Un allié de circonstance

La pièce n’ayant pas d’issue, la seule alternative était le tunnel rocheux que Daren avait noté un peu plus tôt. Des bruits de gouttes d’eau résonnaient contre les parois de la galerie, et une forte odeur d’humidité emplissait l’atmosphère. Au tournant de ce tunnel, le petit groupe découvrit un spectacle horrible. De nombreux corps, brûlés ou transpercés de parts en parts, étaient allongés au sol.

 

− Par Sylvanus !, s’écria Jaheira. Que s’est-il passé ici ?

 

Imoen avait fait quelques pas en arrière, mais ne parvenait pas à détourner son regard de cette scène horrible.

 

− Je crois… je crois que ce sont les personnes qui ont attaqué cet endroit, répondit Daren. Mais, apparemment, aucun n’a survécu…

− Je ne suis pas surprise de ce résultat, à la vue de la puissance du propriétaire des lieux…, ajouta Jaheira. Continuons à avancer… si nous ne voulons pas subir le même sort !

 

Le tunnel s’élargit soudain pour finir sur une caverne étrange. Des nombreux cristaux fixés au sol illuminaient la pièce d’une lueur rougeâtre, et des cratères dans la roche formaient de petites mares. Le complexe dans lequel ils se trouvaient était sans doute bâti autour d’une caverne. Tous les quatre avancèrent avec précaution au milieu de ces rochers étranges, et Daren pencha son regard vers l’un des bassins qui avait aussi des reflets orangés. Des images floues d’une ville et de ses habitants se dessinèrent un instant, mais à peine eut-il cligné des yeux que l’eau reprit son aspect lisse et calme. Il allait poser sa main sur le bras d’Imoen pour lui montrer ce phénomène, mais elle rompit avant le silence qui régnait dans la grotte.

 

− Cet endroit est chargé en magie, déclara-t-elle. C’est vraiment étrange, je ne l’avais jamais ressenti comme ça avant. Je peux presque en sentir des picotements sur mes bras.

− Je suis d’accord avec toi, renchérit Jaheira. Cette caverne et ces cristaux ne sont pas naturels, je le sens moi aussi. J’espère que nous parviendrons à nous enfuir avant de croiser cet Irenicus…

 

Ils franchirent la grotte, qui se changea à nouveau en galerie, puis enfin en un couloir creusé de mains humaines.

 

− Il y a une porte, là bas, dit Jaheira, en désignant le bout sombre du tunnel. Je ne sais pas ce qui se trouve derrière, mais préparez vos armes.

 

Minsc et Daren dégainèrent en même temps leurs épées, et tous les quatre s’approchèrent de l’issue. S’ils devaient rencontrer des ennemis dans la pièce suivante, autant les prendre par surprise. D’un geste rapide, Daren ouvrit la porte en grand, et Minsc s’élança en brandissant son arme.

La salle dans laquelle ils venaient de pénétrer ne comptait pas âme qui vive, et seules quelques souris terrifiées s’enfuirent à l’arrivée du colosse. Daren entra lui aussi, et découvrit une pièce des plus déconcertantes, presque familière. Perdus au milieu d’une caverne souterraine, ils venaient de pénétrer dans une immense bibliothèque regorgeant de livres et d’étagères.

 

− Château-Suif…, murmura Imoen, derrière lui. Des étagères poussiéreuses, de vieux livres débordant des rayons…

 

Un sourire nostalgique se dessina sur leurs deux visages, humant cette odeur caractéristique qu’ils avaient connue de toujours.

 

− Je veux sortir d’ici, s’il te plaît, Daren.

 

La bibliothèque continuait sur un autre couloir. Contrairement aux cellules lugubres qu’ils venaient de quitter, Daren avait la nette sensation que cette partie du souterrain était habitée. Le sol était dallé, et on devinait sur les murs les traces noires de suie d’une torche régulièrement entretenue. Le passage s’élargit à nouveau, et déboucha sur une autre pièce tout aussi incongrue.

 

− Quelle chaleur !, dit Imoen, essuyant son front d’un revers de la main.

