Briser les liens

Comme à son habitude, Aran Linvail les attendait patiemment, assis dans son luxueux fauteuil. La pièce baignait toujours dans une fumée âcre, des volutes d’herbe brûlée s’élevant sans discontinu de sa longue pipe.

 

− Ah ! Mes fidèles agents sont de retour. Sommes-nous enfin débarrassés de ces traîtres de Jaylos et de Caehan ?

− Nous ne sommes pas des assassins à votre solde, répondit Jaheira en haussant le ton. Tuer ne nous est pas aussi indifférent qu’à vous.

 

Daren était mal à l’aise, comme toujours en ces lieux. Il était partagé entre le point de vue naturel et cohérent de Jaheira, et l’espoir toujours vivace que les Voleurs de l’Ombre honorassent enfin leur promesse. Aran Linvail les considéra un à un longuement, humant toujours sa pipe.

 

− C’est… surprenant… J’avais cru comprendre que vous auriez pu… Enfin, ce n’est pas si grave, si vous avez toutefois ce que je vous ai demandé.

 

Daren tira le parchemin jauni de sa poche et le lui tendit.

 

− La lettre mentionne le quartier du cimetière, et parle des cryptes.

 

Aran parcourut le message rapidement, et continua.

 

− Oui, le cimetière… Cela ne me surprend guère, au final, après ce que nous avons pu constater.

 

Il fronça les sourcils, soucieux. Daren pressentait un nouveau problème, et donc un nouveau report, mais Jaheira le devança.

 

− Bien, je suppose que maintenant que ces petits jeux sont terminés, vous allez enfin nous obtenir ce pour quoi nous avons grassement payé ?

 

Il ne répondit pas, lisant une nouvelle fois le parchemin. La demi-elfe ferma les yeux un instant, inspirant lentement pour calmer sa colère.

 

− Oserais-je comprendre que vous n’allez pas encore nous conduire à Imoen après tout ce que nous avons fait pour vous ?

 

Malgré ses efforts, elle avait terminé sa phrase en criant. Daren, Minsc et Aerie étaient eux aussi scandalisés, car le silence de leur interlocuteur ne pouvait signifier qu’une seule chose.

 

− Vous n’êtes pas les seuls à avoir eu une nuit chargée !, finit-il enfin par répondre sur un ton de reproche. Une certaine Bodhi a osé nous attaquer, ce soir même.

− Bodhi ?, répéta Daren.

− Oui. Et ce n’est pas n’importe qui, figurez-vous. Il s’agit de la maîtresse de la guilde rivale.

 

Cette dernière phrase ramena le silence dans la pièce.

 

− Elle était accompagnée de l’un de ses lieutenants, que nous avons déjà affronté plusieurs fois.

 

Aran marqua une pause. Son regard biaisé ne pouvait signifier qu’une chose : il allait leur demander un nouveau service, toujours plus dangereux.

 

− C’est la dernière fois, je vous le promets !, se justifia-t-il avant même de leur avoir dévoilé ses intentions.

 

Jaheira poussa un long soupir d’exaspération, et ses mâchoires se crispèrent. Minsc écarquilla les yeux, tandis qu’un craquement résonna dans la pièce à mesure qu’il serrait les poings. Daren était las lui aussi. Cette situation n’avait que trop duré, et il était plus que temps que les Voleurs de l’Ombre remplissent leur part du contrat. Toutefois, ils étaient encore une fois à leur merci. Daren se résigna à parler le premier, d’une voix fatiguée.

 

− Très bien… Mais vous avez intérêt à dire la vérité, cette fois. Je ne suis pas certain que tous mes compagnons aient ma patience, et il vous faudra sûrement plus que quelques archers planqués derrière vos tapisseries pour vous en sortir indemne si vous veniez à nous trahir à nouveau.

− Trahir, c’est un bien grand mot !, s’indigna le voleur.

 

Un inquiétant grognement de Minsc le fit cependant changer de sujet au plus vite.

