Chapitre 5 : Poursuites

− Qu’y a-t-il, Imoen ?, demanda Jaheira.

 

La jeune femme ne répondit pas, mais continua à s’approcher à pas lents du tas de sable. Aerie plissa les yeux et fit à son tour quelques pas dans sa direction.

 

− C’est un… ?

− Oui, Aerie, répondit Imoen. C’est un crâne.

 

Un crâne ? Maintenant qu’elle déblayait les amoncellements de terre et de sable, c’étaient plusieurs squelettes qui étaient mis à jour.

 

− Gagné !, s’exclama-t-elle en sautillant comme une enfant. Regardez !

 

Aux côtés des restes qui tombaient en poussière, Imoen venait de ramasser quelques armes encore utilisables qu’elle agita au dessus de sa tête sous les yeux ébahis de ses compagnons.

 

− J’avais repéré quelques ossements qui dépassaient avant que tu n’arrives, Daren, mais j’ai préféré ne rien tenter tant que l’autre nous surveillait. Regardez, il y a quelques épées et des dagues, même si les armures sont en trop mauvais état pour être encore utiles.

 

Minsc et Daren se choisirent quelques équipements de fortune, tandis que Jaheira et Imoen inspectaient le reste de la pièce.

 

− Bon, il n’y a qu’une seule issue pour le moment, donc avançons, et restons sur nos gardes.

− Je crois qu’il n’y a que cette pièce d’éclairée, remarqua Daren. Et nous n’avons pas de torches.

 

Au même moment, deux incantations similaires retentirent derrière lui, illuminant la pièce d’une vive lueur blanche. Aerie et Imoen venaient de créer une source de lumière de l’éther, qu’elles tenaient flottant au-dessus de leur paume. Elles s’échangèrent un regard, et éclatèrent de rire en même temps.

 

− Les grands esprits se rencontrent, déclara Imoen, ravie.

 

Aerie lui répondit d’un sourire timide, et elles s’avancèrent en direction du couloir, leur flambeau en avant. Malgré leurs caractères très différents, une complicité naissante commençait à lier les deux magiciennes, ce qui fit sourire Daren et le réconforta.

 

Le couloir tourna au bout de quelques mètres avant d’aboutir dans une autre pièce, similaire à la première.

 

− Faites attention, chuchota Jaheira. Ces lieux se ressemblent, et c’est sans doute pour nous perdre.

− Il y a trois portes pour sortir d’ici, remarqua Daren. Il va falloir choisir…

− Prenons à droite, alors, ajouta Jaheira.

 

Ils avancèrent, toujours guidés à la lueur de la magie. Seule Imoen était toujours à l’entrée, pensive.

 

− Imoen ?, demanda timidement Aerie.

− Je… Il y a quelque chose d’étrange…

 

Les trois autres se retournèrent, mais Imoen haussa les épaules au même moment.

 

− Non, rien. Continuons.

 

L’autre couloir tourna plusieurs fois à angle droit, avant de finir à nouveau dans une autre pièce aux proportions similaires. Daren avait la sensation d’être observé, comme si quelqu’un s’amusait à les regarder courir et s’égarer dans un dédale sans fin dont il aurait une vue d’ensemble. L’atmosphère renfermée empestait d’une odeur de poussière et d’humidité millénaires. Depuis combien de temps cet antre n’avait-il pas accueilli de visiteurs ?

 

− Encore trois sorties possibles !, pesta Jaheira en serrant les poings. C’est un véritable labyrinthe ! Et nous n’avons pas de quoi établir un plan…

− Cet endroit est chargé en magie, je le sens, ajouta Aerie, les yeux légèrement plissés.

 

Imoen était toujours pensive, et contemplait les trois portes devant eux avec le plus grand sérieux.

 

− Pour ne pas nous perdre, nous devons toujours prendre dans la même direction, ajouta Jaheira. Et… Daren ?

 

Le sol se mit tout à coup à tanger. Daren posa un genou à terre, se tenant fermement la tête entre ses deux mains. La voix de ses compagnons lui parut lointaine, et une forte nausée s’empara de lui. L’espace d’une poignée de secondes, il se vit partir, ne percevant plus que son sang qui semblait bouillonner au plus profond de son être. Puis la douleur s’estompa, tout aussi soudainement.

 

− Daren ? Qu’est ce qui se passe !?

 

Tous ses compagnons s’étaient portés simultanément à son secours, le soutenant et le relevant tandis qu’il reprenait son souffle.

 

− Je… Ça va aller… Merci…

 

Le visage d’Aerie était blanc d’inquiétude, et elle ne parvint pas à lâcher son bras. Imoen se redressa devant lui, les bras croisés et le visage troublé.

 

− C’est… le rituel ?, finit-elle par demander.

− Je ne sais pas…, répondit-il dans un souffle. Ça te l’a déjà fait ?