− C’est une forge, répondit aussitôt Daren, reconnaissant les vapeurs familières de ses premiers pas de forgerons durant son enfance. Et même une forge immense.

 

En effet, même dans le cas où Gorion ne l’aurait pas initié à cet artisanat, les instruments qui étaient suspendus aux murs de la pièce ne laissaient planer aucun doute : marteaux, pinces et autres soufflets, ainsi que de nombreuses armes rangées dans des râteliers. Une voix rocailleuse s’éleva alors de l’autre côté de la pièce.

 

− Qui êtes-vous ?

 

Trois, quatre, puis cinq petites silhouettes apparurent, menaçantes, les armes à la main. Ils n’étaient pas plus grands que des enfants, mais leur regard malveillant et leur peau grisâtre les rendaient particulièrement effrayants.

 

− Des… nains ?, murmura Imoen.

 

Leur stature et leur démarche pouvaient faire penser à cette race de montagnards, mais ces yeux rouges et cette peau presque noire n’avaient jamais été mentionnés dans aucun ouvrage que Daren n’eût jamais lu.

 

− Des duegars, rectifia Jaheira de la même voix basse. Des nains gris des profondeurs. Ce sont des créatures malfaisantes qui ne vivent presque qu’en Ombreterre. Je me demande d’ailleurs ce qu’elles font ici.

 

Brandissant son marteau, l’une d’entre elles s’écria alors en direction d’une autre :

 

− Les prisonniers se sont évadés ! Va prévenir le maître !

 

Minsc rendit son arme à Daren, et s’empara d’une énorme lame dans l’un des râteliers. Daren dégaina alors sa propre épée et ajusta ses deux lames. Ils devaient à tout prix les empêcher de donner l’alerte. L’un d’eux était presque sorti de la pièce lorsqu’un trait siffla à leurs oreilles. Il tomba en avant, mort sur le coup. Imoen encocha une autre flèche, et Minsc et Daren foncèrent dans la mêlée.

 

Malgré leur petite taille, ces duegars étaient de rudes combattants. Leur condition de vie précaire dans le monde sans pitié qu’étaient les souterrains de l’Ombreterre avait renforcé la force physique et l’habileté au combat de leur race. Minsc et Daren en affrontait chacun deux, et le combat n’était pas vraiment à leur avantage. Imoen était restée auprès de Jaheira qui n’était pas armée, mais ne parvenait pas à viser correctement les nains sans risquer de blesser ses compagnons. Minsc, malgré sa force physique impressionnante, ne parvenait pas à frapper avec précision ces créatures qui lui arrivaient à peine à la cuisse.

 

Cependant, après quelques minutes de lutte acharnée, les duegars finirent par céder, non sans avoir égratigné sinon blessé les deux combattants.

 

− Jaheira, lui lança Daren. Pourquoi tu n’es pas intervenue ? Il y a des armes ici !

 

Elle rougit légèrement, et bégaya une réponse.

 

− Je… je ne sais pas me servir d’une épée.

 

Daren écarquilla les yeux, imité par Imoen. Jaheira, la redoutable guerrière, ne savait pas se servir de la plus élémentaire des armes de combat.

 

− Les druides n’utilisent pas d’épées, continua-t-elle à se justifier. Je suis désolée…

 

Un silence embarrassant régnait dans la pièce, et ni Daren ni Imoen ne voulait la mettre davantage mal à l’aise pour le moment.

 

− Je vais soigner vos blessures, finit-elle par dire, en passant ses mains qui commençaient à bleuir sur les plaies des deux combattants. Nous ne sommes pas encore sortis.

 

Minsc et Daren s’équipèrent un peu plus solidement avant de continuer. Ce n’étaient pas les armes qui manquaient, et ces duegars avaient forgé suffisamment de pièces d’armures pour que tous les deux y trouvent leur taille. Le couloir qui sortait de la forge bifurquait à nouveau, et débouchait encore une fois sur pièce déconcertante : une chambre, richement décorée, et regorgeant de mobilier de valeur.

