Le temple oublié

L’escalier en colimaçon s’enfonçait toujours plus profondément, se réduisant petit à petit à de simples plaques de métal rivées à la paroi. Seul un courant d’air régulier circulant au centre de la trouée leur laissait présager de la profondeur qu’ils leur restaient à parcourir. L’air était lourd, et Daren avait l’impression de pénétrer dans un autre temps. Finalement, après de longues minutes de descente prudente, ils arrivèrent au fond, dans une petite cavité qui donnait sur une sorte d’immense caverne dont on ne distinguait pas les parois.

 

− Je… Cet endroit est particulièrement angoissant, surtout pour les gens de mon peuple, murmura doucement Aerie. J’ai toujours détesté les grottes, et je crois que je ne suis jamais descendue aussi profondément sous terre de ma vie !

− Allumons de nouvelles torches, proposa Daren, et allons dans cette direction. Il me semble que je vois quelque chose qui brille par là-bas.

 

La lumière des torches avait du mal à rayonner ici bas, mais à mesure qu’ils s’avançaient vers cette lueur, le noir presque absolu dans lequel ils se trouvaient se dissipa petit à petit, découvrant de hautes murailles prises dans la roche au-dessus de leur tête. Il devait s’agir des vestiges d’un ancien bâtiment, construit par une civilisation sans doute oubliée. Ils s’approchèrent enfin de l’inexplicable luminosité, qui s’avéra émaner d’un dôme vert pâle surplombant quelques marches.

 

− Quel endroit étrange, murmura Daren. Regardez cet escalier, il ne mène nulle part.

− Il devait y avoir un pont, ici, répondit Yoshimo. Regarde en face, on distingue les mêmes marches qui redescendent.

 

D’un pas précautionneux, il s’avança lentement, scrutant le fragile dôme de faïence émeraude. Il s’approcha de la première marche, le cœur battant à tout rompre.

 

− Oh, non, ce n’est pas vrai…, balbutia Aerie. Regardez, tout autour !

 

Daren se retourna en un éclair et découvrit avec horreur ce dont l’elfe voulait parler : d’autres morts-vivants, par dizaines, sortaient de la paroi et titubaient vers le petit groupe. Ils étaient pris au piège.

 

− Il faut traverser, vite !, s’écria Yoshimo.

 

Minsc s’était posté aux côtés de la magicienne et faisait tournoyer son épée au dessus de sa tête, prêt à frapper le premier zombie qui s’approcherait.

 

− Le pont est détruit !, lui hurla Daren en retour.

 

Il réfléchissait à toute vitesse. C’était sans aucun doute l’un des pièges dont leur avait parlé le vieux Sassar, et il devait y avoir un moyen de le contourner. Il monta quelques marches, et se retourna vers Aerie.

 

− Il faut que tu les tiennes à distance quelques minutes !

 

L’elfe le regarda tout d’abord d’un air effaré, puis se ressaisit en hochant la tête. Daren grimpa les dernières marches et passa sous le dôme. Devant lui, à seulement quelques pas, le pont était brisé, et reprenait un peu plus loin sur l’autre rive. Il s’avança encore. Ce pont qui paraissait si fragile franchissait en réalité un abîme sans fond d’où s’échappaient de terrifiants gémissements. La lumière blanche et protectrice d’Aerie illumina les parois, contraignant les créatures à tourner autour de leurs proies sans parvenir à s’approcher. Daren étudia le plus rapidement possible toute possibilité de franchir ce gouffre, repérant chaque prise pour une éventuelle cordée, mais avant qu’il n’eût eu le temps de se poser davantage de questions, une voix grave et grondante s’éleva de l’abîme.

