Le rituel

Sa tête lui sembla peser une tonne. Daren ouvrit péniblement une paupière, puis l’autre. Une odeur âcre de souffre et d’autres vapeurs toxiques lui piquèrent les narines et les yeux. Il tenta de bouger un bras, mais un contact froid sur ses poignets le fit tressaillir. Ses pieds et ses mains étaient liés par une épaisse chaîne de métal. S’accommodant petit à petit à la lumière tamisée ambiante, il découvrit son geôlier s’affairant dans une immense pièce aux tons verdâtres.

 

− Hé bien ! Je crois que notre visiteur s’est enfin réveillé.

 

Le son de sa voix était étouffé par une paroi de verre. Daren se trouvait prisonnier à l’intérieur d’une cuve transparente, ces mêmes récipients qu’ils avaient découverts dans le repaire du sorcier à Athkatla. Tout autour de la pièce, contre les murs, d’autres cuves contenaient les corps d’autres prisonniers, tous vêtus de noir. Recouvrant sa prison, de nombreuses fibres tentaculaires s’agitaient au dessus de sa tête. Le mage se redressa et se posta devant lui, les deux bras croisés. Derrière lui, Yoshimo se tenait immobile, le visage tourné vers le sol.

 

− Cela ne sert à rien de tenter quoi que ce soit, commença-t-il alors que Daren tirait inutilement sur ses chaînes.

 

Irenicus se mit à marcher dans la pièce de long en large, prenant ce ton professoral qu’il maniait à merveille.

 

− Car, vois-tu, je crains de posséder un très grand avantage sur toi. Contrairement à toi et à tes amis, j’avais prévu ta venue depuis le début, et… l’ai préparée méticuleusement. Peut-être que tu aurais pu te douter de quelque chose, si tu avais mieux connu Yoshimo.

 

Daren serra les poings. La trahison de leur « ami » était encore douloureuse, et il ne pouvait se résigner à l’admettre si facilement.

 

− Je suis sûr qu’il a été contraint de conclure un marché avec toi !, s’écria-t-il, un léger espoir aux lèvres.

− Oh, vraiment ?, le railla le sorcier. En fait, c’était son idée. Un bon moyen de te prendre sain et sauf, il est vrai. Mais laissons cela derrière nous, veux-tu ? Ta sécurité n’est plus vraiment l’une de mes priorités, désormais…

− Je ne suis pas resté aussi longtemps avec Daren pour qu’il se fasse tuer !, s’exclama enfin le voleur, sortant de son mutisme.

 

Son visage était rougi par la colère, et peut-être par le désespoir, mais l’entendre protester ainsi réchauffa le cœur de Daren.

 

− Yoshimo ! Il n’est pas trop tard !, s’écria Daren à travers sa cage de verre. Aide-moi !

 

Le voleur croisa un instant son regard, et une lueur de panique traversa son visage. Irenicus le fixait, immobile, et terriblement effrayant.

 

− Ne rend pas les choses plus compliquées, Daren, répondit-il d’une voix blanche. Je… je ne peux pas t’aider. Il y a des choses… que tu ne sais pas.

− Alors explique-toi !

 

Yoshimo respirait de plus en plus vite, son regard exprimant un désespoir mêlé à de la crainte. Il releva alors son visage vers Daren, dans une expression totalement fermée et indescriptible.

 

− La mort ! La mort, où que j’aille, et quoi que je fasse ! Voilà ce qui m’attendait en cas d’échec ! Tu ne comprends donc pas ? Je… J’avais promis mes services, bien avant tout ceci ! Je ne savais pas ! Je ne savais pas que… qu’Irenicus était… aussi maléfique… Je…

− Cela suffit Yoshimo, le coupa le sorcier. Calme-toi, et arrête de déblatérer sur la mort. Tu es en sécurité maintenant, et mes projets pour Daren dépassent le simple meurtre, tu le constateras bien assez tôt. Tu as bien travaillé, et tu seras grassement récompensé pour cela, j’en peux te l’assurer.

 

Yoshimo fit demi-tour, lentement, et sortit du laboratoire la tête basse. Daren sentit sa colère monter et une rage familière embrouiller son esprit. Son essence de Bhaal s’éveillait, attisée par la traîtrise et le désespoir de son ancien compagnon. Le brouillard rouge commença à emplir les parois de verre de sa prison. Tout à coup, une douleur inhabituelle et intense brouilla sa vision. Les tentacules au sommet de la cuve s’étaient allongés et semblaient aspirer son pouvoir à mesure qu’il le libérait. Une sensation de faiblesse et de grande fatigue eut raison de ses efforts, et Daren dut poser un genou au sol pour conserver l’équilibre.

