Retour aux sources

Château-Suif. Daren ne s’était jamais absenté aussi longtemps de sa maison natale. Le périple incroyable qu’il avait vécu ces dernières semaines l’avait tellement bouleversé qu’il en avait presque oublié la majestueuse et bienfaitrice silhouette de la citadelle surplombant la mer. Imoen était elle aussi animée de cette même ferveur, et leurs dix jours de marche pour y parvenir furent des plus silencieux.

Il avait découvert le monde, ce dont il avait toujours rêvé, mais ce n’était que maintenant qu’il réalisait ce que Château-Suif avait de si particulier : un univers de livres et de connaissance, à l’abri de la misère et de la violence des villes. Le monde extérieur était à la fois si plein de vie, en effervescence, mais aussi tellement vide de savoir et de sagesse. Le duc Eltan leur avait fourni un ouvrage d’une extrême rareté de sa collection, ce qui était le gage d’une entrée entre les murs de la citadelle. Leur mission était d’espionner le colloque marchand qui réunissait à la fois les dirigeants du Trône de Fer et ceux d’autres chefs de guildes étrangères, mais Daren avait du mal à s’y consacrer pleinement. Son esprit vagabondait à une multitude de souvenirs, de joies et de mélancolies. Il repensait à son père, ce merveilleux précepteur qui lui avait transmis le goût du savoir et de la persévérance, et qui avait fait de lui la personne qu’il était aujourd’hui. Des larmes lui montaient aux yeux alors qu’il songeait à ce passé désormais révolu, et croisant son regard avec celui d’Imoen, ils s’échangèrent sans un mot un sourire chargé de nostalgie.

− Nous ne sommes encore jamais entrés entre ces murs, dit Jaheira en désignant les murailles qu’on apercevait au loin. À quoi ressemble l’intérieur ? On raconte que c’est assez impressionnant.

Daren avait du mal à donner un avis impartial et objectif. Pour lui, Château-Suif était à la fois la normalité et en même temps le lieu le plus extraordinaire qu’il n’ait jamais visité, mais seule Imoen pouvait comprendre cette contradiction. Il était si impatient et à la fois si anxieux de retrouver les murs de son enfance qu’il avait du mal à trouver la patience d’expliquer à Jaheira ce qu’il en retournait. Quelques minutes plus tard, ils franchissaient la herse de l’entrée principale, après avoir remis leur précieux écrit au gardien du portail. Daren ferma les yeux un instant, humant les odeurs familières de ces murs clos. Les jardins et l’entrée de la grande bibliothèque se dressaient devant eux, dominés par la noble statue du prophète Alaundo, fondateur de la citadelle.

− Tu nous conduits à l’auberge ?, demanda Jaheira à Daren.

Il sursauta à ce retour à la réalité, et acquiesça d’un hochement de tête.

− Suivez-moi, leur proposa Imoen, laissant ainsi à Daren les quelques minutes de solitude qu’elle lui savait nécessaire.

Alors que ses trois compagnons traversaient les allées en direction de l’auberge, Daren ses pas lents le menèrent instinctivement vers l’écurie, profitant de chaque seconde de ces retrouvailles inoubliables. De nombreux souvenirs de son passé, de Gorion, lui revenaient à l’esprit en désordre. Il se rappelait précisément de sa dernière journée en ces murs, sa dernière journée où il avait encore un père.

« Daren ! Ohé ! Daren ! »

Une sensation de déjà-vu l’arrêta aussitôt. Il connaissait cette voix, et cette situation lui était étrangement familière.

− Si c’est pas quelqu’un que je penserais jamais revoir d’ici un million d’années !

C’était Hull. Un sourire radieux sur le visage et les bras tendus, il avançait vers Daren, visiblement ravi de retrouver son ami.

− Tu es enfin de retour ! Je croyais vraiment ne jamais te revoir !, ajouta-t-il dans un grand rire sonore. Qu’est ce que tu deviens ?

Daren lui rendit son sourire, mais la mélancolie et le souvenir encore douloureux de la mort de Gorion l’empêchaient de partager pleinement sa joie.

− Je sais pour Gorion, reprit-il d’une voix plus sobre. Je… Nous avons tous été attristé de sa disparition, et de te savoir sans protection dans la nature…

Il s’arrêta, ne sachant pas comment continuer cette conversation sans paraître déplacé, puis reprit d’un ton plus joyeux.