 

− Bon bon, très bien. Je vous garanti que c’est le dernier service que je vous demande. Plus aucun obstacle ne sera en travers de notre route une fois cette ultime formalité accomplie.

 

Il proposa aux quatre compagnons de s’asseoir à ses côtés, mais aucun ne releva l’invitation. Quelque peu contrarié, il continua néanmoins son exposé.

 

− Alors. Les informations que vous m’apportez corroborent tout à fait avec ce dont m’ont prévenu mes espions. Cette information pourrait rester confidentielle, mais aux vues des services que vous nous rendez et des risques que vous prenez, il est de mon devoir de vous mettre au courant. La guilde que nous combattons n’est pas composée d’humains, comme vous et moi. Je suppose que vous l’aviez déjà remarqué. En réalité… elle est composée de vampires.

 

Il s’arrêta un instant. Daren croisa le regard de Jaheira, puis celui d’Aerie. Ils étaient déjà arrivés à la conclusion que leurs ennemis étaient des morts-vivants, et ces révélations ne faisaient que confirmer ce qu’ils savaient déjà. Toutefois, si les vampires étaient des créatures particulièrement puissantes, elles étaient aussi vulnérables, et ceci expliquait leur présence exclusive une fois la nuit tombée.

 

− Il existe un réseau de catacombes sous les sépultures du cimetière, et nous savons maintenant que c’est là qu’ils se terrent. De ce que nous avons vu ce soir, Bodhi est une vampire particulièrement puissante, et je ne pense pas que nous soyons en mesure de la vaincre actuellement. Toutefois, elle ne peut pas agir seule, et il nous est possible d’affaiblir ses positions en portant un coup fatal à sa garde rapprochée.

− Vous allez nous demander de prendre d’assaut leur repaire ?, s’exclama Daren.

− Ce n’est pas exactement ça, répondit aussitôt le Maître de l’Ombre, un soupçon de gêne dans la voix. Disons que…

− Et nous sommes censés avaler ça ?, s’écria Jaheira, hors d’elle. Vous ne faîtes que gagner du temps, encore et encore ! Vous demandez toujours plus, et vous n’offrez rien ! Je crois que votre but est de nous éliminer en douceur !

 

Elle avait sortie son arme, et menaça ouvertement Aran Linvail. Le voleur la regarda dans les yeux sans sourciller. Toute trace d’humanité avait disparu de son visage, et il n’était maintenant plus question d’excuse ou d’explication. Daren passa un bras devant Jaheira. Rien ne bougea dans la pièce l’espace de quelques secondes, et la druide reprit sa place sans un mot. Les pointes de flèches qui avaient surgi des murs disparurent aussitôt.

 

− Votre mission sera d’éliminer l’un des lieutenants de Bodhi, reprit-il comme si de rien n’était. Il se nomme Lassal, et vous devrez l’affronter dans leur repaire.

 

Lassal. Ce nom lui était familier. C’était le vampire qu’ils avaient affronté quelques jours plus tôt.

 

− Nous avons déjà combattu ce Lassal, répondit Daren, soulagé. C’est lui qui a assassiné Mook l’autre soir, mais nous avons réussi à le vaincre.

− Oh, je n’en doute pas, reprit aussitôt Aran Linvail. C’est d’ailleurs pour cela que je fais appel à vous pour cette mission. Vous êtes les plus aptes à la réussir.

− Mais nous l’avons déjà vaincu, ajouta Aerie. J’ai distinctement vu Daren transpercer son corps de la lame de son épée.

− Vous ne comprenez pas, continua-t-il en secouant la tête lentement. Lassal était celui qui a accompagné Bodhi ce soir même lors de leur attaque. Et je peux vous garantir qu’il est toujours actif.

 

Il était particulièrement ardu de mettre à terre définitivement ces créatures non vivantes. Le pouvoir d’Aerie pouvait faire disparaître les plus faibles d’entre elles, mais des démons aussi résistants que ces vampires n’étaient pas aussi affectés par son pouvoir. Au mieux parvenait-elle à les déconcentrer, mais en aucun cas à les tuer.

