Le contact

− Ainsi, Mook est morte…

 

Aran Linvail était pensif, assis dans son fauteuil de cuir et fumant sa longue pipe.

 

− C’est regrettable, même si je suppose que vous avez fait ce que vous pouviez… Mais…

 

Il se leva soudainement, et fit face aux quatre compagnons qui venaient de lui faire leur rapport. Jaheira tremblait de rage à la désinvolture de son attitude, mais Daren la coupa avant qu’elle n’intervînt.

 

− Mais ?, répéta-il.

− Mais il est temps de passer à l’action, reprit le Maître de l’Ombre. Nous devons localiser le centre des opérations de cette guilde, et j’ai un plan pour cela.

 

La demi-elfe ne tint plus.

 

− Êtes-vous le dirigeant d’un petit gang de truands ou le chef d’une puissante organisation ?, intervint-elle d’un ton cassant et sarcastique. Vous voulez dire qu’après tous ce temps, vous n’avez toujours pas la moindre idée d’où opère votre ennemi ?

− Je vous rappelle que cet ennemi est aussi le vôtre maintenant, répondit Aran sans détourner le regard.

 

Il tira une bouffée de sa pipe dont il recracha une épaisse fumée. Ses yeux s’étaient plissés, et il caressa lentement sa joue de son index.

 

− J’ai peut-être un plan. Et vous allez l’exécuter.

− Nous vous avons déjà apporté notre aide, répondit Daren.

 

Lui aussi commençait à se lasser de ces éternels reports. Ils les avaient déjà grassement payés, et il ne voulait pas attendre plus longtemps avant de revoir Imoen.

 

− Je comprends votre inquiétude, reprit le Maître des Ombres, mais pour avancer, il faut d’abord dégager la route. Vous avez ma parole que vous reverrez votre amie en vie, ainsi que cet homme qui vous a emprisonnés. Mais il nous faut avant tout résoudre ce problème.

− Minsc te suggère d’avoir raison, voleur, car si tu t’es joué de nous, ton sort ne sera pas différent de ce mage lorsque nous le retrouverons !

 

Aran Linvail se mit à faire les cents pas dans la pièce. Il murmura quelques paroles pour lui-même en hochant vivement la tête, puis s’arrêta soudainement.

 

− Bien, voici la situation. En fait, ces évènements confirment ce que je craignais : la guilde rivale est bien informée de nos actions, sans doute grâce aux traîtres qui l’ont rejointe. Et nous devons empêcher toute nouvelle défection.

 

Il parcourut les quatre compagnons du regard un à un, s’assurant que tous écoutaient attentivement ses propos.

 

− Deux de nos hommes, Jaylos et Caehan, envisagent de quitter notre petite communauté pour passer à l’ennemi. J’imagine que l’herbe semble toujours plus verte de l’autre côté… Nous avons appris le lieu et l’heure à laquelle ils doivent rencontrer un contact. C’est au premier étage de l’auberge des « Cinq Chopes », sur le grand pont de la ville. Nous ignorons de qui il s’agit, mais nous savons qu’il sera là-bas demain soir, à vingt heures.

− Et pourquoi n’envoyez-vous pas l’un de vos hommes pour faire ce travail ?, demanda Daren.

− Jaylos et Caehan travaillent avec nous depuis bien trop longtemps pour ne pas connaître la plupart de nos agents qualifiés. Non, ils flaireraient le piège aussitôt. Je pourrais certes envoyer une de nos nouvelles recrues mais hélas, aucune n’a votre talent.

− L’ennemi que nous avons combattu cette nuit était seul, intervint Jaheira, et il a bien faillit triompher de nous quatre réunis. Qu’est ce qui peut nous certifier que vous n’essayez pas de vous débarrasser de nous en nous envoyant faire votre sale boulot, empochant du même coup l’or que nous vous avons laissé ? Je commence vraiment à être lasse de ce petit jeu.

− Rien à part ma parole ne peut vous le certifier, vous avez raison. Mais je vous assure que nous travaillons bien ensemble avec le même objectif, et que votre or a déjà été utilisé pour entamer les tractations nécessaires à la préparation du sauvetage de votre amie.

 

De toute façon, ils n’avaient pas le choix. Comme il le leur avait déjà dit, toute retraite était coupée, et même dans le cas probable où les Voleurs de l’Ombre abuseraient de la situation en leur faisant exécuter quelques basses œuvres, ils n’avaient comme solution que de s’y plier. En espérant que cet homme dît la vérité.