− Mais tu es revenu, c’est l’essentiel ! Qu’est ce que tu as fait de beau dehors ? Tu as des choses à raconter, je suppose ?

Daren hésita un instant. Il ne voulait pas parler de certains évènements, les jugeant encore trop sensibles pour être divulgués.

− Oh, j’ai parcouru un peu tout le pays. On enquête avec des amis sur les problèmes de fer et de brigands dans les environs.

Hull fit une moue admiratrice, réalisant qu’il n’avait plus en face de lui le petit garçon qui courait dans les allées de Château-Suif.

− Tu es devenu un vrai guerrier maintenant. Gorion serait fier de toi, je peux te l’assurer.

Il marqua une pause un instant, le dévisageant d’un air à la fois admiratif et paternel, puis continua.

− Et Imoen ? Je suppose qu’elle est avec toi, non ?

Daren se remémora les détails de cette nuit-là. Lorsqu’il était parti, son amie s’était échappée et enfuie à son tour pour venir clandestinement à sa rencontre. Daren lui répondit d’un sourire complice.

− C’est bien ce que je pensais… Les deux garnements inséparables… Je la voyais mal rester seule ici pendant que tu irais te balader dehors !

− Au fait Hull, le coupa Daren. Je voulais te demander… Tu as vu des choses… suspectes ces derniers temps, ici ?

Hull lui fit un grand sourire.

− Ah ! je vois. Tu n’es pas vraiment revenu pour de bon, c’est ça ? Tu es encore sur une enquête ?, lui dit-il avec un clin d’œil. Hé bien, qu’est-ce que je pourrai te dire… Tu sais, je passe beaucoup de temps à l’extérieur, je sais pas vraiment ce qui se passe dans la bibliothèque elle-même. Mais sinon… Ah, oui, peut-être que ces derniers jours, on a reçu pas mal de nouvelles personnes. Des commerciaux, je crois, venus de loin.

Il ne pouvait s’agir que de membres du Trône de Fer, ou de leurs interlocuteurs étrangers, mais Hull n’avait pas l’air d’être très au fait de la situation.

− Rien de plus, sinon ?, insista Daren.

Hull fronça les sourcils un moment, une main sur le menton.

− Non, vraiment, je suis désolé. Tu sais, je suis souvent dehors, et les personnes qui viennent à Château-Suif passent le plus clair de leur temps à l’intérieur des murs.

Ils discutèrent quelques minutes, évoquant les souvenirs de leur passé commun. Daren le salua chaleureusement et prit congé de son ami. Une fois seul, son regard croisa un instant celui de la grande statue d’Alaundo. Il s’en approcha instinctivement, une multitude d’images s’entrechoquant dans son esprit, et resta ainsi quelques minutes, immobile, bercé par la douce agitation qui pouvait régner en ces murs. Le grincement de la lourde porte de la bibliothèque le tira tout à coup de ses méditations, et une voix âgée et familière s’éleva alors derrière lui.

− Mais c’est bien le jeune Daren qui est là !

Un vieil homme, vêtu de la tenue traditionnelle des moines de Château-Suif, s’approcha de lui, un large sourire ridé sur le visage. Karan. Daren le reconnut aussitôt. Il avait été l’un de ces maîtres, qui avait suppléé Gorion lorsqu’il s’absentait ou était occupé à d’autres tâches. C’était un maître sage et posé, mais il lui manquait le panache et la prestance de son père adoptif. Karan s’approcha de lui, lui tendant une main amicale.

− Que je suis heureux de te revoir en bonne santé ! Nous avons craint le pire, après la mort de Gorion…

Il s’arrêta, visiblement encore très peiné du décès de leur maître à tous.

− Nous avons tant pleuré sa mort, tu sais. Il t’avait pris sous son aile, et de te savoir seul sans lui nous a causé beaucoup de soucis… Je suis vraiment désolé que nous n’ayons pas réussi convaincre Théthoril et Ulraunt… Il semblerait que pour eux, les règles ancestrales de Château-Suif soient plus sacrées que la vie de quiconque…

Théthoril et Ulraunt étaient les deux dirigeants actuels de la citadelle. C’étaient deux moines érudits qui avaient pour tâche de faire respecter les traditions de la ville-bibliothèque. Gorion lui avait raconté un jour que lui-même avait été pressentit pour obtenir l’un de ces postes, mais aussi qu’il était bien trop indomptable et indiscipliné pour accepter de se conformer à des règles que lui-même jugeait obsolètes. Néanmoins, ces deux là étaient peut-être à même de leur fournir des renseignements sur le petit groupe du Trône de Fer ainsi que leurs motivations.

