Prologue

L’obscurité. L’obscurité et la douleur. La pièce était sombre, mais c’était autant le mal qui martelait ses tempes que la faible lueur des torches qui l’empêchait de distinguer la lumière. Daren gisait dans une cage de métal rouillée, à la limite de l’inconscience. De temps à autres, des cris retentissaient des pièces alentours. Des cris de terreur et de souffrance. Combien de temps s’était-il écoulé depuis qu’il avait quitté la Côte des Epées ? Deux semaines ? Peut-être un mois ? Les douleurs qu’il éprouvait étaient telles qu’il en avait perdu toute notion du temps. De temps à autres, il se réveillait avec de la nourriture dans sa cage exiguë. Dans quelques sursauts de lucidité, il parvenait à réaliser quelque peu la situation. À se souvenir. La guerre contre l’Amn, leur victoire contre Sarevok, le trajet vers Athkatla, et puis… plus rien. Rien que la cage étroite de cette cave sordide, à subir mille tortures. La plupart du temps, il luttait contre ce mal qui s’insinuait dans ses veines, ainsi que contre la voix de son père. Son père de sang, Bhaal, le Seigneur du Meurtre. Il avait appris quelques temps auparavant qu’il était un enfant de ce dieu mort, et qu’il portait en lui les germes de son pouvoir. Son demi-frère, Sarevok, était lui aussi l’un de ses descendants, mais il avait fait échouer ses plans diaboliques en le tuant.

 

Cela faisait plusieurs heures qu’il n’était pas revenu. Cet homme, ce mage portant un masque de fer étrange, et qui lui faisait subir toutes ces tortures. Il n’avait eu que rarement l’occasion de voir son visage, car il ne venait à lui que pour briser son corps et son âme, le cisaillant de sortilèges de douleur pure, mais le maintenant aussi conscient qu’il était possible grâce à sa magie. Il ne pouvait même plus hurler, et à chaque nouveau sévice, l’essence maléfique de son père emplissait son être, grandissant à chaque fois. Tout son corps portait des marques de brûlures, mais son âme était tout aussi malmenée. Il n’allait pas survivre très longtemps dans ces conditions, mais il était trop faible pour tenter quoi que ce fût.

 

Des pas familiers le ramenèrent à la réalité. Cette démarche à la fois souple et régulière était celle de cet homme. Son répit arrivait à son terme, et il allait à nouveau subir ces terribles tourments.

 

− L’enfant de Bhaal est réveillé, commença-t-il d’une voix douce, presque affectueuse. L’heure est venue de procéder à de nouvelles expériences…

 

Daren était terrifié à la simple idée de ce qui allait lui arriver. Il était épuisé d’endurer ces souffrances sans fin, et il avait plusieurs fois souhaité en finir pour de bon. Mais la puissante magie du sorcier était justement faite pour lui épargner la mort, et parvenait même à l’empêcher de s’évanouir. Il devait subir ces tourments infinis sans répit, sans mourir. Sans raison.

 

Daren ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Il était trop affaibli pour parvenir à protester, et de toute façon, cela était resté vain même lorsqu’il en était encore capable. Le mage s’était contenté d’émettre un rire mauvais avant de commencer ses tortures. Devant lui, il commençait à distinguer des éclats de lumière orangée avant de percevoir un crépitement familier. La douleur le traversa l’instant d’après, et il tomba à genou dans sa cage, les chairs brûlées à vif.

 

− La douleur va passer, continua le mage. Tu devrais y survivre… Peut-être…

 

Un nouvel éclair le traversa alors, déchirant chacun de ses muscles. Sa tête allait exploser, mais il était impossible qu’il perdît connaissance. Il ne pouvait que ressentir la souffrance mortelle que lui infligeait chacun de ces sortilèges. Il peinait à se tenir sur ses avant bras, et son corps tout entier était parcouru de tremblement.

 

− Intéressant…, reprit le sorcier de sa voix douce. Tu disposes de nombreux pouvoirs latents…

 

Il laissa le temps à Daren de reprendre ses esprits.

 

− Es-tu seulement conscient de la puissance qui sommeille en toi ?

 

Daren ne comprenait pas ses paroles. Ses yeux étaient embués de larmes de douleur, et le martèlement régulier de son cœur contre ses tempes l’empêchait de penser. Il sanglota en voyant le mage préparer une nouvelle incantation, et il ferma les yeux, serrant les dents.

 

Des pas lourds sur un sol métallique retentirent dans la pièce, et le mage s’arrêta aussitôt. Ouvrant péniblement les yeux, Daren aperçut une masse imposante, ressemblant vaguement à un humain, qui débita un discours haché d’une voix grave et monocorde.

 

− Des intrus sont entrés dans le complexe, Maître.

 

Une lueur d’espoir l’envahit alors. Quelqu’un venait-il pour le sauver ? Après plusieurs semaines de captivité, il avait abandonné la perspective d’être secouru par quiconque. Il ne savait même pas où il se trouvait, ni si qui que ce fût s’était rendu compte de son absence.

 

− Ils sont passés à l’action plus tôt que nous ne l’avions prévu…

 

Le mage semblait contrarié de cette interruption, et sa voix trahissait un soupçon d’inquiétude. Au loin, il entendait des bruits de combat. Depuis qu’il était enfermé ici, les seuls sons extérieurs à sa cellule qui parvenaient à ses oreilles étaient des hurlements à glacer le sang, étouffés par les murs épais, mais cette fois, il avait parfaitement reconnu les fracas métalliques d’une épée. Il voulu se redresser, appeler au secours, mais il était à peine accroupi qu’une douleur aiguë lui traversa le ventre et l’obligea à s’allonger à nouveau.

 

− Aucune importance…, continua le mage, reprenant aussitôt un ton assuré. Ils ne nous retarderont par bien longtemps…

 

Les pas lourds qui étaient arrivés s’éloignèrent de la pièce, et la forme humanoïde étrange repartit comme elle était venue. Le sorcier entama une série d’incantations, et disparut quelques secondes plus tard en un éclair jaune vif, laissant Daren seul à nouveau dans sa cage métallique.

Les bruits s’approchèrent, et Daren reconnut des voix. Quelqu’un venait, quelqu’un d’autre que ce sorcier maléfique. Il était brisé, gisant au sol, incapable de crier ou d’appeler à l’aide. Soudain, un cri s’éleva. La personne qui venait de pénétrer dans la cellule poussa un hurlement de terreur, puis le silence retomba aussitôt dans la pièce.

Quelques minutes s’écoulèrent ainsi, dans un calme presque surnaturel pour ces lieux, lorsqu’un crissement de porte rompit le silence. D’autres pas s’approchèrent. Une personne s’avançait vers lui, mais il ne reconnaissait pas cette démarche. Il leva la main, s’accrochant péniblement à un barreau, et il releva les yeux vers la silhouette qui se dirigeait vers lui.

 

− Hé ! Allez ! Réveille-toi ! Il faut qu’on sorte d’ici !

 

Il connaissait parfaitement la voix féminine qui s’adressait à lui. La jeune femme aux cheveux roux qui s’affairait sur le cadenas de la cage était son amie de toujours, Imoen.

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