 

« Il voyage avec toi, et au travers de lui tu voyages ; et pourtant il te laisse derrière lui. Qui est avec toi ? La réponse t’ouvrira la route, mais une erreur te précipitera vers ta fin. »

 

Une énigme… Il n’avait jamais été très doué pour ce genre de petit jeu… Les grognements des zombies autour d’eux l’empêchaient de se concentrer pleinement, et il posa ses deux mains sur ses oreilles afin de faire le vide dans son esprit. « Il voyage avec toi », avait dit la voix. Qui voyageait avec lui ? Ses compagnons ? Et « Au travers de lui tu voyages ». « Au travers ». Que cela pouvait-il signifier ? Il voyageait au travers… de l’air, peut être ? Mais sûrement pas au travers de ses compagnons. « Il te laisse derrière lui »… C’était donc quelqu’un qui lui passait aussi devant…

 

− Dépêche-toi, Daren !, hurla Yoshimo.

 

Rester concentré. Il fallait rester concentré. Qu’aurait répondu Imoen dans cette situation ? « Au travers »… Il y avait peu de chance que la voix fît allusion à quelqu’un, ou même à quelque chose. Oui, l’astuce devait se trouver là.

 

− Daren, fait vite, Aerie ne pourra pas tenir très longtemps !

− « Au travers »…, murmura Daren pour lui-même. « Au travers »… Et s’il me laisse derrière lui alors qu’il voyage avec moi, c’est sans doute qu’il est un peu partout. Omniprésent. Oui, c’est sûrement ça.

 

Qui pouvait être partout ? La magie ? Un dieu ? La lumière blanche commençait à faiblir, et le cercle des morts-vivants à se resserrer. Il fallait trouver, c’était leur seul espoir. Vite. Plus vite. « Il voyage avec toi », « Au travers de lui tu voyages »… Qui… Comment… ?

 

− Daren !, hurla Minsc. On a plus le temps ! Fais vite !

 

Un déclic se fit, et le visage de Daren s’éclaira. La réponse lui parut insolemment évidente. Il se redressa, faisant face au précipice, et déclama d’une voix forte :

 

− La réponse est… « Le temps » !

 

La terre trembla. Autour d’eux, le sol s’effondra comme une baignoire pleine dont on aurait retiré le bouchon, et les zombies furent précipités vers les abysses dans un fracas de roche retentissant. Dans le même temps, la faille qui séparait les deux parties du pont se rétrécit à vue d’œil, jusqu’à ne laisser plus qu’une mince rainure au sol. Il avait résolu l’énigme, et le pont s’était reformé.

 

En quelques secondes, il n’y eu à nouveau plus aucun bruit en dehors du faible crépitement des torches de ses compagnons.

 

− Bravo, Daren ! Bouh lui-même n’aurait pas fait mieux !

 

Yoshimo, Minsc et Aerie l’avaient rejoint sous le dôme et le félicitèrent vivement. Son cœur battait encore à tout rompre, éprouvé par ce difficile exercice mental. Aerie le fixa droit dans les yeux, le dévisageant intensément de son regard azur, et l’espace d’une seconde, il sentit la douceur de ses mains serrer les siennes. Elle allait lui dire quelque chose, quelque chose d’important.

 

− Continuons à avancer. Nous ne devons sûrement plus être très loin.

 

Tous les deux sursautèrent aux paroles de Yoshimo, et reprenant leurs esprits, ils franchirent le pont en direction de l’inconnu.

 

La grotte était toujours aussi vaste, mais le chemin qu’ils suivaient se rétrécissait à vue d’œil, laissant la place à des eaux sombres de chaque côté. Au loin, dans une lumière tamisée, se dressait un temple aux couleurs ternies par les âges. Il dégageait cependant encore une forte prestance, et on devinait qu’il avait été richement décoré d’or et de marbre avant d’être abandonné. Découvrant une ombre camouflée derrière une colonne, Daren recula d’un bond et se mit en garde aussitôt. Un homme était là, le teint blafard et une capuche sur la tête, immobile et silencieux. Jetant un regard inquiet à ses compagnons, Daren s’avança vers lui, et lui adressa un signe amical.

 

− Bonjour à vous… Je… Nous… Enfin, pouvez-vous nous dire quel est cet endroit ?