 

− Ah, je vois que tu as fais connaissance avec mon nouveau dispositif… Fascinant, qu’en dis-tu ? Mais ne t’inquiète pas… Tu n’auras bientôt plus à penser à quoi que ce soit… Ta vie se termine aujourd’hui…

 

La peur, le doute et l’angoisse le submergeaient. Il avait abattu sa dernière carte, mais elle était restée vaine et impuissante. Cet Irenicus avait tout prévu, tout planifié. Et cette fois, aucun de ses compagnons ni son pouvoir caché ne lui serait d’aucun secours. Quel espoir lui restait-il ? Une porte au fond du laboratoire s’entrouvrit un instant, et Daren reconnu la pâle et insaisissable silhouette de la vampire, Bodhi, rejoindre le sorcier et s’asseoir dans un coin de la pièce. Il allait donc mourir, ici, et maintenant.

 

− Qu’as-tu fais d’Imoen ?, finit-il par demander.

− Ne t’inquiète pas pour elle, répondit le mage qui avait reprit ses préparatifs. Imoen a déjà amplement souffert pour ma cause, et a même survécu. Ce qui est de bon augure pour toi.

 

Irenicus marqua une légère pause, et reprit.

 

− Tu es plus fort, plus… concentré. Et surtout, tu sais.

− Je… sais ?

 

Que pouvait-il savoir ? Et de plus qu’Imoen ? Cette dernière phrase si énigmatique lui fit oublier un instant sa condition et les chaînes qui le retenaient prisonnier.

 

− Tu sais qui tu es, enfant de Bhaal. Tu sais, et elle ne savait pas. Tu peux donc mieux te concentrer. Tu l’ignorais ?

 

Daren crut recevoir un coup en pleine figure. Qu’elle était donc cette nouvelle chimère ? Que voulait-il insinuer ? Était-il possible qu’Imoen fût…

 

− Tu as l’air surpris, enfant de Bhaal. Ton Gorion aurait dû t’en parler plus tôt, mais tu aurais néanmoins pu t’en douter. Elle est de ton âge, et orpheline tout comme toi. Elle n’avait peut-être aucun symptôme, mais le mal était là.

 

Non, ce n’était pas vrai. Imoen… La douce et joyeuse Imoen… Elle ne pouvait pas avoir ce mal enfoui en elle.

 

− Imoen est effectivement une enfant de Bhaal, elle aussi. Je pense que son charme innocent et son humour cachaient en réalité des ténèbres bien plus profondes. En fait, je crois qu’elle ne montrait aucun symptôme car il n’y avait pas de place pour l’obscur dans son esprit.

 

Irenicus avait reprit son ton d’explication. Bodhi était toujours assise un peu plus loin et semblait se délecter du désarroi de Daren, prisonnier et impuissant dans sa cage de verre.

 

− J’ai dû lui montrer des choses obscures… très obscures, continua-t-il d’un ton presque songeur. Il fallait malheureusement le faire, cela était nécessaire pour ce que je voulais. Mais maintenant, je dois m’occuper de toi.

 

Daren ne répondit pas tout de suite. Il était encore trop sous le choc de toutes ces révélations. Qu’allait-il se passer, maintenant ? Où était Imoen, et ses autres compagnons ? Athkatla était si loin. Rien ni personne ne pourrait lui venir en aide. Il était à la merci de cet homme.

 

− Une fois que tout ceci sera terminé, j’aurai enfin ton essence, continua le sorcier. Tu vois ces hommes dans ces autres réceptacles ?

 

Il désigna les corps enfermés tout autour de la pièce.

 

− Ce sont des Voleurs de l’Ombre, fruits de la guerre des guildes de Bodhi. Grâce à cet ingénieux dispositif, je forcerai l’âme divine qui est en toi.

− Non ! Pitié ! Je ne veux pas mourir !, s’écria l’un des hommes en enserrant les barreaux de sa cage à pleines maines.

− Silence, chien !, tonna Irenicus. Ton destin est de mourir !

 

D’un geste de la main, Irenicus repoussa le voleur qui se heurta violemment contre la grille de métal. Il sortit ensuite d’une bourse de cuir une poudre de couleur blanche qu’il saupoudra en cercle autour de lui.

 

− N’aie pas peur, Daren. Ce sera très cruel, et très rapide.