 

− Je veux savoir où se trouve le repaire de notre adversaire, reprit-il. Et… une dernière chose : il se pourrait que ces deux traîtres ne se montrent pas raisonnables, alors… autant vous préparer à des hostilités.

 

Il marqua une courte pause.

 

− S’ils résistent, tuez ces chiens.

 

Aran Linvail se rassit sur son siège et ralluma sa pipe qui s’était éteinte. La conversation était finie. Jaheira sortit la première, suivie de Daren, puis d’Aerie et de Minsc.

 

− J’ai une idée, chuchota la demi-elfe. Mais cette fois, nous aurons besoin de notre ami Yoshimo.

 

Les dédales de la guilde des Voleurs de l’Ombre n’étaient plus aussi obscurs que lors de leur première arrivée. Ils ne connaissaient sans doute pas tous ses secrets, mais avaient appris désormais à se rendre dans leurs quartiers sans recourir à une aide extérieure. Jaheira n’exposa pas son plan davantage, préférant sans doute en révéler les détails à l’abri des oreilles indiscrètes. Minsc et Daren rejoignirent leur chambre, Jaheira et Aerie la leur, et tous les quatre s’endormirent d’un sommeil agité.

 

Le lendemain, le petit groupe se mit en route vers la Couronne de Cuivre. Sous le soleil de midi, Athkatla grouillait de monde.

 

− Nous fonçons droit dans un piège…, finit par maugréer Jaheira.

− Mais nous n’avons pas le choix, répondit Daren d’une voix à peine audible.

− Je le sais bien !, s’exclama-t-elle, exaspérée. C’est d’ailleurs pour ça que je vais vous proposer mon idée pour ce soir. Mais j’ai un très mauvais pressentiment…

− J’espère que cet homme honorera sa promesse après ce que nous aurons fait pour lui, intervint Aerie. Je suis déjà très mal à l’aise de devoir accomplir cette… « mission »… qui pourrait bien se transformer en assassinat.

− Mais nous n’avons pas le choix !, s’exclama Daren, cette fois-ci à haute voix.

 

Ils arrivèrent devant les portes de la Couronne. Daren entra le premier, l’esprit préoccupé par le choix qu’ils avaient fait de faire confiance à Aran Linvail.

 

− Bonjour à vous !, s’écria une voix joviale dans leur direction.

 

Hendak s’avança vers eux, les bras tendus, et leur serra chaleureusement les mains avant de leur offrir un déjeuner. Il leur demanda quelques nouvelles de leur situation puis s’excusa alors que la taverne se remplissait.

 

− Vous n’auriez pas vu notre ami, Yoshimo ?, lui demanda Jaheira avant qu’il ne partît.

− Si si, je l’ai encore vu hier soir, il ne devrait pas tarder. Bon, je dois vraiment vous laisser, le travail m’appelle.

 

La silhouette longiligne du voleur apparût quelques temps après en haut des marches qui montaient aux chambres, et il rejoignit ses compagnons en balayant la salle d’un regard soupçonneux. Jaheira lui exposa rapidement les faits de la nuit précédente, ainsi que la proposition du Maître de l’Ombre.

 

− C’est tout à fait compréhensible, répondit Yoshimo. Avec une guilde rivale aussi menaçante, il leur est impossible de mener à bien une opération aussi délicate que la nôtre.

− Là n’est pas la question, le coupa Jaheira. Ces deux hommes que nous allons rencontrer doivent nous mener à un contact de l’autre guilde. J’ai une idée pour nous infiltrer, mais il faudrait nous faire passer pour d’autres déserteurs. Et comme tu es le seul d’entre nous à avoir fréquenté ce genre de milieu, ta présence serait d’une aide toute particulière.

 

Yoshimo plissa les yeux, le regard pensif. Il passa plusieurs fois sa main dans ses cheveux et répondit.

 

− C’est une idée astucieuse, mon amie. Mais nous présenter tous les cinq à ce rendez-vous serait une pure folie. Jamais aucune désertion ne serait crédible avec un tel nombre de déserteurs à la fois.

− Que proposes-tu ?, demanda Daren.

− Ils sont deux ? Alors nous serons deux nous aussi.