 

− Vous aurez besoin de ceci, reprit Aran.

 

Il ouvrit un petit coffre duquel il sortit quatre longs pieux en bois.

 

− Lorsque vous parvenez à les vaincre au combat, vous avez remarqué que leur corps se transforme en une sorte de nuage gazeux.

 

Daren acquiesça. Il se souvenait parfaitement de ce phénomène étrange qu’ils avaient observé l’autre soir.

 

− Suivez ce nuage. Traquez-le sans relâche, car il vous conduira là où le vampire se régénère. C’est-à-dire son cercueil.

− Et il ne reste plus qu’à enfoncer le pieux dans son cœur avant qu’il n’ait reprit ses forces, compléta Aerie.

− Vous avez parfaitement saisi la situation. Mais rassurez-vous, continua-t-il. D’après les écrits des sages, il faut de plusieurs heures à plusieurs jours avant que le corps du vampire ne soit à nouveau opérationnel. Vous aurez donc le temps de rechercher votre proie avant qu’elle ne se réveille.

 

Jaheira n’avait toujours pas émit le moindre son depuis sa dernière intervention. Son visage était toujours tendu, et elle n’était visiblement pas prête à louer à nouveau ses services pour le compte des Voleurs de l’Ombre.

 

− Et je suppose que nous devons encore une fois nous jeter dans la gueule du loup avec le sourire ?, intervint-elle d’un ton sarcastique. Ce que vous nous demandez est un suicide pur et simple. Pénétrer au cœur même du repaire de l’ennemi ! Nous sommes quatre, et vous êtes des centaines ! Si vous-même ne pouvez rien contre eux, qu’est ce qu’une poignée peut faire pour vous ?

 

C’était la stricte vérité. Comment pouvaient-ils réussir là où l’une des plus puissantes guildes d’Amn avait échoué ?

 

− Je ne vous demande pas de mettre leur repaire à sac. Seulement de traquer et d’éliminer l’un de leur lieutenant.

− Vous nous demandez de nous rendre seuls chez l’ennemi !

− Je n’ai jamais dit « seuls ».

 

Jaheira s’arrêta, le bras toujours pointé en avant. Les trois autres tournèrent eux aussi leur regard vers le Maître de l’Ombre.

 

− L’un de mes hommes vous accompagnera. L’un des meilleurs. Il sera prêt après-demain. Les vampires aiment la nuit, nous attaquerons donc de jour. Vous aurez rendez-vous avec lui à midi, prêt de l’entrée des catacombes.

 

Les quatre compagnons se regardèrent longuement. S’il voulait simplement se débarrasser d’eux, aurait-il envoyé l’un de ses hommes à leur secours ? Où leur aurait-il fourni ces pieux pour vaincre ce vampire ? Daren pesa longuement ses paroles, ainsi que celles de Jaheira. Mais avaient-ils véritablement le choix ? Qu’ils acceptassent où non, cette Bodhi les avait déjà inscrits sur la liste des personnes à éliminer. Et ils avaient déjà payé de leur argent. Daren finit par s’avancer, tendant la main vers les piquets de bois que tenait toujours Aran Linvail.

 

− Parfait. Bonne chance, et que mes vœux vous accompagnent. Je vous reverrai dans deux jours.

 

Ils sortirent sans un mot du bureau et rejoignirent leurs chambres en silence. La préoccupation se lisait sur tous les visages, mais était encore trop récente pour en débattre. Daren se coucha et s’endormit rapidement, d’innombrables images des évènements de la soirée brouillant ses rêves.

 

Ils étaient libres le lendemain. Leur contact ne serait pas sur place avant la prochaine journée, et ils en profitèrent tous les quatre pour partir retrouver Yoshimo à la Couronne de Cuivre. Le voleur leur adressa un rapide salut, et s’attabla à jouer aux dés avec ses habituels partenaires. Ils saluèrent Hendak qui était occupé au service, puis sortirent en direction de la Promenade de Waukyne.