 

L’homme ne répondit toujours pas, et Daren crut le voir lever les yeux au ciel en poussant un soupir. Il réitéra sa question.

 

− Bon…, finit par articuler l’homme encapuchonné d’une voix lasse, je pense que je vais finir par vous répondre, sans quoi vous ne me laisserez pas tranquille, non ? Je devrais sûrement l’écrire, ça m’éviterait d’avoir à le répéter… Enfin, ce n’est pas comme si j’avais des souvent des visiteurs…

 

Surpris, Daren allait s’excuser lorsque son interlocuteur lui coupa la parole.

 

− Mais bon, cela n’a pas vraiment d’importance. Je n’ai rien à cacher, et quand bien même, cela me serait égal…

 

Il prit une profonde inspiration, et continua de la même voix désabusée.

 

− Je suis le gardien. Oh, pas la peine de prendre cet air impressionné, je garde juste ce temple, dit-il en levant paresseusement une main en direction du bâtiment derrière lui. C’est très important, car tous les quelques siècles, quelqu’un s’aventure presque jusqu’ici…

− Et que gardez-vous ?, osa Yoshimo. Si ce n’est pas indiscret ?

− Ça l’est, lui répondit-il du même ton cynique. Sinon, vous n’auriez pas posé la question… Enfin, je vous ai dit que ça m’était égal, alors je vais vous répondre. C’est simple, nous avons oublié ce que nous gardons, et nous avons même oublié depuis combien de générations nous sommes ici…

− « Nous » ?, répéta Daren.

 

À peine avait-il prononcé ces mots que d’autres silhouettes à l’allure identique sortirent des ombres : d’autres hommes vêtus de la même bure brune, mais aussi des femmes et des enfants. Leurs mines étaient toutes identiques, et toute trace de bonheur semblait leur avoir été enlevée il y a bien longtemps.

 

− Mais pourquoi restez-vous là ?, continua Daren. Quel est ce temple ? Et qui sont ces personnes ?

 

L’homme remonta ses lèvres, dans un sourire dénué de toute expression.

 

− Ah… ça. C’est la dégénérescence de nos âmes et de nos esprits, lui répondit-il. Nous vivons dans la haine, la haine de cette puissance qui nous maintient en vie. Et c’est elle qui nous pourrit de l’intérieur. Il n’y a pas de remède, pas d’échappatoire,… pas de fin.

− C’est… c’est un destin très cruel, intervint timidement Aerie d’une petite voix. Mais pourquoi n’implorez-vous pas le dieu à qui appartient ce temple ? Il pourrait vous aider.

− Le dieu…, répéta lentement l’homme devant eux. Cela fait si longtemps que nous n’avons pas prononcé son nom que nous l’avons tous oublié. Quelle loyauté devons-nous à une créature qui nous condamne à cela ?

− Dans ce cas, pourquoi restez-vous ?, reprit Daren. Qu’est ce qui vous retient ici ?

− Nous ne pouvons partir. Nous ne pouvons même pas mourir !, répondit-il aussitôt. Nous renaissons dans un cycle infini de réincarnations, et nous sommes condamnés à revivre indéfiniment un destin dont nous ne voulons plus… Mais j’ai assez parlé. Partez maintenant, nous ne voulons pas de votre aide. Rien ne change ici, rien ne bouge; le temps est figé.

 

Daren considéra un instant les ombres de ceux qu’avaient dû être autrefois de fidèles serviteurs d’une puissante divinité. Mais ils n’étaient pas venus ici dans ce but. Le sceptre, sa deuxième moitié, devait se trouver dans le bâtiment juste devant eux, et ils n’allaient pas faire demi-tour si près du but. Gardiens ou pas.

 

− Est-il possible de pénétrer dans le temple ?, finit par demander Daren.

 

L’homme secoua lentement la tête.

 

− Entrez, prenez ce que vous voulez, pillez comme bon vous semble… Nous ne sommes gardiens que de nom… Mais comme tous ceux avant vous, vous échouerez. Adieu maintenant.

