Perdus de vue

Du sang. Un océan d’un sang rougeoyant et tumultueux. Vu d’en haut, on aurait dit la fourrure d’une créature vivante. Une créature qui s’insinuait dans les méandres de son âme. L’océan s’étendait à l’infini, et l’écume noire des vagues donnait naissance à une brume sombre. À l’horizon pourtant, on devinait une cascade chutant vers le néant du monde. À bord d’un frêle esquif, Daren naviguait seul sur cette mer de cauchemar.

Ses rêves lui étaient maintenant familiers, et les terribles sensations qu’il y ressentait ne l’effrayaient plus autant. Il dirigeait péniblement son navire contre les courants et les vents, et avait la sensation de lutter contre quelque chose, quelque chose de plus abstrait que de simples considérations maritimes, mais pourtant de bien plus puissant. Il sentait que s’il se laissait aller, les eaux rouges l’emporteraient vers les limites du monde, vers il ne savait quel destin funeste. Il devait lutter, et ne pas se relâcher. Son bateau n’avait ni voiles ni rames, mais il n’en avait pas besoin. Sa volonté seule lui permettait d’avancer. Il sentait affluer ce mystérieux pouvoir coulant dans ses veines, mais luttait de toutes ses forces pour ne pas se laisser submerger par la sensation de haine et de folie. Contrairement à ses précédents rêves, il avait cette fois conscience de sa situation, et ne se laissait pas guider par ses instincts premiers. Il était à la limite imperceptible entre la lucidité et les songes. La voix s’adressa alors à lui, d’un ton menaçant.

« Pourquoi ne pas te laisser aller à la puissance ? Pourquoi lutter contre toi-même ? »

L’attitude qu’il avait adoptée ne lui plaisait vraisemblablement pas.

« Laisse-toi aller à ce pouvoir. Sa toute-puissance est tienne. Il suffit de t’y abandonner. »

Il avait déjà goûté à cette sensation, et son pouvoir était des plus grisants. Grisant au moins de perdre tout lien avec la réalité. Avec le monde des vivants… Plusieurs fois au cours de ses derniers affrontements, il faillit céder, mais le souvenir des conseils de ses compagnons, de leur voix, chaleureuse et réconfortante, le raccrocha à chaque fois à la réalité.

La mer de sang s’agita soudainement, devenant incontrôlable, et un gigantesque raz de marée écarlate recouvrit alors l’embarcation imaginaire de Daren, qui s’éveilla en sursaut.

Il n’avait pas crié cette fois-ci. Son cœur battait rapidement, et si ses mains tremblaient légèrement, il ne sentait pas aussi désorienté que les autres fois. Daren se leva, résigné, et se retourna face à son lit. Il savait ce qu’il allait trouver. La même forme, le même visage, de plus en plus précis et menaçant à chacun de ses rêves, gravés à même ses draps. Un jour sans doute, ces traces de sang prendraient leur forme définitive, et il frissonna à la simple idée de ce que cela pourrait signifier. Il resta debout, immobile pendant cinq bonnes minutes, perdu dans ses pensées, avant de faire demi-tour. Il avait décidé de tourner la page, et de ne plus être l’esclave de cette chose qui le rongeait de l’intérieur.

Il s’habilla rapidement, et se dirigea vers la salle principale du Chant de l’Elfe. Imoen sortait elle aussi au même moment et ils descendirent ensemble, cherchant Khalid et Jaheira du regard.

− Toujours personne…, soupira Daren.

− Il leur est peut-être arrivé quelque chose ?, continua Imoen, d’un ton légèrement inquiet.

− On mange un morceau, et on voit après ?

− Ça me va.

Il n’était pas si inhabituel que leurs deux compagnons ne soient pas à l’heure à un rendez-vous, mais la possibilité qu’ils aient été attaqués n’était pas négligeable. Après un court petit-déjeuner, Daren et Imoen se mirent en route pour le quartier général du Trône de Fer, où étaient censés se trouver Khalid et Jaheira.

Le bâtiment n’était pas aussi difficile à trouver que prévu. C’était un énorme manoir sur les docks de la ville, et des drapeaux aux insignes gris et noirs étaient déployés à chaque fenêtre. Devant l’imposante entrée, deux gardes en uniforme armés de hallebardes menaçantes contrôlaient toutes les entrées et sorties. Daren parcourut les environs du regard, mais ne releva aucune trace de leurs deux amis. La sécurité à l’entrée était telle qu’il se demandait comment − et même si − ils avaient réussis à franchir ce premier barrage. Les deux gardes casqués devant la porte ne négligeaient aucun visiteur, et chacun fournissait semblait-t-il un laissez-passer pour pouvoir entrer.