 

− Ce… ce n’est pas possible, dit Imoen, la voix légèrement tremblante. Comment un être aussi… ignoble peut-il vivre dans un endroit aussi beau ?

 

L’architecture de la chambre était effectivement des plus harmonieuse. Des arcades sculptées à même la roche donnaient l’impression de pénétrer dans un patio, et les jeux de lumières faisaient rayonner la salle dans toute sa splendeur.

 

− Le goût et la cruauté ne sont pas incompatibles, on dirait bien…, répondit Jaheira. Mais nous avons un autre problème, je pense.

 

Elle désigna les deux portes qui permettaient de quitter cet endroit.

 

− Je pense qu’il est inutile voire dangereux de nous séparer, continua-t-elle, et je vous propose donc de prendre tous celle de gauche.

 

Aucun n’émit d’objection et tous la suivirent, à l’exception de Daren, qui regardait immobile une immense épée fixée au mur.

 

− Daren, qu’est ce que tu attends ? Tu ne viens pas ?

 

Daren ne répondit pas, continuant de contempler l’arme noire. Il s’avança d’un pas, et tendit sa main vers la garde. D’un geste sûr, il souleva l’épée, et porta sa lame à la lumière.

 

− Cette épée, commença-t-il… c’est…

 

Il s’arrêta, examinant davantage les fines gravures qui la décoraient. Il ne pouvait y avoir d’erreur. Il aurait reconnu cette arme terrible entre mille. Cette arme qui avait tué son père bien-aimé.

 

− C’est celle de Sarevok !

 

Imoen étouffa un cri.

 

− Comment…, commença Jaheira, ne trouvant plus ses mots. Qu’est ce que tu dis ? Tu es sûr ? Comment est-ce possible ? Comment est-elle arrivée là ?

− J’en suis certain, répondit aussitôt Daren. Je l’ai vue de très près lorsque j’ai combattu Sarevok, je ne peux pas me tromper.

 

Il réfléchit un instant. La présence de cette arme en ces lieux était en effet troublante, voire déroutante. Sa mémoire lui revint alors, et il se souvint des paroles d’Irenicus lorsqu’il était en captivité.

 

− J’ai peut-être une explication, continua-t-il. Irenicus sait que je suis un enfant de Bhaal, il me l’a dit plusieurs fois. Il a fait référence à… à un pouvoir que j’aurai, enfoui en moi…

 

Il lança un regard à ses compagnons, car ils savaient tous à l’exception peut-être de Minsc ce à quoi il faisait référence. Toutefois, le rôdeur ne posa aucune question à ce sujet, se contentant d’écouter sans intervenir.

 

− Il sait, donc, reprit Daren. Et s’il sait pour moi, il se peut qu’il sache pour Sarevok. Peut-être étudie-t-il les enfants de Bhaal ? Ou peut-être que Sarevok a quelque chose à voir avec lui… ?

 

Il n’était pas pleinement convaincu par ses propres explications, mais ils n’avaient pas le temps d’en débattre pour le moment.

 

− Dans tous les cas, que ce soit bien celle de Sarevok ou pas, c’est une belle arme que tu as trouvée, et elle nous sera sûrement utile pour sortir de là, conclut Jaheira en ouvrant la porte. Avançons. Je commence à ne plus supporter d’être enfermée sous terre comme ça.

 

Le couloir qu’ils venaient de prendre redevint petit à petit une simple galerie. Ils venaient vraisemblablement de quitter la zone habitée pour retrouver un environnement au décor plus sobre. Le couloir aboutit dans une caverne faiblement éclairée.

 

− Oh, non…, non…, murmura Imoen.

− Un chevalet, une dame de fer, des pieux…, ajouta Jaheira. Des instruments de tortures de toutes sortes…

 

Au milieu de la pièce, sur une table, un corps immobile était allongé sur le dos, probablement mort. Daren s’avança, et découvrit à la lumière des torches un cadavre défiguré qui pourrissait ici depuis plusieurs jours. Il détourna le regard, une moue sur le visage, puis son cœur s’accéléra soudainement. Malgré les nombreuses entailles, le visage du corps étendu sur la table de torture lui parut soudainement étrangement familier. Il posa à nouveau son regard sur les yeux clos et bouffis, et sa respiration s’arrêta.