− Si nous devons combattre à nouveau cette même créature qu’hier soir, je pense pouvoir être utile, proposa Aerie.

− De toute façon, une seule personne pourra accompagner Yoshimo, ajouta Jaheira. Et il faudra monter la garde, pour prévenir de l’arrivée du contact. Nous n’aurons pas longtemps pour leur tirer les vers du nez.

− Minsc ira là où ira Aerie !, s’écria le rôdeur, quelque peu perdu dans le flot incessant de propositions.

− Jaheira, Aerie, et Minsc, coupa Daren en haussant le ton, vous monterez la garde. Nous aurons besoin des elfes pour surveiller les couloirs dans le noir. Jaheira, il faudrait que tu utilises un animal pour nous prévenir le plus discrètement et le plus tôt possible de l’arrivée du contact. Yoshimo et moi, nous irons à la rencontre des deux ex-Voleurs de l’Ombre, et nous ferons aussi vite que possible. Si la situation tourne mal… vous nous rejoindrez, et… Enfin, espérons que tout se passe bien.

 

Le calme revint soudainement autour de la table et pour une fois, Jaheira n’avait rien trouvé à redire. Minsc rompit finalement le silence.

 

− Bouh trouve ton plan parfait !

− J’ai le même avis que ton hamster, ajouta Yoshimo.

 

Tous éclatèrent de rire à cette dernière phrase, à l’exception de Minsc qui n’avait pas saisi le comique de la situation.

 

La majeure partie de la journée fut consacrée au repérage des lieux. Sur le pont marchand d’Athkatla, on trouvait toutes sortes de boutiques, ainsi que l’auberge des Cinq Chopes. Ce quartier, jonction entre le port maritime au sud de la ville aux mains des guildes de voleurs et les riches maisons des anciennes familles de l’Amn, mélangeait les genres, mêlant roturiers et aristocrates. Le patron des Cinq Chopes était une petite-personne, un semi-humain ne mesurant pas plus d’un mètre vingt mais dont le sens du commerce n’avait rien à envier aux plus influentes guildes de marchands. Daren avait entendu parler de ce peuple d’artisans, bien que peu présent sur la Côte des Epées. La majorité des leurs vivait dans le sud de Féérune et en particulier ici, dans la cité de la monnaie. L’ambiance joviale et détendue de la taverne ne les détourna toutefois pas de leurs investigations, et tous les cinq parcoururent le plus discrètement possible les environs à la recherche d’une stratégie plus concrète pour la soirée.

 

− Le rendez-vous aura lieu dans l’une des chambres à l’étage, rappela Daren. Mais nous ne savons pas où précisément.

− Tous les trois, nous resterons ici, répondit Jaheira en désignant un renfoncement peu après les dernières marches de l’escalier. Je crois qu’il s’agit d’une sorte de placard, j’ai vu un employé y ranger des draps tout à l’heure. De la rambarde, on peut facilement observer les personnes qui s’engagent sur les marches, et on pourra vous alerter à temps. Bref, nous vous attendrons ici tous les trois.

− Et comme moyen de communication ?, demanda Aerie. Tu avais parlé d’un animal, Daren, non ?

− Et c’était une excellente idée, ajouta Jaheira. Mais inutile de se compliquer la tâche, alors que nous avons la solution devant nous.

 

Les quatre autres se regardèrent, surpris. Daren s’attendait à ce que la druide repèrât un quelconque animal vivant ici, et s’en servît pour les prévenir.

 

− Bouh ne comprend pas où tu veux en venir, Jaheira.

− Oh, je suis sûr qu’il le comprend très bien, pourtant, répondit-elle amusée. Car c’est précisément de lui dont je parle.

 

Comment n’y avaient-ils pas pensé plus tôt ? Il existait bel et bien un rongeur prêt à faire le messager dans cette auberge, et il s’appelait Bouh.

 

− Oh, je vois !, répondit aussitôt le rôdeur. Ce sera un honneur pour tous les hamsters que de remplir cette mission.

− Ne restons pas dans les parages trop longtemps avant ce soir, intervint Yoshimo. Nous sommes venus repérer les lieux, et je préférerais que peu d’autres gens nous voient si c’était possible.

 

Ils acquiescèrent à cette proposition, et terminèrent l’après-midi en flânant entre les étals du district.