− Reste ici et surveille les environs, finit par dire Daren. Note tout ce que tu peux. Les relèves des gardes, les clients, qui entrent et qui sortent. Tout.

− Et toi ? Où vas-tu ?, lui répondit-elle d’un air inquiet.

− Je vais au Poing Enflammé. Il faut qu’on prévienne « La Balafre » de ce qui se passe, et éventuellement qu’il nous aide à porter secours à Khalid et Jaheira si besoin.

− Très bien. Je reste dans les environs, et je surveille tout ce que je peux. Si je retrouve Khalid ou Jaheira, on t’attendra par ici. Bonne chance.

Daren fit un dernier signe à son amie et se dirigea vers l’ouest de la ville. Il demanda son chemin à des passants, mais le bâtiment militaire de la Porte de Baldur était suffisamment important pour qu’on puisse le trouver facilement. Au-dessus de la herse massive qui était levée, un large drapeau représentant un gant métallique devant un cercle de flamme flottait à la brise légère du matin. Il se présenta rapidement à l’un des nombreux soldats qui patrouillaient aux alentours, et lui demanda de l’annoncer à son supérieur. « La Balafre » le reçut quelques minutes plus tard, un sourire plein d’espoir sur le visage.

− Bonjour, mon ami ! Je viens de rencontrer Jhasso, et il m’a expliqué la situation.

Daren lui rendit son sourire, et lui expliqua plus en détail ce qui était arrivé.

− C’est vraiment extraordinaire, conclut le soldat d’un air abattu. Comment cette situation a-t-elle pu durer si longtemps ?… Cela fait froid dans le dos…

L’épisode des Sept Soleil était certes des plus étranges, mais Daren était davantage préoccupé par le sort de ses deux compagnons. Il redoutait avant tout qu’ils aient été faits prisonnier par le Trône.

− Deux de mes compagnons sont actuellement sur la piste du Trône de Fer, et ils ne sont pas encore revenus de leurs investigations, reprit Daren. Nous avons peur qu’ils se soient faits capturés,… ou pire… Pourriez-vous… comment dire… faire quelque chose pour eux ?

Sa voix avait un ton presque suppliant. Il ne connaissait personne, ici à la Porte de Baldur, et son seul espoir résidait en cet homme. « La Balafre » fronça les sourcils, et semblait réfléchir à toute vitesse.

− Ils vont peut-être s’en sortir, ajouta Daren en se voulant rassurant. Mais dans le cas contraire… nous ne savons pas à qui nous adresser…

− Comme je vous l’ai déjà dit, il est très difficile de tenter quoi que ce soit contre le Trône de Fer, juridiquement parlant, répondit enfin « La Balafre », mais je peux peut-être vous proposer quelque chose. Je vais aller parler de votre situation au duc Eltan, mon supérieur. Je ne vous garantis pas sa réponse, mais il est le seul qui puisse décider quoi que ce soit, ici.

Daren ne pouvait pas exiger davantage du soldat, et il le remercia de son initiative. Ils se donnèrent un rendez-vous ultérieur le lendemain, pour voir comment la situation avait évolué, et dans le pire des cas pour tenter quelque chose. Daren prit le chemin de la sortie, soucieux, quand il entendit la voix de « la Balafre » derrière lui.

− Attendez !, lui lança-t-il. Vous oubliez votre récompense !

Le soldat leur avait effectivement promis une coquette somme s’ils élucidaient le mystère des Sept Soleil, et Daren avait complètement oublié ce qu’il considérait maintenant comme quelque chose de secondaire.

− Je repasserai plus tard avec mes compagnons, lui répondit-il. Merci encore, et à bientôt.

Il sortit rapidement, impatient de retrouver Imoen et de lui annoncer les nouvelles. Il espérait secrètement que tout soit résolu à son retour, et que les deux demi-elfes soient sortis sains et saufs, mais son espoir était mince. S’étant déjà perdu plusieurs fois depuis leur arrivée, Daren commençait à se repérer plus facilement dans cet environnement urbain, et en un peu moins d’une heure, il était de retour sur les docks et se dirigeait vers leur point de rendez-vous.