 

− Kha…lid ?, bégaya Jaheira derrière lui d’une voix étranglée. Non, ce n’est pas possible. Ce n’est pas Khalid ? C’est un rêve ! Une illusion ! Un cauchemar !!

 

Sa voix s’élevait à mesure qu’elle exprimait sa colère et sa peine.

 

− Soit maudit !, s’écria-t-elle en brandissant un poing vers le plafond. J’arracherai le cœur de ceux qui ont fait ça ! J’arracherai leur âme noircie ! Je leur… je…

 

Elle s’arrêta, la voix étranglée par un sanglot. Daren regardait le corps inanimé de Khalid, hébété.

 

− Ce n’est pas vrai, hein ? Il n’est pas mort ?, demanda-t-il inutilement, s’accrochant désespérément à sa toute dernière lueur d’espoir.

− Tais-toi !, le coupa Jaheira en hurlant. Plus un mot ! Les mots ne sont rien !

 

Minsc parla alors, de sa voix grave et vibrante.

 

− Un brave homme est tombé ici, mais ce n’est pas une raison pour crier ainsi sur les vivants. Là, Bouh va te réconforter.

− Imbécile ! Tu es un affront à la nature ! Que sais-tu, toi et ton rongeur dégénéré ? Que peux-tu bien savoir ?

 

Elle hurlait son désespoir et crachait sa haine, même sur ses compagnons. Des larmes se dessinèrent au contour de ses yeux, mais sa rage l’empêchait de pleurer pleinement. Jamais Daren ne l’avait encore vue perdre son sang-froid à ce point.

 

− Plus un mot ! Plus de mots…

 

Sa voix faiblit lentement.

 

− Garde tes discours, garde tes proverbes…

 

Elle ne s’adressait à personne à en particulier, et son regard vague fixait un point à l’opposé de la salle.

 

− La seule voix que je voulais entendre est… morte. C’est terminé. Plus de…

 

Elle avait fini dans un murmure.

 

− Non…

 

Elle s’agenouilla, lentement, et entama une prière.

 

− Sylvanus, guide la lumière vers la source. Emmène cet homme vers ce qu’il mérite. Par… Par la volonté de la Nature, ce qui a été donné est rendu, ce qui était tourmenté est désormais en paix.

 

Elle ferma les yeux, imité par les autres

 

− Khalid… Laisse mon amour te guider…

 

Des larmes coulèrent enfin sur ses joues, et le silence régna dans la pièce, un silence que personne n’osait interrompre. Tout à coup, Jaheira se releva, séchant rapidement son visage.

 

− Nous… nous devrions faire vite avant d’être remarqués. Nous devons sortir de cette… tombe, et chercher la lumière d’en haut. En route.

 

Elle se dirigea vers la porte au fond de la salle, sous le regard ébahi des trois autres. Jaheira n’aimait pas étaler ses sentiments, mais Daren savait qu’au fond d’elle-même son cœur saignait sous cette carapace insensible.

 

La pièce suivante était une autre cellule, vide elle aussi. La seule issue était celle par laquelle ils venaient d’entrer.

 

− Il n’y a personne ici, dit Daren en parcourant les cages vides du regard.

− Ne perdons pas de temps, ajouta Jaheira. Sortons d’ici au plus vite.

 

Une ombre fugitive glissa le long d’une armoire de métal au fond de la pièce, heurtant légèrement l’un des barreaux de fer qui tinta distinctement dans le silence de la pièce. Minsc se retourna aussitôt et dégaina son épée, tandis Imoen encochait une flèche à son arc, mettant en joue tout ennemi éventuel. Contrairement à ce qu’ils avaient pensé en arrivant, ils n’étaient donc pas seuls : levant ses deux mains au dessus de sa tête, un homme tout habillé de noir s’approcha du petit groupe à pas lents.