− Karan, que pourriez-vous me dire à propos de ce qui se passe ici, d’étrange ou d’inhabituel par exemple ?

Karan hocha la tête lentement, cette question lui remémorant vraisemblablement quelque chose.

− Etrange et inhabituel… C’est exactement les mots que j’aurais employés…

Il l’invita à s’asseoir sur l’un des bancs devant la statue pour poursuivre leur conversation.

− Ces derniers jours, plusieurs personnes, qui se sont présentées comme des membres d’une guilde de marchand du nord du royaume, sont arrivées ici. Ils ne représentent pas le public habituel de ces lieux. Leur chef, un certain Reiltar, est un personnage sans-gêne et grossier. Je suppose qu’ils ont dû payer le prix d’entrée, mais je peux te dire que beaucoup d’entre nous trouvent leur attitude voyante et déplacée.

Daren se souvenait de l’ambiance calme et austère de la bibliothèque, et s’imaginait sans mal le désordre que pourrait y créer un petit groupe de m’as-tu-vu.

− Ça c’est pour l’inhabituel. Mais il y a aussi de l’étrange…

Il s’arrêta, inquiet, et jeta un œil aux alentours afin de s’assurer que personne n’épiait leur conversation. Il reprit alors d’une voix presque réduite à un murmure.

− Un homme est arrivé ici il y a une semaine environ. Un homme à l’allure pourtant ordinaire, mais qui nous a tous mis mal à l’aise plus d’une fois. Depuis son arrivée, j’ai été témoin d’évènements… étranges, c’est le mot. Des étudiants, des moines, des copistes, sont toujours affairés dans la bibliothèque, tu sais ça, il en a toujours été ainsi en ces murs, et ceux qui portent la bure traditionnelle se ressemblent de loin.

Karan était visiblement assez troublé, et on sentait qu’il ne savait pas comment amener ce qu’il avait à dire sans qu’on ne le prît pour un affabulateur.

− J’ai… j’ai surpris quelque chose d’inconcevable. Un des étudiants avait baissé sa capuche et venait de finir la lecture d’un texte. Il s’est tourné vers moi, et pendant qu’il me regardait… je… Enfin, j’ai distinctement vu ses yeux changer de couleur !

Daren se raidit aussitôt. Il ne pouvait s’agir d’une erreur, ou d’une coïncidence. Cette description ne laissait planer aucun doute. Il s’agissait de dopplegangers.

− Et ce n’est pas tout, reprit-il. Il y aussi ces étudiants au comportement étrange. J’ai longuement bavardé avec l’un d’eux il y a deux semaines à peine, et hier, ce même étudiant était si bouleversé qu’il ne me reconnaissait pas.

Karan tourna son regard vers Daren un instant, guettant sa réaction, mais il comprit à son air grave que ce n’était pas le cas. Il reprit ensuite.

− Il y a aussi cet homme étrange qui est arrivé, comme je t’ai dit. J’ai saisi son nom une fois, il s’appelle Koveras. J’ai été témoin de quelque chose à son sujet, hier. Il était assis à une table, un livre ouvert devant lui, et il le lisait à voix basse. Jusqu’ici rien d’anormal, si ce n’est … qu’il avait les yeux fermés. Il tournait les pages régulièrement, mais les récitait par cœur sans même les lire. J’ai attendu qu’il ait fini, et je suis allé voir l’ouvrage qu’il avait emprunté. C’était les prophéties d’Alaundo. Je ne comprends pas pourquoi il connaissait ce texte par cœur…

Daren connaissait cette œuvre, comme toute personne résidant à Château-Suif depuis assez longtemps. Il s’agissait d’un texte écrit par le fondateur de la citadelle lui-même à propos des Temps Troubles, cette époque où les dieux étaient pareils aux hommes. Il ne connaissait pas les détails de cette prophétie, mais il était certain qu’elle ne mentionnait rien à propos du Trône de Fer ou d’une quelconque guilde de marchands, et encore moins à propos de dopplegangers.