 

Aerie, Minsc et Yoshimo s’étaient approchés, et tous les quatre se concertèrent sur la marche à suivre. S’avançant vers les marches, ils poussèrent la porte et pénétrèrent dans le temple de ce dieu oublié.

 

La salle était vide. De grandes colonnes soutenaient un plafond usé, mais plus aucune décoration n’ornait les lieux. Au sol, le pavage bleu et blanc était recouvert d’une épaisse poussière et on devinait d’anciens symboles inscrits sur les dalles de marbres. Ils étaient seuls. Et pourtant, une présence hantait cette demeure. Une présence malveillante et agressive. Tout à coup, prenant forme sous leurs yeux, la présence se matérialisa au centre de la pièce. D’une pensée entêtante, elle venait de prendre une forme physique.

 

− La haine est ici ! La haine !

 

La créature ressemblait à un humain. Un homme au visage difforme, et aux yeux rougeoyant de fureur. À mesure qu’elle parlait, d’épaisses ailes lui poussèrent dans le dos et des griffes coupantes de ses mains. C’était sans aucun doute un démon, un démon venu des profondeurs des Abysses.

 

− Qui êtes-vous ?, s’écria Daren, l’arme au poing.

 

La créature grogna, continuant d’achever sa transformation. Elle ne ressemblait en rien à un homme maintenant, ni à aucune forme de vie connue des Plans Primaires. Elle mesurait plus de deux mètres, et sa peau était couverte d’écailles noires comme la nuit.

 

− Attaquez ! Attaquez-moi avec toute votre colère et nourrissez-moi !, rugit-elle à nouveau.

 

La créature s’élança, chacun de ses pas faisant trembler le sol. Daren eut juste le temps d’esquiver sa charge avant qu’elle ne fût sur lui. Elle était si imposante, semblait si indestructible, qu’il ne savait pas par quel flanc l’attaquer. Minsc s’était déjà lancé dans la bataille, tandis Yoshimo avait sorti son arc et commençait à tirer. Seule Aerie la regardait encore, presque calmement, les sourcils froncés. Daren chargea à son tour, plantant sa lame mortelle dans le corps du démon.

 

− Oui ! Haine, Souffrance !, éructa-t-elle.

 

Le démon déploya son aile et percuta Daren de plein fouet, l’envoyant heurter une colonne. La plaie béante qu’il venait de percer en son flanc suintait d’un sang ocre, mais ne semblait pas l’avoir affecté pour autant. La créature griffa de toutes ses forces le bras de Minsc, qui peina à se dégager à grands coups d’épée.

 

− Elle est coriace !, leur héla Yoshimo. Essayons tous ensemble. Aerie ?

 

Il se tourna vers l’elfe, qui n’avait pas encore bougé.

 

− Attendez, je crois que… nous faisons fausse…

− Attention, Minsc !

 

Le monstre attaquait à nouveau. Le rôdeur, déjà blessé, encaissa un coup d’une force terrifiante et s’effondra un peu plus loin, inconscient. Aussitôt, Yoshimo décocha une volée de flèches en quelques secondes, qui se figèrent toutes dans la poitrine du démon. Il vacilla un instant à l’impact, le même sang beige et fumant coulant le long de ses écailles, puis se tourna vers lui.

 

− Ah ah ah ! Continuez ! Nourrissez-moi de votre haine !

 

Il chargea encore une fois. Plus rapide, plus fort. Plusieurs de leurs coups avaient été mortels, même pour un démon. Cependant, chaque blessure qu’ils lui infligeaient semblait au contraire le rendre plus fort. Yoshimo n’eut pas le temps de parer, ni même de voir venir l’attaque. Une griffe gigantesque lui lacéra l’épaule et le projeta dans les airs, leur compagnon finissant sa course contre le mur de pierre. Le monstre se retourna. Il fixait à présent Daren. Il avait encore grandit, et semblait encore plus invincible.

 

− Tu as un pouvoir, enfant de Bhaal. Sert-en ! Fais appel à ton sang !