 

Il éclata d’un rire sonore, accompagné de Bodhi.

 

− Nous allons pouvoir commencer. Adieu Daren. Tu seras bientôt au-delà de tout ceci.

 

Une aura rougeoyante s’éleva autour du sorcier à mesure qu’il formait des signes magiques avec ses mains. La poudre autour de lui se mit à luire fortement, et une sorte de sphère pourpre s’éleva au dessus du sol. Les tentacules s’agitaient au-dessus de lui, s’allongeant et caressant jusqu’à ses épaules. Tout à coup, Irenicus écarta les bras en finissant son incantation, et des rayons violets surgirent du globe, transperçant un à un les corps des Voleurs de l’Ombre enfermés dans leurs cages. Et quelque chose d’incompréhensible se produisit. À la vue de ces corps déchiquetés par cette magie sombre, Daren se mit à trembler de tout son être. À chaque nouvelle victime qui se désintégrait dans des hurlements terrifiants, son pouvoir s’échappait de son corps sans qu’il pût le contrôler. Il était secoué de spasmes de plus en plus violents, et il sentait son visage se déformer sous l’influence de son essence divine. Il aurait voulu hurler. Hurler sa haine et sa colère. Il était désormais familier de cette sensation, mais contrairement à ce dont il avait habitude, il ne sentait pas son pouvoir couler dans ses veines. Chaque seconde qu’il passait à endurer ce spectacle insoutenable le rendait plus faible, comme si ces appendices absorbaient l’énergie qu’il dégageait. Les corps continuaient d’exploser sous ses yeux en d’horribles magmas de chair humaine. Il posa un genou au sol, mais demeurait incapable de détourner les yeux de ces meurtres gratuits et violents. Il sentait son corps se vider de sa substance, son âme s’arracher à son esprit. Et tout à coup, ce fut l’obscurité. L’obscurité et la douleur. Et puis plus rien.

 

Il était mort.

 

Un souffle. Un souffle glacial. De l’air. Il faisait nuit. Quelle était cette lumière, pourtant ? Il n’y avait aucun bruit, aucun son. Ses yeux s’ouvrirent lentement, découvrant d’épaisses murailles familières. Château-Suif. Ces murailles étaient celles de la citadelle. Était-ce un rêve, à nouveau ? Ou était-il tout simplement mort ? Le souffle gelé balaya à nouveau la roche rouge sombre, le faisant frissonner de la tête aux pieds. Derrière lui, d’un néant sans fin d’obscurité jaillissaient ces remous incontrôlés qui l’avaient tiré de son sommeil. Il s’avança, lentement. Seuls les sifflements du vent résonnaient contre les murs anciens de la citadelle. La herse était levée et donnait sur un verger d’arbres morts, éclairés seulement par une faible lumière blanche omniprésente. La statue d’Alaundo le dévisageait, fixement, semblant attendre sa venue. Derrière elle, l’immense bibliothèque était encore floue, ses contours comme dessinés à la craie.

 

− Ne combats pas…

 

Imoen. Sa voix semblait portée par le vent lui-même.

 

− Combattre, c’est mourir. Viens à moi… trouve-moi…

 

Son cœur se mit à palpiter.

 

− Imoen ? Que…

− À l’intérieur, le coupa la voix. Retrouve-moi à l’intérieur. Tu ne peux combattre seul…

− Imoen ??

 

La voix se tut. Était-ce seulement le vent ? Un terrible pressentiment l’envahissait à mesure qu’il avançait. Quelqu’un d’autre… quelque chose d’autre était ici, et l’observait.

Un homme en armure noire. Était-ce Sarevok ? L’espace d’un instant il se revit, cette nuit d’orage, désemparé face à l’assassin de son père. Non. Ce n’était pas lui. Il portait presque la même armure, mais était plus grand, plus majestueux. Et plus sombre. Deux yeux rouges flamboyants illuminaient l’intérieur de son casque. Daren porta instinctivement la main au fourreau, la peur au ventre.

 

− Qui es-tu ?

 

Sa voix se perdit dans le néant. Le vent soufflait encore et encore, toujours plus glacial. L’homme fit un pas en avant. Daren pouvait entendre son souffle rauque, et une fumée s’échappait de la visière de son casque à chacune des ses expirations.

 

− Qui es-tu ?, répéta Daren, plus fort.

 

« Je suis Bhaal », tonna une voix rocailleuse.

 

Le vent s’arrêta. Il ne parvenait plus à respirer. La créature devant lui le paralysait totalement, et il lui semblait que son cœur allait s’arrêter. Quelques secondes s’écoulèrent hors du temps, et le vent qui venait de se relever le ramena à la réalité.

