Chapitre 2 : Espoirs

− Non ! C’est impossible !, hurla Minsc. L’assassin de Dynahéir échappe à la légitime vengeance ! Et il emmène Imoen avec lui aussi !

 

Bouh tournait furieusement autour de ses épaules.

 

− Il faut faire quelque chose, Daren !, continua-t-il. Nous devons retrouver ce sinistre magicien ! Tout ce qui est bon le demande à grand cri ! Et Bouh crierait très fort lui aussi s’il le pouvait !

 

La foule s’était massée autour d’eux depuis quelques secondes, maintenant que tout danger était écarté. Daren était encore à terre, abasourdi. À ses côtés, Jaheira fronçait les sourcils, se massant une joue de la main d’un air pensif.

 

− Je trouve étrange que cet Irenicus se rende aussi facilement, commença-t-elle. Et pourquoi prendre Imoen ? Alors que c’est visiblement toi qui l’intéresses…

 

C’était une remarque tout à fait pertinente. D’eux cinq, il se serait attendu à être la cible principale de ce mage. Imoen avait elle aussi subit de nombreuses tortures, mais il se rappelait les paroles d’Irenicus au sujet de son pouvoir enfoui, le pouvoir de Bhaal.

 

− Il s’attend peut-être à ce que nous le poursuivions ?, continua-t-elle, en haussant les épaules.

 

Elle se tut à nouveau, toujours pensive. Daren observait l’endroit d’où ils étaient sortis. Le tunnel, qui s’était effondré sous la puissance magique du combat, devait à l’origine déboucher dans une immense colonne de pierre. De là où ils étaient, il voyait nettement les trois autres colonnes qui bordaient le périmètre de la sorte d’arène où ils se trouvaient. L’attroupement en contrebas continuait à grossir, et Daren vit une patrouille militaire un peu plus loin, qui se contentait d’observer la situation sans intervenir.

Au bout de quelques minutes, la voix de Jaheira rompit à nouveau de silence.

 

− Nous devons rester sur nos gardes. Nous ne savons rien de lui, de ce mage, si ce n’est son nom. Nous ne savons pas qui il combattait, qui l’a capturé, ni même l’endroit où nous sommes ! J’ai vraiment l’impression que nous voilà plongé dans un complot qui ne nous regarde pas…

 

Minsc réagit aussitôt.

 

− Non ! Nous devons partir en toute hâte et sauver notre amie Imoen ! Ce magicien doit déjà être en train de… de faire de mauvaises choses !

− Ne soit pas stupide, Minsc, répondit aussitôt Jaheira d’un ton las. Nous devons connaître nos ennemis, et l’étendue du danger, avant de foncer tête baissée.

 

Yoshimo qui était resté silencieux jusque-là intervint à son tour.

 

− La druide a raison, mon gros ami. Le sorcier est apparemment très puissant, et nous n’avons sûrement pas encore tout vu. De plus, nous trouverons peut-être des alliés en ville. Enfin, nous verrons…

 

Jaheira le foudroya d’un regard inquisiteur, et Yoshimo cligna des yeux à toute vitesse.

 

− Qui t’a dit que j’étais druide ?

 

Le visage du voleur s’empourpra légèrement, et il bégaya une réponse.

 

− Je… Tu as invoqué la nature tout à l’heure, contre les créatures d’argile. Je croyais que seuls les fidèles de Sylvanus étaient capables de tels prodiges. Me serais-je trompé ?

 

Jaheira le jaugea un instant sans un mot, puis reprit.

 

− Tu n’as aucune raison de nous suivre, Yoshimo. Minsc et moi-même avons perdu un être cher à cause de ce… cette ordure, et nous cherchons des explications, voire la vengeance. Daren, lui, a été torturé pendant des jours, et maintenant son amie d’enfance, qui est d’ailleurs aussi notre amie, vient de se faire enlever, en compagnie d’Irenicus. Mais toi, Yoshimo, tu t’es simplement enfui de chez lui, et même si nous avons fait un bout de chemin ensemble, je ne crois pas que les dangers que nous allons courir te concernent.

 

Jaheira était toujours particulièrement directe, manquant parfois de tact, mais encore une fois elle disait la stricte vérité. Ils s’étaient prêté main forte dans ce maudit souterrain, mais maintenant qu’ils étaient libres, leur quête était tout autre. Yoshimo resta sans voix un instant, dévisageant Jaheira, Daren et Minsc tour à tour. Il rajusta sa queue de cheval d’un geste nerveux et répondit.

 

− Je… Je suis venu à Athkatla en quête d’aventure, expliqua-t-il. J’ai traîné dans les bas quartiers de la ville pendant des mois, vivant de petits trafics et revendant de la contrebande, mais je n’ai pas vraiment rencontré ce que j’étais venu chercher. Et ce que je vois aujourd’hui, c’est un signe du destin. Pour moi, nous ne nous sommes pas croisés par hasard, et je suis sûr que je gagnerai beaucoup à partager mon savoir-faire avec vous.