 

− Il y donc un peu de bon sens au cœur de toute cette folie ?, commença-t-il d’un accent très oriental. Si tu n’es pas de mèche avec le mal qui hante cet endroit impie, Yoshimo implore ton assistance.

 

Daren avait porté naturellement la main à sa garde. Rien de ce qu’ils avaient trouvés en ces murs ne leur avait apporté de bonnes nouvelles, et la méfiance était de mise. L’homme en armure de cuir noire était d’assez petite taille, et ses yeux bridés ainsi que sa longue queue de cheval lui donnait un air assez folklorique. La voix forte de Minsc fut la première à lui répondre.

 

− Nous ne servons pas les mauvais mages, non monsieur ! Mais Bouh te regarde avec suspicion, petit homme. Comment es tu arrivé ici ? Je n’ai jamais vu les moustaches de Bouh trembler ainsi !

 

L’homme qui prétendait se nommer Yoshimo dévisagea Minsc d’un regard incrédule, se demandant sans doute s’il n’était pas en train de devenir fou, mais Daren le rassura aussitôt.

 

− Ne t’inquiète pas comme ça, nous voulons juste savoir comment tu es arrivé ici.

− Je…, commença-t-il. Comme toi, je suppose. J’ai essayé de m’enfuir, mais j’ai été blessé en essayant. Une énorme créature de terre m’a pourchassée, et je me suis réfugié ici en pensant être à l’abri.

− Comment as-tu été enfermé ici ?, continua Daren.

− C’est en fait assez… heu… embarrassant, en réalité. Ma profession est réservée à ceux qui sont prudents, et pourtant je me suis fait surprendre par imprudence. J’ai quitté Kara-Tur pour Athkatla il y a longtemps, en quête de fortune. Un jour, je suis allé me coucher dans ma chambre à la Couronne de Cuivre, et je suis me suis réveillé avec la tête lourde dans une salle étrange.

 

Il s’arrêta, interrogeant du regard ses interlocuteurs.

 

− Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi avant de me réveiller, ajouta-t-il.

− Tu penses que nous sommes toujours à Athkatla ?, continua Daren.

− Je ne sais pas exactement. On m’a peut-être drogué avant de m’amener ici. J’étais peut-être inconscient…

− Alors tu sais combien il est difficile d’être placé dans un labyrinthe comme un pauvre hamster sans défense !, intervint Minsc. Nous sommes des camarades en péril, et Bouh te demande ce que tu proposes pour la suite des évènements, petit homme !

 

Yoshimo recula d’un pas, toujours impressionné par le colosse, puis reprit de son accent oriental.

 

− Je ne connais pas la sortie. J’ai traversé une chambre étrange avant d’atterrir ici, c’est tout ce dont je me souviens. Mais nous devrions peut-être chercher la sortie ensemble ?

− Et comment pourrions-nous être sûrs que tu n’es pas un démon qui cherche à nous attirer dans un piège ?, intervint Jaheira, toujours cassante.

− Mais je ne suis pas un démon !, s’écria-t-il. Je suis juste Yoshimo, un simple voleur, et je suis tout aussi perdu que vous !

 

Daren et Jaheira s’échangèrent un regard, puis hochèrent la tête ensemble. Comme l’avait dit Jaheira plus tôt, ils allaient avoir besoin de toute l’aide possible pour sortir d’ici vivants, et cet homme semblait sincère.

 

− Très bien, reprit Daren après cette brève délibération. Tu as l’air honnête, pour un voleur bien sûr. Tu peux nous accompagner.

− Yoshimo sera ravi d’apporter ses services à ses nouveaux compagnons, lui répondit-il en s’inclinant.

− Je m’appelle Daren, et voici Jaheira, une demi elfe. Le grand gaillard là bas s’appelle Minsc… et son hamster Bouh, s’empressa-t-il d’ajouter en voyant le rôdeur ouvrir la bouche. La petite rouquine derrière moi se nomme Imoen. C’est mon amie d’enfance.