 

− Que veux-tu de moi ?, s’écria à nouveau Daren.

 

« Je suis l’essence de ton être. Je suis le sang de ton père. Ton âme m’appartient. »

 

− Jamais !, hurla-t-il, pris de panique.

 

Et il chargea. Le démon dégaina lui aussi son arme, que Daren reconnut comme sa propre épée. Que se passait-il ? Sans même qu’il ne le contrôlât, la brume rouge s’échappait à nouveau de son corps, comme aspirée par son ennemi.

 

− Meurs !

 

Daren abattit son arme sur celle de la créature avec une telle puissance qu’elle chancela un instant. Il frappait, frappait de toutes ses forces, faisant reculer ce monstre en armure à chacun de ses coups. Saisissant une faille, il pointa sa lame en avant et le transperça à l’épaule. L’épée s’enfonça dans le métal noir, et le sang gicla. Son sang. Une douleur aigue lui traversa le bras. Sa propre épaule saignait abondamment, tandis que le monstre en armure retirait la lame de son corps en éclatant d’un rire ténébreux.

 

« Tu ne peux me vaincre. Il n’y a nulle part où aller. Je suis toi, et tu dois me terrasser pour être libre. »

 

Panique. La douleur le lançait fortement maintenant, et il tituba en arrière en tirant son épée. Que pouvait-il faire ? S’il ne se défendait pas, ce monstre allait le transpercer de sa lame. La brume rouge continuait à filtrer de son être, échappant à tout contrôle.

 

Imoen. Elle l’avait appelé. Cette brise qui n’était qu’un murmure, c’était elle, il le savait. C’était Imoen. Il devait la rejoindre, à l’intérieur. Reprenant ses esprits, Daren se baissa et ramassa une poignée de ce sable rouge qui couvrait le sol de la citadelle. L’homme en armure s’approcha, et Daren lui lança la terre au visage avant de prendre la fuite. Sa blessure le faisait souffrir, mais une angoisse bien plus profonde encore le rongeait de l’intérieur. Il courut, aussi vite qu’il s’en sentit capable. Il n’y avait qu’un seul endroit où aller. Un seul endroit où il serait en sécurité. Luttant contre la douleur et contre le vent, il rejoignit l’entrée de la bibliothèque. Devant l’entrée se dressait une créature ailée, rougeoyante et maléfique, qui lui barrait le passage. Un démon.

 

− Ce chemin mène au cœur, enfant de Bhaal.

 

Sa voix était sifflante, et presque trop aigue pour sa taille. La créature déploya ses ailes, bloquant l’unique passage vers l’entrée du bâtiment. Malgré son apparence monstrueuse, elle ne l’effrayait pas, contrairement à l’incarnation de son père de sang. Il avait même l’impression de la connaître.

 

− Seul le sacrifice pourra t’amener vers les tréfonds de ton âme, reprit le démon.

− Le sacrifice ?, répéta Daren.

− Tu dois abandonner une partie de toi-même pour pénétrer ici.

 

Daren recula, et serra les mains sur la garde de son épée. Son épaule le lança soudainement, et il se remémora la présence de l’autre créature qui devait certainement le traquer.

 

− Je n’abandonnerai rien du tout !, répondit-il. Écarte-toi, démon !

 

Une lumière fugitive brouilla sa vision, et le vent glacé le fit frissonner à nouveau.

 

− Je suis le Gardien. Ton propre gardien. Me combattre, c’est te combattre toi-même. Je ne bougerai pas.

 

Un bruit de pas sourd derrière lui le fit sursauter. Bhaal était toujours à ses trousses, et son seul espoir était Imoen, à l’intérieur de ces murs.

 

− Je…, répondit-il enfin, résigné. Très bien. Fais ce que tu as à faire, et laisse-moi passer.

 

Le démon afficha un sourire avide et tendit une main vers la brume qui s’échappait toujours de son corps. Une sensation de vide et de néant intérieur le submergea. Il avait l’impression qu’on lui aspirait son essence vitale. Le démon draina son sang de sa main brune griffue, et concentra cette énergie en un symbole luisant dans sa paume.