− En y repensant maintenant, reprit Karan, je revois ce Koveras s’intéresser bien plus à nos étudiants qu’à nos livres. Mais je ne suis peut-être plus très objectif après ce que j’ai observé…

− Est-il encore ici ?, demanda brusquement Daren. Je veux dire, ce Koveras est-il toujours dans la bibliothèque ? J’aimerai lui parler.

Karan leva les sourcils et répondit par l’affirmative. Daren se leva, et invita son ancien maître à l’accompagner. Le soir commençait à tomber, et il voulait être rentré à l’auberge avant qu’il ne fasse complètement nuit. Ce Koveras l’intriguait, et peut-être était-il mêlé à tous ces évènements après tout. Karan le guida jusqu’au deuxième étage de la grande bibliothèque, et désigna discrètement une personne qui déambulait dans les rangées de livres. Daren le remercia rapidement et se dirigea vers celui qui se faisait appeler Koveras.

Il n’avait cependant pas fait quelques pas dans sa direction que l’homme avança vers lui en le fixant dans les yeux. Il devait avoir sensiblement le même âge que Daren, bien que plus grand. Son crâne chauve et le teint mat de sa peau faisaient ressortir ses grands yeux noirs. Daren hésita à s’avancer davantage, mais Koveras se dirigeait toujours à pas lent dans sa direction. Enfin, il se posta devant lui et lui tendit la main, un sourire sur le visage.

− Bonsoir, mon ami. Je vous cherchais.

Daren était abasourdi. Se connaissaient-ils ? Il n’avait aucun souvenir de son visage de tout le temps qu’il était resté à Château-Suif.

− Je m’appelle Koveras, et j’étais un ami de votre père.

Un ami de son père. Daren se raidit à cette évocation. Karan ne lui avait rien dit à ce sujet, et il était très probable que ce Koveras soit en train de lui mentir. Il était toutefois disposé à jouer le jeu afin d’obtenir des informations, et lui répondit en feintant la surprise.

− Vous connaissez mon père ?

− Oui. Et il m’a d’ailleurs laissé quelque chose pour vous que je devais vous remettre après sa terrible mort.

Daren réfléchissait à toute vitesse. Soit cet homme disait vrai, et l’objet en question était bien un souvenir de Gorion, soit c’était encore un mensonge destiné à tromper sa vigilance.

− Souhaitez-vous que je vous le remette ?, continua Koveras. Il l’avait oublié avant de partir avec vous dans ce dangereux voyage.

Comment savait-il ? Quasiment personne dans Château-Suif n’avait été au courant qu’ils devaient partir en voyage. Cet homme pouvait-t-il vraiment être un ami de Gorion comme il le prétendait ? Si c’était le cas, il devait absolument récupérer le présent que son maître avait laissé pour lui.

− Bien sûr ! Je serai ravi d’avoir quelque chose ayant appartenu à mon maître, répondit-il, sincèrement enthousiaste.

L’homme mit sa main dans sa poche, en ressortit une bague dorée sertie d’une petite pierre mauve, et la déposa au creux de la main de Daren.

− Tenez. Puisse cet anneau vous rappeler son visage. Bonne soirée, mon ami.

Koveras prit congé de lui aussi précipitamment qu’il l’avait abordé, laissant Daren déboussolé au beau milieu de la bibliothèque. Il demeura ainsi, immobile, seul et silencieux, l’anneau de son père brillant dans sa main droite. Cette rencontre était surréaliste, et sans le présent de cet homme, il aurait presque cru l’avoir rêvée. Quelques minutes s’écoulèrent ainsi, et la voix d’une autre de ses anciennes connaissances le tira de ses méditations.

− Hé ! Daren ! Tu me reconnais ? C’est moi Jessup !

Daren cligna plusieurs fois des yeux et aperçut une silhouette familière. Ce Jessup avait passé quelques années lui aussi à Château-Suif, mais ils n’avaient jamais vraiment sympathisés. Il mit fin à la conversation en quelques minutes nécessaires à la plus stricte des politesses, et se dirigea rapidement vers l’auberge où devaient l’attendre ses trois compagnons.