 

− Je suis impatiente de retourner à la campagne…, maugréa Jaheira, en se pinçant les narines. Les villes sont si… oppressantes, et malodorantes. J’ai vraiment hâte que nous…

 

Elle s’arrêta subitement, les yeux écarquillés. Un homme d’une cinquantaine d’année, les cheveux châtains aux épaules, les attendait.

 

− Der… Dermin ?

 

Le visage de Jaheira s’éclaira soudainement, et elle s’avança vers lui les bras tendus.

 

− Dermin ! Cela faisait si longtemps ! Que je suis heureuse de te revoir !

 

L’homme en face d’elle n’avait pas décroisé les bras, et son visage exprimait davantage la sévérité que la joie des retrouvailles.

 

− Longtemps, c’est le mot, finit-il par répondre d’une voix froide.

 

Jaheira s’immobilisa et fronça les sourcils.

 

− Que se passe-t-il, Dermin ?

 

Daren, Minsc et Aerie s’avancèrent à sa hauteur. Ses deux compagnons n’avaient sans doute pas la moindre idée de l’objet de cette visite, mais Daren pressentait qu’elle avait un rapport avec les Ménestrels. Le visage de Jaheira changea de couleur, et elle reprit.

 

− Nous n’avons pas toujours eu les mêmes opinions, Dermin, je le sais, mais… tu ne permettrais pas qu’on me piétine, n’est-ce pas ? Je t’assure du respect que…

− Jaheira…, la coupa-t-il d’un ton las. Je pourrais aussi bien te laisser passer. Crois-moi, il n’y a nulle joie dans ma visite…

 

Il poussa un long soupir.

 

− Te souviens-tu de ce que je t’ai enseigné, Jaheira ?

 

La question la déstabilisa un instant.

 

− Mais… bien sûr ! C’est toi-même qui m’as présentée aux Ménestrels !

 

C’était la première fois qu’elle parlait de son affiliation aux autres, mais les évènements qu’elle avait endurés ces derniers jours lui avaient fait relativiser ce secret.

 

− Oui, oui…, répondit Dermin d’un ton agacé. Mais mes enseignements ? Te souviens-tu de mes enseignements ?

− Où veux-tu en venir ?

 

Elle avait reprit ses esprits, et sa voix était de nouveau assurée.

 

− Jaheira, je ne suis pas venu pour réchauffer notre amitié. J’ai été mandé pour te tuer, ou provoquer ta perte par tous les moyens. Et cette tâche me répugne.

 

Daren, Minsc et Aerie mirent quelques secondes à réaliser la portée de ses paroles.

 

− Tu ne toucheras pas un cheveu de l’amie des hamsters !, tonna le rôdeur. Nous te botterons les fesses avant que tu n’aies pu faire un geste !

− Calme-toi, Minsc…, le coupa Jaheira.

 

Elle soupira longuement, et reprit.

 

− Je vois… Et dis moi, mon ami, quelle puissance a donc décidé que je devais être tuée ? Je suis au service de la Nature, et je protège le bien de la Terre par tous les moyens, et par mon travail de Ménestrel ! Qui ai-je donc offensé ?

 

Daren n’intervint pas, mais il connaissait la réponse, tout comme son amie.

 

− Qui… ? Enfin, Jaheira ! Tu voyages avec un tueur de Ménestrels ! Je n’ose pas imaginer que tu puisses avoir été complice de tels actes, mais il est bien ici, avec toi, et toujours vivant !

− Mes mains sont lavées de l’incident au Cercle des Ménestrels, répondit Jaheira d’une voix calme. Galvarey était dans l’erreur, et il a provoqué son propre destin.

− Nous ne savons rien de cela, Jaheira. Seulement le fait que toi…. toi et ton ami, vous êtes la cause de nombreuses morts.