 

Dix-neuf heures et quarante minutes. Le voile du soir commençait à recouvrir les toits, et chaque bâtisse du pont s’illuminait à mesure que la nuit tombait. Des Cinq Chopes s’échappait une musique entraînante, rythmée par les applaudissements des clients. Tout était calme, et sans leur rendez-vous imminent, on aurait pu croire à une soirée comme les autres. Daren et Yoshimo entrèrent les premiers. Le voleur s’était recouvert le bas du visage d’un masque, et lui-même était grimé en parfait agent de l’Ombre. Plus que quinze minutes. Les déserteurs devaient sûrement déjà être là, à attendre le contact de l’autre guilde. Ils montèrent l’escalier en colimaçon tandis que leurs trois compagnons entraient à leur tour dans la taverne. Ils arrivèrent enfin dans le long couloir qui donnait aux chambres.

 

− Il nous faut faire preuve de prudence mon ami, chuchota Yoshimo. Ouvrons les portes une à une, et trouvons nos deux rebelles.

 

Daren avait le souffle court. Il ne leur restait plus beaucoup de temps, et ils devaient faire au plus vite. Il s’approcha de la première porte et tourna lentement la poignée.

 

− Celle-ci est fermée, chuchota-t-il à son tour. Essaye la suivante.

 

Les deux portes suivantes étaient verrouillées elles aussi. Daren commençait à perdre patience, et tourna encore une fois la volumineuse poignée devant lui. Cette fois, la porte s’ouvrit, et une voix aigue et tremblante s’éleva aussitôt.

 

− Qui va là ?

 

Daren s’immobilisa, mais Yoshimo le poussa à l’intérieur et le suivit. Dans la chambre, deux hommes en armes et armures venaient de porter la main au fourreau.

 

− J’étais sûr qu’on nous suivait !, reprit l’un des deux hommes.

− Du calme !, l’interrompit son compagnon. Nous sommes peut-être ici pour la même raison.

 

Daren jeta un regard rapide à Yoshimo qui lui répondit d’un bref et discret hochement de tête.

 

− Vous… vous êtes ici pour rencontrer le contact ?, demanda Daren d’une voix timide.

 

Malgré le stress, il essayait d’être le plus spontané possible. S’ils venaient à être découverts, tout ceci finirait dans un bain de sang.

 

− Peut-être, c’est possible, répondit l’autre homme. Et… comment s’appellerait ce contact ?

 

Il sentit son cœur s’accélérer. Sa ruse était faible, et ces deux hommes l’avaient habilement retournée contre lui.

 

− Comment ?, s’éleva la voix de Yoshimo derrière lui, indignée. Vous ne le savez pas ? Vous cherchez à nous tirer les vers du nez ?

 

Le visage des deux traîtres se décomposa. Yoshimo haussait rarement le ton, mais savait admirablement paraître sévère et déterminé.

 

− Je…je…, balbutia l’un d’eux.

−Vous êtes des espions, hein ?, ajouta Daren d’une voix forte, entrant dans son jeu.

− Quoi ?, bafouilla l’autre d’une voix blanche. Non ! Non, je le connais ! Je ne suis pas un espion !

− Taisez-vous !, intervint le premier. Ou ils nous tueront tous au lieu de nous engager !

 

Un silence pesant recouvrit la pièce. Il devait rester cinq minutes. Peut-être moins. Le moindre faux-pas pouvait les conduire à leur perte, et il fallait improviser au plus vite. Daren avait le souffle court, et la panique commençait à paralyser toutes ses tentatives de réflexions. L’un des deux hommes reprit alors la parole.

 

− Connaissez-vous le nom du contact, alors ?

 

Yoshimo le fixa droit dans les yeux, et répondit d’un ton autoritaire.

 

− Peut-être que je connais très bien ce nom. Peut-être même que ce nom… c’est le mien ! Ne vous est-il pas venu à l’esprit que je pouvais être le contact ?

 

Il avait porté ses mains sur ses hanches, et dévisagea les deux hommes d’un regard noir et menaçant. Quelques secondes s’écoulèrent sans un bruit, mais son bluff finit par faire son effet.

 

− Jaylos !, s’écria l’un d’eux d’une voix terrifiée. Et si c’était le contact ? Ils pensent que nous sommes des espions ! Nous allons tous y passer !

 

Le visage hagard de son compagnon allait et venait de Daren à Yoshimo.