− Imoen ! J’ai des nouvelles, commença-t-il à l’attention de la jeune femme.

Imoen posa un doigt sur ses lèvres, et l’attira dans une ruelle sombre.

− Viens par ici, lui répondit-elle dans un murmure. Je crois que l’un des gardes du Trône de Fer m’a repérée.

Daren pencha discrètement la tête pour observer le porche du bâtiment de la guilde, et recula brusquement lorsqu’il s’aperçut en effet l’une des deux sentinelles regardant dans sa direction. Ils étaient pourtant trop loin pour qu’il ait pu les identifier clairement.

− Tu as raison… Le garde, à droite. Il regardait dans notre direction.

Daren était abasourdi. Si son amie n’avait rien tenté de plus qu’une simple surveillance, c’était tout simplement impossible qu’elle se soit fait localiser à cette distance.

− Comment t’es-tu fait repérer ? Tu as plutôt le coup de main à ce petit jeu d’habitude, non ?

Imoen haussa les épaules en signe d’incompréhension.

− Je ne comprends pas. J’ai été particulièrement prudente, mais dès mon premier passage, il avait déjà les yeux rivés sur moi. Je suis vraiment désolée…

− Ce n’est pas de ta faute, la rassura-t-il aussitôt. Je suis sûr que tu as fait au mieux. Peut-être qu’ils ont déjà nos portraits ? Après tout, ils doivent avoir une dent contre nous…

− Je ne pense pas, reprit Imoen en secouant la tête. Si c’était le cas, on aurait déjà eu des ennuis bien plus importants. Et puis, je ne pense pas non plus que qui que ce soit du Trône de Fer nous ait observé de près assez longtemps pour pouvoir faire un descriptif précis. Non. Il doit s’agir d’autre chose…

Daren réfléchit quelques minutes en silence. Il fallait bien tenter quelque chose. « La Balafre » ne lui avait rien promis de très concret, et ils devaient avant tout essayer de sauver leurs compagnons par eux-mêmes. Il sortit de la ruelle sombre dans laquelle ils s’étaient dissimulés, bien décidé à ne pas en rester là.

− Bon, on ne va pas rester là à ne rien faire, déclara-t-il. Je vais m’approcher des gardes, et tenter d’entrer moi aussi. Khalid et Jaheira ont bien trouvé un moyen d’y pénétrer, eux.

Imoen était inquiète. Si son compagnon échouait, la survie de son groupe reposerait sur ses seules épaules.

− Reste ici, toi. Si le garde t’a déjà repérée, ça risque de compliquer la situation.

Elle voulut lui répondre quelque chose, mais Daren la coupa avant même qu’elle n’ait commencé sa phrase.

− Si je ne suis pas de retour avant ce soir, va voir « La Balafre » au Poing Enflammé demain matin. Il m’a demandé de venir faire le point avec lui, et on doit avoir une audience avec le duc Eltan si tout se passe bien.

Elle fit un signe à Daren, craignant que ce fût le dernier, et l’observa le plus discrètement possible, dissimulée à l’angle de la ruelle.

Daren se dirigea d’un pas assuré vers les marches du manoir devant lui. Malgré la cohue qui régnait sur les docks surchargés, il lui semblait que le garde avait toujours les yeux rivés sur lui. C’était pourtant impossible. À moins que sa théorie sur leurs têtes mises à prix ne fut fondée ? Il ralentit sensiblement, changeant sa trajectoire, en slalomant entre les pêcheurs qui déchargeaient leurs prises de la veille. Mais il n’y avait rien à faire : le garde semblait toujours regarder ostensiblement dans sa direction. Daren se dit en lui-même qu’il n’observait pas ses mouvements de manière très discrète, car il voyait nettement la crête grise de son casque bouger dans sa direction à chacun de ses virages. Il prit tout de même son courage à deux mains, et s’avança sur les marches qui menaient au Trône de Fer.

− Halte !, lui dit d’un ton abrupt le garde de gauche. Avez-vous une convocation ou un laissez-passer ?

Daren se doutait qu’il ne serait pas aussi simple de pénétrer à l’intérieur, et fit mine de chercher le document dans ses poches. L’autre garde prit la parole, et sa voix résonna de manière étrangement familière aux oreilles de Daren.