 

Il tourna pour la première fois la tête vers Daren. Son regard était méprisant, et une moue de dégoût se lisait sur son visage. La druide ne lui laissa toutefois pas le temps de poursuivre.

 

− Il était dans l’erreur, Dermin ! Dans l’erreur ! Je suis certaine de cela ! Galvarey voulait emprisonner Daren pour servir ses intérêts, et j’ai choisi le bon droit. Je ne pouvais rien faire d’autre !

− Nous ne voyons pas les choses ainsi, Jaheira… Justice doit être faite. C’est ta seule chance de rédemption. Les autres… ne t’accepteront pas, sinon.

− Tu te trompes, Dermin, finit-elle par répondre. Ce n’est pas la bonne solution.

− Je ne vois aucune autre issue, Jaheira. Les tiens sont morts. Qu’as-tu l’intention de faire ?

 

Les trois autres assistaient à ce face à face sans oser intervenir. Jaheira semblait en prise avec un intense conflit intérieur, que seul Daren était partiellement en mesure de comprendre. Il s’avança derrière elle, et posa une main sur son épaule.

 

− Je suis… désolé, Jaheira. Je t’ai attiré beaucoup d’ennuis et…

 

Elle ne tourna pas les yeux vers lui, mais Daren devina une larme se dessiner sur son visage.

 

− Je me fis à ton jugement.

 

Jaheira sécha rapidement ses yeux d’un revers de la main, et s’adressa à nouveau au Ménestrel.

 

− Dermin, je… Dermin, je ne peux pas faire ce que tu demandes. Tu te trompes, comme Galvarey. J’ai eu raison de me ranger aux côtés de Daren, et tu cours à ta perte si tu ne le comprends pas.

 

Il plissa les yeux à cette réponse, contrarié.

 

− Pèse bien chacun de tes mots, mon enfant. Tu dois obéir à la justice.

− C’est un simulacre de justice ! C’est une vengeance pour un mensonge, et personne n’a pris la peine de chercher quelle était la vérité. Si c’est ainsi que les Ménestrels rendent justice, alors je…

 

Elle s’arrêta, un sanglot étouffant sa voix.

 

− Alors… quoi ?, répéta Dermin, le regard menaçant.

− Si telle est votre justice, je… je renonce à vous ! Je renonce… je renonce ma vie entière à être Ménestrel !

 

Le désespoir se lisait dans sa voix. Minsc et Aerie la dévisageaient, stupéfaits. C’était la première fois qu’ils la voyaient dans cet état.

 

− Jaheira, tu ne veux pas dire que… Réfléchis bien.

− Il semblerait que je sois la seule qui ait réfléchi à cette histoire, reprit-elle plus assurée. Ce n’est pas ton cas, ni celui de Galvarey, ni des Ménestrels qui veulent maintenant verser le sang. J’ai porté le deuil de nombreux Ménestrels, mais ils sont morts pour l’harmonie et la vérité. Mais ce n’est pas le cas de Galvarey. Je n’en serai pas complice plus longtemps.

 

Dermin resta un moment silencieux, pensant chaque parole de la druide.

 

− Qu’il en soit ainsi, finit-il par répondre. Je rapporterai tes propos à ceux qui veulent les entendre. Mais saches que tu ne pourras plus jamais vivre en paix après ce choix.

 

Jaheira rajusta la sangle de son sac à dos. La conversation était terminée.

 

− Ce ne sera pas de tout repos, conclut-elle, mais c’est une voie plus claire que la tienne. Adieu, Dermin.
Le Ménestrel fit demi-tour, laissant Daren, Minsc et Aerie hagards.

 

− Que se passe-t-il, Jaheira ?, demanda timidement Aerie.

 

Elle ne répondit pas tout de suite, mais Aerie n’osa pas répéter sa question. Tous les trois avaient l’impression d’avoir assisté à une conversation qu’ils n’auraient pas dû entendre.

 

− Excusez-moi, vous tous, finit par répondre la druide. Je… tous… Enfin, je ne peux pas vous parler de ça pour l’instant. C’est un conflit entre moi et… Pardonnez-moi, vraiment, je ne suis pas prête pour en parler.