 

Daren se figea. Cette créature lisait-elle à ce point dans ses pensées ? Il ne pouvait nier qu’à cet instant il ne l’avait pas envisagé. Deux de ses compagnons étaient tombés, et même s’il redoutait toujours autant d’y faire appel, la situation était devenue suffisamment critique pour faire taire toute réticence. Une brume rouge envahit la pièce. Son cœur s’accéléra. Il sentait son visage se déformer lui aussi, une rage rituelle s’emparer de son âme.

 

− Non, Daren ! Que fais-tu ?

 

La voix lointaine d’Aerie résonna à ses oreilles; un appel réconfortant dans la tourmente, comme le chant apaisant d’une nymphe. Sa vision se fit plus nette à nouveau, et son cœur était partagé entre céder totalement à la folie, et renoncer tant qu’il en était encore temps. Le démon avança vers lui, dans une scène semblant se dérouler au ralenti.

 

− Daren ! Ne fais pas ça ! Il y a un autre moyen !

 

Plus que quelques mètres. Il avançait toujours, ses bras puissants prêts à donner la mort. S’il tombait lui aussi, Aerie serait sa prochaine victime. L’ombre de la créature ailée le recouvrait presque totalement. Son sang divin bouillonnait, refusant d’abandonner la lutte et irradiant de sa lumière écarlate. Puis le démon s’arrêta.

 

Elegard Aquilar, Tanar’ri ! M’Kery Ivae’ess Uuthra !

 

Aerie le défiait, prononçant d’étranges paroles dans sa langue natale. Le démon la toisa un instant, presque inquiet, et délaissa Daren pour fondre sur l’elfe. Elle avait une main tendue vers lui, étincelant d’un éclat bleuté, et dévisageait la créature d’un air déterminé.

Daren n’eut même pas le temps de crier. Le démon leva une griffe puissante, mais Aerie fut plus rapide et posa sa main sur son corps meurtrit et ensanglanté. Un hurlement de douleur retentit entre les murs bleuis par le reflet de son sortilège, et la créature fit quelques pas en arrière, ses mains contre sa poitrine.

 

− Non ! Je ne peux pas être vaincu !

 

Ses plaies se refermèrent lentement, et à mesure que la magie curative d’Aerie faisait son effet, le démon s’agenouillait, secoué de tremblements terribles.

 

− Non !! Ce n’est pas…

 

Ses ailes s’effritèrent, et ses écailles noirâtres se lissèrent pour finir par ressembler à nouveau à une peau humaine.

 

− Je…

 

Sa voix avait changé elle aussi. D’un timbre grave et rauque, elle était passée à une sonorité chaude et sereine. L’homme qui se tenait à présent devant eux se releva, auréolé d’une lumière blanche. Il parcourut la pièce du regard, toujours silencieux, et d’un geste, il pointa sa main vers Minsc et Yoshimo. Se tournant enfin vers Daren et Aerie, il prit à nouveau la parole.

 

− Qui pénètre dans mon temple ?

 

L’homme dont cette lumière émanait semblait être ébloui lui-même, et parcourait la pièce du regard les sourcils froncés.

 

− Présentez-vous, ajouta-t-il. Vous êtes presque au-delà de ma perception…

− Daren, et voici mes compagnons. Et vous, qui êtes-vous pour vous matérialiser ainsi ? Et quel était ce gardien ?

 

L’homme tourna la tête vers Daren, les yeux grands ouverts et dans le vague, tel un aveugle. Dans le même temps, Minsc et Yoshimo s’étaient redressés, leurs blessures soignées par cette nouvelle incarnation.

 

− Le gardien ? Le gardien n’est pas une création de Je. La Bête a détruit mon apparence à maintes reprises… Vous ne l’avez tué que pour quelques temps, mais elle revient, encore et encore.

− Que pouvons-nous faire pour vous ?, osa timidement Aerie.