− Allez ! Ouste, gamin ! Tu vois bien que tu gènes ! Et tu n’as apparemment rien à faire ici !

Daren se redressa, et dirigea son regard éberlué vers l’autre sentinelle. Cette voix, il la connaissait parfaitement, mais il était tellement improbable de l’entendre ici même, qu’il eut du mal à en croire ses yeux et ses oreilles.

Le vigile qui les avait repérés lui et Imoen, était en fait leur compagnon de voyage, Khalid.

− Fiche le camp d’ici, petit fouineur, reprit Khalid d’une voix faussement menaçante.

Daren se ressaisit, mimant l’embarras.

− Je… excusez-moi, j’ai dû faire erreur.

Khalid lui adressa un rapide clin d’œil, et reprit aussitôt son air sévère. Il avait à peine fait demi-tour, que la porte derrière lui s’ouvrit, et il aperçut une silhouette pressée qui descendait les marches d’un pas leste. Il faillit se retourner et s’engouffrer à l’intérieur pendant que le passage était encore ouvert, mais Khalid fronça les sourcils dans sa direction, l’invitant à ne rien tenter dans se sens. Son regard insista alors en direction de celui qui, recouvert d’une cape, dévalait les marches. Daren réalisa la situation en quelques secondes, et se lança aussitôt à la poursuite de cette personne à travers la foule.

Il ne la suivait pas depuis une minute qu’elle s’était déjà arrêtée. L’avait-elle repéré elle aussi ? Elle porta alors ses mains à sa capuche et se découvrit, dévoilant une épaisse chevelure brune et familière sur ses épaules.

− Jaheira ! Que s’est-il …

Mais il n’eut pas le temps de finir sa phrase que la demi-elfe se retourna brusquement, et lui plaqua une main sur la bouche.

− Chhhhuuut ! Pas si fort !, murmura-t-elle. Nous avons presque terminé notre mission, et il ne manque plus qu’à faire sortir Khalid.

− Imoen est dans une petite rue, un peu plus loin, lui répondit-il sur le même ton.

− Allons la chercher, et suivez-moi le plus discrètement possible. Il est très probable que des mercenaires du Trône de Fer soient déjà à mes trousses.

Daren s’exécuta et la conduisit auprès d’Imoen. Depuis son poste, elle avait observé la scène depuis le début. Une fois réunis, tous les trois suivirent Jaheira, qui jetait régulièrement un œil en direction de la foule, à l’affût de la moindre menace.

− Là, par ici !, fit-elle soudainement en désignant le sol.

− Qui y a-t-il ici ?, demanda Imoen, intriguée.

− Les égouts, lui répondit-elle aussitôt.

Ils descendirent rapidement l’échelle rouillée qui menait vers les canalisations de la ville, et une fois dans les sous-sols, Jaheira se détendit quelque peu. Ils étaient à l’abri pour le moment.

− Suivez-moi, reprit-elle. C’est bientôt l’heure de la relève, et il va falloir couvrir la sortie de Khalid.

Daren et Imoen n’avaient pas toutes les pièces du puzzle en main mais obéissaient aux ordres, faisant pleinement confiance à Jaheira. Pour le moment, la priorité était de faire sortir leur ami. Les explications viendraient plus tard, lorsque tous seraient en sécurité. Jaheira courait, pataugeant dans les galeries malodorantes, suivie de près par les deux autres. Elle s’arrêta soudainement et désigna l’une des nombreuses échelles qu’ils venaient de croiser.

− Celle-ci monte directement dans les caves de Trône de Fer, leur annonça-elle. Nous devons sécuriser l’endroit pour Khalid. Suivez-moi le plus discrètement possible. Il doit y avoir une sentinelle ou deux à l’étage, et nous devons les réduire au silence au plus vite.

Les deux autres acquiescèrent en même temps d’un signe de tête, et ils gravirent lentement les barreaux de métal un à un. Daren était tendu, mais lucide. Il était maintenant habitué aux situations de crise, et son expérience l’aidait à surmonter sa peur. À plusieurs reprises, il se remémora son étrange pouvoir, enfoui au plus profond de son être, et la tentation d’y faire appel le rongeait régulièrement. Néanmoins, il n’avait pour le moment pas la moindre idée de ce qui déclenchait son réveil, et était aussi conscient du risque de la terrible corruption qu’il faisait courir à son âme si jamais il devait y avoir recours. Le léger crissement de la dalle de pierre au-dessus de lui le ramena à la réalité, et Jaheira leur décrivit la situation d’un murmure à peine perceptible.