− Minsc et Bouh ont confiance en ta sagesse, Jaheira. Tu nous as toujours aidés à vaincre le mal partout où nous l’avons trouvé, et c’est une raison suffisante pour combattre à tes côtés.

− Rentrons, il commence à pleuvoir.

 

Quelques gouttes de pluies et une bourrasque salée coupèrent court à la conversation, et ils coururent rejoindre la Couronne de Cuivre pour s’y mettre à l’abri. Leur mission du lendemain était loin à présent, et chacun se remémorait les paroles blessantes de ce Dermin à l’encontre de leur amie, et sur Daren.

 

− Je peux te poser une question ?

 

Daren sursauta à ces paroles. Aerie s’était approchée de lui, et lui tendit une chope qu’elle était partie chercher au comptoir.

 

− Merci. Que veux-tu savoir ?

 

Elle hésita un instant, ne sachant pas où poser ses yeux, et finit par formuler sa question.

 

− Que s’est-il passé entre vous ?

 

Daren écarquilla les yeux à cette phrase. Que voulait-elle sous-entendre ? Aerie s’empourpra aussitôt, et bafouilla une autre question.

 

− Heu…, ce n’est pas ce que je veux dire. Que s’est-il passé avec ces Ménestrels, lorsque nous t’y avons retrouvé avec Jaheira ?

 

Son visage était écarlate et sa respiration saccadée. Son lapsus l’avait mis dans tous ses états.

 

− Je ne sais pas si je peux te le révéler sans son accord… Mais je te fais confiance pour garder ce que je te raconte pour toi.

 

Elle le remercia d’un sourire. Aerie était déjà au courant de leur combat dans le bâtiment sur les docks, mais Jaheira ne leur avait pas révélé la nature de leurs adversaires. Il lui raconta en détail leur entretien, l’interrogatoire qu’il avait dû subir, et le désarroi de Jaheira face à son choix.

 

− Elle a choisi d’affronter ses pairs pour… toi ?

− C’est exactement ça. Mon père adoptif, Gorion, était son ami et faisait lui aussi partie des Ménestrels, ainsi que son mari, Khalid.

− Je… je la comprends. C’est une femme de confiance. Je l’ai mal jugée.

 

Sa voix se réduisit à un murmure, et son visage s’empourpra encore davantage.

 

− Et… je t’ai mal jugé toi aussi…

 

Daren sentit son cœur s’emballer. Les grands yeux bleus d’Aerie brillaient comme deux saphirs dans leur écrin. Sa voix tremblotait légèrement, et elle déglutit plusieurs fois avant de reprendre la parole.

 

− Je voulais… Je voulais m’excuser pour l’autre soir. J’ai été stupide, et…

 

Le temps se suspendit à ses lèvres. Plus rien n’existait dans cette taverne, plus rien en dehors de ce visage angélique aux cheveux d’or.

 

− Aerie ! Bouh a des démangeaisons à nouveau, et j’aurai besoin de la crème que tu as préparée l’autre jour !

 

Elle esquissa un sourire mutin, et lui fit un dernier clin d’œil avant de se tourner vers le rôdeur.

 

− J’arrive, Minsc.

 

Elle laissa Daren seul avec sa chope vide entre les mains. Il resta plusieurs minutes sans bouger, debout au milieu de la grande salle, jusqu’à ce qu’un couple de petites-personnes l’abordât pour lui demander où ils pouvaient trouver le propriétaire des lieux. La soirée se déroula sans autre encombre, en compagnie de Yoshimo, qui s’excusa une nouvelle fois de ne pas pouvoir les accompagner le lendemain. Ils se séparèrent à la nuit tombée, et rejoignirent leurs chambres dans le quartier général des Voleurs de l’Ombre. Ils avaient une mission délicate à accomplir, et devaient être au meilleur de leur forme pour la couronner de succès.

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