 

− Allons, reprit le voleur plus calmement. Dites-moi comment je m’appelle et on oublie ce malentendu. Vous n’êtes pas les seuls à changer de camp, et j’ai déjà recruté l’un des vôtres dans une chambre en face il y quelques minutes, ajouta-t-il en désignant Daren. Je n’ai pas que ça à faire, alors dépêchez-vous un peu.

− Le nom est… Gracen, finit par lâcher l’un d’eux. Nous voulons rejoindre votre guilde. L’offre est trop tentante.

 

Un piaillement fit sursauter Daren. Se faufilant entre le mur et la porte entrouverte, un petit rongeur orangé entra en trombe dans la chambre, et heurta de plein fouet les bottes de Yoshimo avant de s’enfuir aussi vite qu’il était entré. Le temps était écoulé, et le véritable contact montait les marches.

 

− Que… que se passe-t-il ?, demanda timidement l’un des deux hommes, voyant le visage de Yoshimo soudainement tendu. Nous… nous ne sommes pas engagés ?

 

Il frissonna à cette évocation, et Yoshimo posa un doigt sur ses lèvres.

 

− Restez un instant ici. Je dois aller vérifier que nous n’avons pas été suivis. Je reviens dans une minute.

 

Il rouvrit la porte derrière lui et invita Daren à le suivre. Les deux traîtres poussèrent un soupir de soulagement, et osèrent un timide sourire lorsque Daren se tourna une derrière fois vers eux. Dans quelques secondes, ils seraient découverts, et leur vie serait en danger.

 

− Nous devons sortir au plus vite, murmura Yoshimo.

− Mais nous ne savons toujours pas où se trouve leur repaire !, répondit Daren sur le même ton.

 

Ils avaient réussi à prendre contact, mais n’avaient pas eu le temps suffisant pour obtenir ces informations sans éveiller les soupçons. Un bruit de pas lourd résonna à l’autre bout du couloir.

 

− Ne cours plus, et suis-moi. Ne t’arrête surtout pas, quoi qu’il arrive.

 

Yoshimo marchait devant lui, droit vers une silhouette imposante encore indistincte dans la pénombre du corridor. Son cœur battait à tout rompre, mais il faisait confiance à son ami. Même s’ils avaient échoués dans leur investigation, ils avaient encore une chance de s’en sortir vivants. Un choc mou mêlé à un grognement le sortit alors de ses réflexions.

 

− Oh ! Pardon, je suis vraiment désolé, dit Yoshimo. Excusez-moi !

 

L’homme en armure sombre qui montait les marches découvrit son visage à la faible lueur des torches. Dans le noir, Yoshimo l’avait heurté de plein fouet, et tous les deux  s’étaient retrouvés au sol. À peine relevé, il lui tendit la main mais l’autre homme se redressa seul dans un bougonnement. Daren continua sa marche sans s’arrêter, et contourna le voleur qui se répandait encore en excuses.

 

− À mon signal, cours.

 

Il avait murmuré ces paroles à son passage. Daren continua son avancée au même rythme et entendit à nouveau le pas lourd qui venait de reprendre derrière lui. Il posa un pied sur la première marche, lorsque Yoshimo le saisit par le bras.

 

− Maintenant !

 

Tous deux dévalèrent les marches aussi vite qu’ils purent. Passant devant l’alcôve où étaient dissimulés leurs compagnons, ils leurs firent signe de les suivre en silence, et tous les cinq dévalèrent les escaliers, sortant en quelques secondes de la taverne.

 

− Yoshimo ! Daren !, leur lança Jaheira. Que s’est-il…

− Plus tard !, la coupa le voleur. Plus tard ! Nous devons courir, et filer le plus loin d’ici possible !

 

Elle ne posa pas d’autre question, et le petit groupe s’enfuit dans les ruelles sombres d’Athkatla, rejoignant au pas de course le quartier général des Voleurs de l’Ombre.

 

− Nous l’avons échappé belle !, s’écria Jaheira le souffle court. Quand j’ai vu cet homme, j’ai tout de suite senti que c’était le contact.

 

Ils étaient presque arrivés à destination et étaient à nouveau à l’abri du danger. La nuit était définitivement tombée à présent.

 

− Alors, vous avez obtenu des renseignements ?, continua-t-elle en direction de Daren et de Yoshimo.