− La Bête est une féroce divinité, car elle a plus de pouvoir que je ne peux en rassembler, à présent. Ma cohorte de fidèle a nourri cette créature, et je suis affaibli au point de disparaître.

− Vos fidèles ne vous vénèrent plus, honorable divinité, intervint Yoshimo. Ceux à l’extérieur n’expriment que du dégoût.

 

L’apparition parut s’indigner tout à coup.

 

− Mais ils doivent me servir ! Ils devaient me protéger et je devais subvenir à leurs besoins !

− Mais cela fait si longtemps qu’ils ne se rappellent même plus votre nom, ajouta Aerie. Tout doit avoir une fin, non ?

 

L’apparition prit soudainement une mine résignée, abattue.

 

− Alors il n’est pas étonnant que je n’arrive pas à vaincre la Bête… Elle est l’incarnation de leur répugnance et est devenue l’objet de leur vénération, consciemment ou non. Le temps a passé, et je n’ai plus rien à faire ici. Le Grand Instrument a perdu de sa puissance, et n’est plus aussi redoutable que je ne le craignais.

 

Les quatre compagnons se regardèrent un instant. Ce « Grand Instrument » était-il ce qu’ils étaient venus chercher ?

 

− Nous… nous sommes ici pour récupérer le morceau d’un sceptre, et nous pensons qu’il est ici, dans ce temple, finit par dire Daren.

− L’accord avait pour but que le Grand Instrument ne soit plus jamais utilisé, reprit l’apparition. Et si je dois quitter définitivement cet endroit, mon dernier acte doit être de le détruire. Mais je n’en ai pas le pouvoir…

− Mais vos fidèles vont continuer à errer sans fin ainsi, dans ce cas, répondit Aerie.

− Leur ferveur et leur conviction sont le secret de mon pouvoir. Peut-être que de réunir une dernière fois le sceptre éveillera en eux assez d’espoir pour nous libérer tous ?

 

Daren réfléchissait à toute vitesse. Il leur fallait cette moitié cachée ici dans ce temple, mais cette divinité mourante ne leur laisserait sans doute pas si facilement.

 

− Je peux vous proposer un accord, finit-il par dire à l’avatar lumineux. Vous nous laissez le sceptre car nous en avons besoin pour une autre tâche, et nous vous rapportons les deux parties rassemblées une fois que nous aurons fini.

 

Au moment où il parlait, il n’avait pas encore la moindre idée de la manière dont ils allaient se procurer celle en possession de Gaal, mais ils improviseraient en temps utile. Pour le moment, l’apparition le dévisageait et Daren ressentit une présence sonder chaque recoin de ses pensées.

 

− Tu as l’air honnête, enfant de Bhaal, reprit-il. Mais je t’en conjure, reviens vite et n’échoue pas, ou les conséquences pourraient en être terribles.

 

Il tendit la main et matérialisa devant lui ce qu’il appelait le Grand Instrument : la moitié noire d’un bâton d’ébène.

 

− Faites vite, faites vite…, finit-il dans un murmure.

 

Il disparut, les laissant seuls avec la partie du sceptre.

 

− Bouh n’a encore jamais rien vu de tel, et il espère que tu sais ce que tu fais, Daren.

− Je suis d’accord avec ton hamster, Minsc, ajouta Yoshimo. Nous mettre au service de Heaume, je comprends que nous ayons besoin d’argent, mais tout ceci ne me semble pas nous concerner. Y aurait-il quelque chose que j’ignore ?

− Nous devons aider ces pauvres gens, dehors, répondit aussitôt Aerie. Cela fait une éternité qu’ils gardent quelque chose inutilement, et c’est une raison suffisante pour avoir accepté.

− C’était aussi le seul moyen d’obtenir ce que nous étions venus chercher, Yoshimo, ajouta Daren. Je ne crois pas que nous aurions pu le récupérer sans l’accord de son propriétaire.

 

Ils descendirent les marches du temple. Dehors, aucun des fidèles n’avait bougé, toujours tapis dans les ombres. Ils passèrent devant eux, mais aucun ne leur parla.

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