 

− Plus loin que les faits tu verras, et des émotions de ton âme tu te rapprocheras. Ton geste te permettra d’entrer. Adieu enfant de Bhaal, conclut le démon d’une voix lointaine. Nous nous reverrons…

 

À la limite de défaillir, Daren posa un genou à terre et le démon disparut. Seuls les pas de plus en plus proches couvraient encore les sifflements du vent. Il se sentait faible, et peina à se redresser. La porte devant lui était à présent ouverte. Sans se retourner, il courut à l’intérieur du bâtiment, le souffle court.

La bibliothèque. Vide. De part et d’autre du grand escalier central, les étagères de son enfance débordaient toujours de livres poussiéreux, mais le silence oppressant de la pièce le mettait plus que mal à l’aise. Il s’avança, aux aguets. Il devait trouver Imoen au plus vite, et il traversa le grand hall à sa recherche, son arme à la main. Son épaule saignait toujours, mais la douleur s’était quelque peu estompée. Derrière les marches majestueuses, une jeune femme aux longs cheveux roux avançait dans sa direction.

 

− Imoen ?

− Je peux te voir…, le coupa-t-elle, le regard dans le vague. Attends… ensemble, nous pouvons vaincre…

 

Sa voix trahissait une angoisse certaine, et elle ne semblait pas réaliser où elle se trouvait. Les tortures d’Irenicus n’avaient peut-être pas totalement triomphé de son esprit ?

 

− Imoen ?, répéta Daren. Est-ce que ça va ?

− Chut…, le coupa-t-elle à nouveau. Avant les ténèbres… Je sais ce qui se passera…

 

Son regard était toujours inquiet, et sa voix agitée d’un sanglot naissant.

 

− Seul, tu ne peux vaincre… Nous devons être ensemble… Ton instinct… Que tu perdes ou que tu gagnes, seul, tu échoueras… Ici, ensemble… nous pouvons le défaire…

 

Elle semblait chercher désespérément Daren, qui se trouvait pourtant juste devant elle. Telle une aveugle, elle continua.

 

− Attire-le ici. Attire la bête ici, et nous la combattrons. Ensemble… Il ne nous en croit pas capable, mais… mais je sais comment…

 

La lourde porte d’entrée grinça. Un courant d’air froid souleva la poussière centenaire des étagères, avant qu’un autre bruit plus sourd ne retentît à nouveau. La créature était entrée.

 

− Amène-la ici, répéta Imoen. C’est… notre seule chance… Ma dernière chance…

 

Elle avait fini dans un murmure, et une larme coula le long de sa joue. Daren aurait voulu s’approcher d’elle et la réconforter, mais il n’en avait pas le temps. La menace avançait toujours, implacable. Il fit volte-face et défia la créature en armure.

 

− Viens ! Viens m’affronter, démon ! Je n’ai pas peur de tes menaces !

 

La bête tourna ses deux yeux rouges et menaçants vers lui, et émit un grognement inquiétant. Son épée luisait encore de son propre sang, et son bras tremblait de douleur et d’excitation.

 

− Maintenant !, s’écria Imoen. Maintenant, je la vois. Je vais me joindre à toi. Il m’a montré… comment vaincre.

 

L’homme en armure noire leva son épée, mais Daren l’avait déjà pris de vitesse. Il esquiva son coup facilement, et pointa sa lame vers le cœur de son ennemi. Le temps s’arrêta. Allait-il réellement transpercer son adversaire ? Le coup qu’il allait porter était mortel, et si Imoen s’était trompée, il allait mourir de ses propres mains. Daren ferma les yeux, et serra le manche de son arme de toutes ses forces. Murmurant une dernière fois le nom d’Imoen, il enfonça sa lame.

Une douleur inimaginable lui aveugla ses sens. Il aurait voulu hurler, mais le mal le paralysait totalement.

 

« Je suis ton instinct », tonna la voix. « Tu ne peux me rejeter ou m’anéantir. »

 

Une lumière bleue et apaisante le ramena vers la réalité. Il tenait toujours son épée fichée dans le thorax de ce démon, mais lui-même recouvrait ses forces.

 

« Tu résistes ? Je sens… ton âme ! Ce n’est pas possible ! Tu… »

 

Un tourbillon soudain les souleva dans les airs. La créature devant lui se désintégrait sous ses yeux.

 

« Ah ah ah ! Malgré tous tes efforts, tu ne peux gagner ! Tu es vide, à présent. Tu n’es que néant. Il ne te reste plus que ton instinct… »

 

La voix d’Imoen s’éleva derrière lui, terrifiée.

 

− Non… Quelque chose m’échappe ! Non ! Pas ça ! Pas encore !! NOOOOON !!

 

L’obscurité à nouveau. L’obscurité, et la douleur.

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