− Deux hommes. À droite et devant. À mon signal…

On n’entendait plus que les piaillements des rats et les gouttes d’eau sales tombant sur le sol humide. Daren avait tous ses muscles tendus, prêt à bondir.

− Maintenant !

Elle souleva d’un geste le carreau au-dessus d’elle et se précipita dans la pièce sombre. Daren gravit en un éclair les barreaux qui le séparaient de la cave et dégaina aussitôt son arme, cherchant sa cible du regard. Les deux gardes furent tout d’abord surpris, mais leur position ne leur avait pas permis une attaque aussi foudroyante qu’ils l’auraient souhaitée. Jaheira sortit son bâton de son dos et chargea le premier homme. Leur assaut n’avait peut-être pas été assez rapide pour les mettre tous les deux hors de combat en un instant, mais les avait suffisamment déstabilisés pour qu’ils ne pensent en premier lieu qu’à se défendre plutôt qu’à appeler de l’aide.

Daren fonça à son tour, l’épée au poing, et sa lame heurta violemment le bouclier de métal de son adversaire. La technique de combat de Jaheira était redoutable, et le duel qu’elle avait engagé tournait sans conteste à son avantage. Son adversaire reculait à chacun de ses coups et était bientôt dos au mur, parant tant bien que mal ses rapides mouvements. Après quelques secondes de combat intense, l’un des deux mercenaires à la solde du Trône de Fer avait reprit ses esprits, et porta ses deux mains à la bouche en prenant une profonde inspiration.

Daren et Jaheira se figèrent en même temps. Si ce garde appelait à l’aide, ne serait-ce qu’une seule fois, c’en était fini de leur plan, et leur situation s’en trouverait passablement compliquée. Jaheira porta un coup d’une violence exceptionnelle au garde contre lequel elle était déjà engagée, le projetant contre le mur, mais l’autre avait déjà la bouche grande ouverte et il se mit à hurler.

Silence. Une lumière rouge familière illumina un instant la pièce, réduisant à néant le cri pourtant manifeste du soldat. Daren n’eut pas besoin de se retourner pour comprendre la situation. Il décocha un violent coup de poing au visage du mercenaire, stupéfié de ce qui lui arrivait, et celui-ci retomba sur le sol sans un bruit, inconscient.

Derrière lui, Imoen se tenait encore en position, ses mains figées en un symbole étrange. Elle ne pouvait pas parler elle non plus, mais son sourire étincelant en disait aussi long que des mots. Jaheira, qui n’avait encore jamais vu Imoen véritablement à l’œuvre, était impressionnée par ses progrès. Elle maîtrisait de mieux en mieux la magie, alors qu’elle n’en avait appris les premiers rudiments que quelques semaines plus tôt. Ne perdant pas de vue leur mission, Jaheira se précipita en un instant vers les deux hommes encore à terre et les ligota solidement. Ils n’avaient plus qu’à attendre Khalid. La magie d’Imoen ne dura que quelques secondes et petit à petit, on entendit de nouveau le brouhaha qui résonnait au rez-de-chaussée. Tout se passait pour le moment comme prévu.

Près de trois minutes plus tard, la lourde porte en haut des marches grinça. Daren, Imoen et Jaheira guettaient l’arrivée de leur compagnon, mais s’étaient préparés à tout imprévu. Ils avaient auparavant dissimulé les corps des deux mercenaires, et s’étaient eux-mêmes camouflés derrière de volumineux coffres, attendant d’avoir identifié leur cible avant de se dévoiler. La silhouette sombre descendit lentement les escaliers, et s’arrêta soudainement à mi-chemin. D’un coup, elle frappa le sol du manche de sa hallebarde à un rythme régulier. C’était le signal. Jaheira se redressa aussitôt, et courut se jeter dans les bras de l’homme qui ne pouvait être que Khalid.

Tous les deux restèrent ainsi quelques secondes, amoureusement enlacés, et Daren réalisa que c’était la première fois qu’il voyait Jaheira véritablement inquiète pour son mari. Un instant plus tard, tous les quatre se faufilaient par le passage dérobé du sous-sol, et arpentaient les tunnels nauséabonds des égouts de la Porte de Baldur, libres et victorieux.

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