 

Daren baissa le regard. En si peu de temps, les deux déserteurs ne leurs avaient pas avoué le moindre indice sur ce qu’ils étaient venu chercher.

 

− Je… Non, désolé.

 

Elle ne répondit pas. Cette mission était particulièrement difficile, et elle pesta contre Aran Linvail pour leur avoir demandé l’impossible.

 

− Alors Bouh ne reverra plus jamais Imoen ?

 

Aerie fit quelques pas en direction de Daren. Elle ne connaissait pas son amie d’enfance, mais partageait en cet instant sa peine et sa déception.

 

− Tu as fait de ton mieux, j’en suis sûre.

 

Son doux murmure redonna quelques couleurs à son visage, et Daren lui sourit tristement.

 

− Bien, intervint Yoshimo, je suis vraiment désolé de devoir mettre un terme à cette sinistre discussion, mais j’ai deux bonnes raisons pour cela.

 

Tout le monde se tourna vers lui.

 

− La première est que nous ne sommes plus très loin du secteur des Voleurs de l’Ombre, et j’aimerai éviter de rester ici à découvert trop longtemps…

 

Il porta sa main vers l’une des ses poches, et en sortit un papier froissé.

 

− …et la deuxième est que j’ai probablement la réponse à votre question.

 

D’un sourire narquois, il déplia lentement le parchemin devant les visages ébahis des quatre autres.

 

− Hem hem…, reprit-il. Je vous fais la lecture ?

 

Daren avait la bouche grande ouverte, mais ne parvint qu’à hocher lentement la tête de haut en bas.

 

− « Gracen,

 

On t’a donné les fonds nécessaires pour accomplir ton devoir, alors tu dois agir sans hésiter. La pièce que nous avons donnée au gardien des tombes devrait suffire amplement à l’écarter des cryptes. Il faut aussi laisser des fonds aux exterminateurs de la ville pour qu’ils ne chassent plus les araignées dans les cryptes du cimetière, car ils ne pourront que nous découvrir aussi. Agis vite et bien. »

 

Les cryptes. Maintenant qu’ils avaient la réponse, il était plus qu’évident que ces créatures se terraient en ces lieux. Toutefois, au-delà du contenu même de cette lettre, une autre question lui taraudait l’esprit.

 

− Il n’y a pas de signature, mais je pense que cette note sera suffisante, non ?, ajouta Yoshimo.

− Comment…, le coupa Daren. Comment as-tu fait ? J’étais là pourtant, et…

 

Son visage s’éclaira soudainement. Yoshimo était la plupart du temps très discret, mais était cette fois particulièrement satisfait de son habileté; son visage rayonnait d’une fierté méritée.

 

− Que s’est-il passé ?, demanda Aerie. Qui est ce Gracen ?

− Dans le couloir…, continua lentement Daren. Tu l’as… Non ? Tu es un génie Yoshimo !

 

Le voleur lui décocha un clin d’œil complice.

 

− Que s’est-il passé dans le couloir, Yoshimo ?, demanda Jaheira à son tour.

− Lorsque Bouh est venu nous prévenir, répondit Daren à sa place, nous sommes sortis en vitesse de la chambre où avait lieu le rendez-vous. Yoshimo s’était fait passer pour le contact, et moi pour une autre recrue. En sortant, nous avons croisé le véritable contact, ce Gracen. Yoshimo l’a heurté de plein fouet en prétextant l’obscurité qui régnait, et… je n’arrive pas à y croire… Il lui a fait les poches ! C’est bien ça ?

 

Le voleur hocha la tête dans un sourire, et leur tendit le parchemin.

 

− Je ne peux vraiment pas rester plus longtemps sans me compromettre, mes amis, répondit-il doucement. Prenez la note, et rendez-vous à la Couronne demain. Nous continuerons cette conversation dans un endroit plus sûr.

 

Il les salua une dernière fois et disparut dans la nuit.

 

− Minsc n’aime pas trop les voleurs d’habitude. Mais Bouh semble apprécier celui-ci, alors nous n’avons rien à craindre.

− Allons faire notre rapport à Aran, conclut Jaheira. Il sera sûrement très intéressé par notre petite trouvaille.

 

Tous les quatre, regaillardis par leur succès de la soirée, s’engouffrèrent dans les sombres couloirs de la guilde en direction du bureau de Maître de l’Ombre.

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