 

Yoshimo salua chaleureusement la petite troupe.

 

− Que proposes-tu ?, demanda la druide. As-tu une idée sur comment on pourrait sortir d’ici ?

− Je ne sais pas… J’étais prisonnier dans une cellule, que j’ai finalement réussi à ouvrir à l’aide d’un fil de métal, mais la créature m’a trouvée, et j’ai dû me réfugier ici. Elle n’a pas dû me voir me dissimuler et à fait demi-tour. Je suis ici depuis, attendant une opportunité de m’enfuir.

 

La créature dont parlait Yoshimo ne pouvait être que l’un de ces golems qu’ils avaient aperçus un peu plus tôt.

 

− Bien, conclut soudainement Jaheira, il ne faut pas traîner ici. En route.

 

La salle où s’était cloîtré le voleur n’avait pas d’autre issue, et tous les cinq firent demi-tour en direction de l’autre porte dans l’étrange chambre dont ils étaient sortis quelques minutes plus tôt. Imoen, qui était restée silencieuse depuis la découverte de Khalid, s’approcha de Jaheira et posa une main sur son épaule.

 

− Jaheira… Je voulais te dire à quel point je suis désolée pour Khalid. Je… je sais combien c’est difficile et…

− Non, tu n’en sais rien, la coupa Jaheira d’un ton las en se dégageant. Et l’heure est mal choisie pour cette conversation, mon enfant.

− Arrête de m’appeler comme ça, lui répondit aussitôt Imoen, piquée au vif. J’ai le même âge que Daren, je te rappelle, et en plus je peux t’assurer que Khalid n’a pas souffert.

 

Jaheira la regarda d’un air à la fois outragé et surpris.

 

− Qu’est ce que tu inventes encore, Imoen ? Je ne suis pas d’humeur !

− Je ne délire pas ! Je…

 

Elle déglutit au souvenir qu’elle allait évoquer. Tous écoutaient la conversation, maintenant.

 

− Je l’ai vu, reprit-elle. Khalid était déjà mort quand il a commencé à… à lui faire toutes ces choses.

 

Jaheira, ainsi que Daren et Minsc la regardait avec des yeux ronds.

 

− Tu as vu ça ? Tu as regardé ?, finit pas lui répondre la demi elfe, d’un ton à la fois horrifié et accusateur.

− Je ne savais pas que c’était Khalid, continua Imoen, la voix tremblante. Il m’a montré. Il a… découpé, et il m’a montré… Il m’a forcé à ouvrir les yeux et à regarder pendant que…

 

Elle s’arrêta, encore très choquée par ce souvenir.

 

− Arrête, la coupa Jaheira. Je ne veux rien entendre.

 

Mais Imoen ne l’écoutait plus. Elle était perdue dans ses terribles pensées.

 

− Il a dit que je devais voir pour comprendre. Mais… mais je ne sais pas quoi ! Je ne sais pas quoi voir !

 

Ses mains tremblaient elles aussi. Jaheira lui intima encore une fois de se taire, mais elle continua, vidant sa conscience de ce terrible poids.

 

− Il découpait, découpait, encore et encore ! Et il n’arrêtait pas de me dire « tu vois ? »… Mais je ne voyais rien… rien… Je ne voulais qu’une chose, qu’il s’arrête… qu’il s’arrête…

 

Elle s’effondra, en pleurs. Daren la soutint alors doucement, lui murmurant des paroles réconfortantes et l’invitant à se relever.

 

− Je ne veux plus rien entendre !, s’écria alors Jaheira, elle aussi à la limite des larmes.

 

Le silence retomba sur le petit groupe, qui reprit sa marche dans une atmosphère tendue. Au fond de lui, Daren se sentit presque chanceux. Il imagina une seconde ce qu’il aurait ressenti s’il avait découvert Imoen assassinée comme l’avait été Khalid et vraisemblablement Dynahéir, et frissonna en chassant cette idée au plus vite. Il ouvrit la deuxième porte de la chambre et s’engouffra dans le couloir devant lui, suivi par ses compagnons.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s