À peine avait-il franchi la porte de l’auberge qu’une voix amicale l’interpela de derrière la porte.

− Haut les mains !

Devant lui, Khalid, Jaheira et Imoen arboraient un large sourire, ne laissant que Winthrop comme seul coupable de cette farce potache. Daren se retourna et serra les mains avenantes qui étaient tendues devant lui.

− Toujours aussi farceur, lui lança Daren.

− Il fallait bien que je fête le retour de la plus célèbre canaille de Château-Suif !, s’esclaffa l’aubergiste de sa voix joviale. Allez, viens t’asseoir, ça fait une heure qu’on t’attend. Je vous offre le repas !

Tous les cinq s’assirent à une table de la taverne. Winthrop semblait ravi de retrouver sa protégée et le fils adoptif de Gorion, allant jusqu’à faire monter de sa réserve le meilleur vin qu’il réservait pour les grandes occasions. L’aubergiste apporta viande et légumes dans de grands bols en bois acajou et s’attabla avec eux pour partager leur repas. L’ambiance détendue et conviviale lui rappela les meilleurs moments de sa jeunesse, et à en croire ses yeux pétillants, c’était aussi le cas d’Imoen.

− Alors, Daren ?, finit par lui demander Jaheira. Tu t’es suffisamment ressourcé ? Imoen nous a fait visiter les environs pendant ce temps, et c’est vrai que c’est un lieu vraiment surprenant !

Daren la fixa un instant sans répondre. Sa rencontre insolite avec ce Koveras n’était pas quelque chose qu’il pouvait cacher aux autres, mais il préféra ne pas parler de l’anneau de son père.

− J’ai déjà des informations sur notre mission, commença-t-il.

Tous les cinq s’échangèrent un regard entendu, et Winthrop se leva d’un seul coup.

− Bon, j’ai du travail les amis, déclara-t-il en enfilant son tablier. Khalid, Jaheira, ravis d’avoir fait votre connaissance. Daren et Imoen, je vous souhaite bonne chance, et je vous dis à bientôt !

Winthrop était un homme juste et sensé, et il avait tout de suite compris au ton qu’avait employé Daren que la conversation allait devenir privée. La taverne s’était de plus remplie depuis leur arrivée, et le personnel avait maintenant besoin de son aide.

− J’ai croisé devant la bibliothèque l’un de mes anciens maîtres, Karan, ajouta-t-il en direction d’Imoen. Il m’a appris des choses très étranges, et surtout inquiétantes. D’après les descriptions qu’il m’a faites, les dopplegangers sont ici, à Château-Suif.

Cette dernière phrase fit le silence sur la petite table. Il ne pouvait qu’y avoir un lien avec les complots des guildes de la Porte, et probablement avec la rencontre qui devait avoir lieu ici.

− Et le Trône de Fer ?, demanda alors Khalid. Ils sont bien ici eux aussi ?

Daren répondit par l’affirmative, et continua.

− Et ce n’est pas tout. J’ai rencontré un homme dans la bibliothèque. Un certain Koveras, qui avait été un ami de mon père. On a parlé un moment. Il avait l’air… sincère. Ou tout du moins bien renseigné.

Il hésita. Comment évoquer leur bref entretien sans en dévoiler le contenu ?

− D’après Karan, il est arrivé il y a un peu plus d’une semaine. Si j’ai bien compris, il trouverait son attitude… étrange. C’est le mot qu’il a employé du moins.

− Comme quoi ?, demanda Imoen.

− Il lirait des livres les yeux fermés, répondit Daren en haussant des épaules. Il les récite comme s’il les connaissait par cœur. Ah, et il s’intéresserait aussi davantage aux étudiants qu’aux ouvrages eux-mêmes…

− Rien d’extraordinaire, en fin de compte, résuma Jaheira.

Daren n’avait lui non plus pas été convaincu par les propos de Karan à propos de cet homme, et s’était dit que la présence bien plus concrète des dopplegangers avait dû alimenter sa paranoïa. Il n’avait pas mentionné à ses compagnons la bague de Gorion, mais il n’était pas encore prêt à partager l’un des rares souvenirs concrets de son père adoptif. Le repas terminé, tous les quatre saluèrent Winthrop d’un geste de la main et montèrent vers leurs chambres.

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