébranlé le jugement qu’il portait sur elle. Jusqu’à présent, il l’avait principalement jugée comme une personne assez individualiste, et suspectait que son zèle pour résoudre les problèmes d’autrui ne soit qu’en définitive motivé par le seul appât du gain. Le moins qu’il pouvait admettre était qu’il se trompait lourdement. Cette femme avait des convictions des plus ancrées, et était prête à risquer sa vie pour ses idéaux humanistes. Il ressentit un profond respect pour elle, et se jura de ne plus jamais douter de ses actes.

Un bruit de pas rapide le tira de ses réflexions, et il distingua Khalid, en sueur, qui accourait vers lui.

− On y va ! Maintenant !

Sans hésitation, il tourna la clé dans un crissement retentissant, avant qu’un bruit sourd ne fît trembler le sol et les parois. De l’eau, en grande quantité, s’infiltrait par les fentes de la lourde porte qui céda d’un coup sous la pression de la rivière souterraine. Sans se retourner, Daren courut à toute vitesse vers la sortie, suivant Khalid de près. Des milliers de litres d’eau se déversaient derrière eux, emportant tout sur leur passage. En quelques secondes de course effrénée, ils atteignirent la surface, indemnes.

Des dizaines et des dizaines de mineurs, leur pioche encore à la main pour certains, les regardaient sortir, éberlués. Khalid les avaient mis au courant de la situation, mais certains n’avaient pas osé y croire. Ces deux hommes, accoutrés comme leurs bourreaux, venaient de les libérer de leur joug. Quelques cris de joies commencèrent à retentir, mais les mineurs n’eurent pas le temps de remercier leurs sauveurs, car déjà l’assaut à l’extérieur touchait à sa fin. Le temps leur était à présent compté : il fallait sortir au plus vite, et ne pas se faire prendre. En un instant, Daren et Khalid, profitant de la panique, avaient plongé dans le cours d’eau glacial, et se frayaient un chemin entre les mêmes hautes herbes qui avaient couvert leur arrivée. Jaheira et Imoen, dissimulée un peu plus loin derrière les arbres, guettaient leur sortie, et accueillirent leurs deux champions qui grelottaient encore de leur plongeon forcé.

La mission était un succès, et aucun ne comptaient s’arrêter là pour barrer la route au Trône de Fer. Leur prochain objectif était la Porte de Baldur, où se trouvaient rassemblés leurs ennemis.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s