 

Voyant que plus rien ne bougeait, l’attroupement un peu plus bas se dispersa peu à peu. Personne n’avait encore répondu à Yoshimo. Pour eux, ce n’était pas une simple soif d’aventure, et Daren avait du mal à concevoir une telle position aux vues des terribles dangers qu’ils allaient sans doute devoir affronter.

 

− En plus, nous n’avons pas un rond…, soupira Jaheira, désespérée. Je ne sais pas si nous allons manger ce soir… ni où nous allons dormir.

 

Daren descendit ce qui restait des escaliers et s’approcha de passants, qui avaient sans doute observé la scène. L’un d’eux devait bien savoir quelque chose. Il repéra dans la foule des promeneurs une femme richement vêtue, qui le dévisagea de haut en bas alors qu’il s’approchait.

 

− Bonjour, excusez-moi… Pourriez-vous me dire…

− Vous êtes étranger ?, le coupa-t-elle d’un ton hautain.

 

Daren haussa les sourcils un instant, puis répondit par l’affirmative. La jeune femme se détendit aussitôt et son visage s’apaisa.

 

− Ah, je m’en doutais, avec votre accent, continua-t-elle. Vous savez, avec cette guerre des guildes, plus personne n’est en sécurité nulle part ! Oh, mais je m’égare. Bienvenue à Athkatla, jeune homme. Vous êtes ici sur la Promenade de Waukyne, la plus grande place de marchands de tout le pays. Vous savez que c’est ici même que se vendent les marchandises les plus rares de tout Féérune ? Ce n’est pas pour rien qu’on appelle cette ville la cité de la monnaie !

 

La fatigue des derniers jours se faisait sentir, et Daren avait du mal à suivre le flot devenu intarissable de la jeune femme. Il tenta de l’interrompre afin de lui poser une question sur la scène qui venait de se dérouler.

 

− Vous avez assisté à ce qui s’est passé, tout à l’heure ?

− Oh grands dieux, non ! Dès que ce mage a commencé à tuer ces hommes en noir, tout le monde s’est enfui. En tout cas, les Mages Cagoulés ont fini par le capturer, c’est une bonne chose !

− Les Mages Cagoulés ?, répéta Daren.

− Oui, continua la jeune femme. Ce sont les seuls qui ont le droit d’utiliser la magie à Athkatla, et habituellement, ceux qui la pratiquent le font en secret. Cet homme aurait pu tuer tout le monde, heureusement qu’il s’est fait arrêter !

− Et vous savez où il a amené Imoen ?, demanda précipitamment Daren. Enfin, je veux dire, où ils ont emmené le mage et la jeune fille ?

− C’était une amie à vous ?, reprit-elle d’un ton dédaigneux. Hé bien c’était une sorcière elle aussi, et elle a été capturée pour les mêmes raisons. Enfin, je ne sais pas ce qu’ils en font après, mais vous pouvez toujours allez demander au bâtiment du Conseil. C’est là où sont réunis les dirigeants de la ville, ainsi que celui des Mages Cagoulés. Enfin, excusez-moi, mais je ne peux pas rester plus longtemps. Je vous souhaite une bonne fin de journée, et un bon séjour à Athkatla.

 

Elle s’éloigna sans plus tarder, laissant Daren seul, ses derniers espoirs envolés. Ils n’avaient plus aucune chance de retrouver Imoen, tout au moins pas avant plusieurs mois. Qu’allait-il se passer ? Qu’allait-elle devenir ? La sensation d’être devant un gouffre gigantesque et infranchissable lui fit monter des larmes de désespoir et de colère. Un sentiment d’injustice et de honte lui brisait le cœur. Lui était libre, mais à quel prix. Une main large et forte se posa sur son épaule.

 

− Nous retrouverons ce sorcier, Daren. Et nous le ferons payer pour les morts, et pour les vivants. Bouh te le promet.

 

Un sourire triste parcourut son visage, et un gargouillement douloureux lui rappela qu’ils n’avaient encore rien mangé. Le soir tombait, et ils n’avaient pas un sou vaillant en poche.

 

Errant quelques heures dans les quartiers mal famés de la ville, la petite troupe finit par entrer sur les conseils de Yoshimo dans une auberge lugubre, « la Couronne de Cuivre ». Quelques mines patibulaires se tournèrent vers eux à leur arrivée, et Yoshimo partit négocier leurs chambres contre quelques services.

Son repas lui coûta une partie de la nuit en vaisselle, et il monta se coucher, exténué et abattu. Sa dernière pensée fut pour Imoen, avant de sombrer dans un cruel sommeil.

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