− Je me suis affaiblie petit à petit, mais cela ne m’a jamais rendue aussi mal en point. Je suis vraiment inquiète… Je crois que tout cela t’affecte bien plus que moi… et bien plus vite…

 

Daren se redressa, saisissant la main encore tremblante d’Aerie.

 

− Je vais mieux. Continuons.

 

Tous les cinq empruntèrent la porte de droite à nouveau. Le couloir était encore et toujours identique aux précédents, tournant aux mêmes endroits, disposé de la même manière. Toutefois, alors qu’ils avançaient vers la salle suivante, la voix forte du rôdeur résonna contre les parois.

 

− Attendez ! Bouh sent un courant d’air !

 

Tout le monde s’arrêta.

 

− Ici, le couloir n’est pas comme les autres. Bouh le distingue très nettement.

− Allons, Minsc, répondit Jaheira. Ton hamster a trop d’imagination. Il n’y a rien de…

− Je le sens aussi, murmura Imoen. Si c’est bien ce que… Jaheira, tu peux faire quelque chose pour moi ?

 

La druide haussa les sourcils, intriguée.

 

− Peux-tu faire pousser des plantes sur les murs ou contre le sol, devant nous ?

 

Qu’avait-elle en tête ? Depuis qu’ils avaient franchis la première pièce, Imoen était aux aguets, bien qu’aucun danger réel ne les eût encore menacés. Mais Daren la connaissait depuis trop longtemps pour ne pas se douter qu’elle avait repéré quelque chose, même s’il ne savait pas quoi.

 

− Si tu veux, répondit-elle, sceptique, mais je ne vois pas…

 

Alors que la lumière verte de sa magie commençait à faire surgir les premières branches, les murs se mirent à trembler. Dans un grondement terrifiant, les deux parois latérales s’avancèrent en même temps, et se fracassèrent l’une contre l’autre avec une violence inouïe.

 

− Attention !, s’écria Aerie.

 

Ils firent tous un bond en arrière, évitant du même coup les blocs de roche qui se détachaient du plafond sous le choc. Une fois la poussière retombée, il ne restait devant eux qu’un cul-de-sac, définitivement fermé. Si l’un d’eux avait avancé, il aurait été impitoyablement broyé par ces murs de pierre.

 

− C’est…, balbutia Jaheira.

− C’est bien ce que je pensais…, termina Imoen. Et ce couloir piégé confirme mes soupçons…

 

Ils tournèrent tous leur regard vers elle, déconcertés. Le visage d’Imoen s’éclaira soudainement, et d’une mine sombre, elle passa à un air guilleret et provocateur.

 

− Allez, comme vous avez été sages, je vais vous montrer ! Et aussi… merci Minsc ! Tu as un flair hors pair !

− Minsc n’a rien fait d’autre que de suivre les conseils de Bouh !, rectifia le rôdeur en désignant fièrement son hamster.

 

Ils firent demi-tour et rejoignirent la pièce qu’ils venaient de quitter.

 

− Là, vous voyez ?

 

Elle désignait le contour de l’arcade, mais en dehors de trace de peintures défraîchies, Daren ne distinguait rien de si particulier.

 

− Regardez les autres portes. La couleur n’est pas la même. Nous avons pris la bleue, et là bas, les couleurs sont rouge, et verte.

− Et… qu’en déduis-tu ?, demanda Jaheira en se massant le menton.

− La porte que nous avons franchie dans la première pièce était la rouge. Et je pense que nous devrions suivre la même couleur jusqu’à… jusqu’à que cela nous conduise quelque part.

 

C’était astucieux. Daren était comme toujours subjugué par ses talents d’observation et de déduction, mais il n’était à l’évidence pas le seul.

 

− Essayons, dans ce cas, conclut Jaheira en s’engouffrant sous l’arcade aux couleurs rouges.

 

Le couloir était encore une fois identique aux précédents, à ceci prêt qu’il ne comportait aucun piège. Dans la pièce suivante, ils suivirent les conseils d’Imoen et franchirent la porte de la même couleur. Deux salles plus loin, ils arrivaient enfin dans un cul-de-sac en arc de cercle, au centre duquel trônait un coffre rouge.

 

− Faites attention, chuchota Jaheira. C’est sûrement piégé.

 

Aerie entama une série de signes magiques, et une lumière grise parcourut lentement le sol et les murs avant de révéler des traces dorées juste devant le coffre.

 

− Regardez !, s’écria Imoen. Un message, là !

 

Daren fit quelques pas en avant et lut le texte à haute voix.

 

− « Je suis l’espoir pour ceux qui sont enfermés. Je suis l’enfer pour ceux qui m’approchent ».

 

Une énigme. Il se rappela soudainement leur combat sous le repaire de l’Œil  Aveugle et l’énigme qu’il avait due résoudre pour avancer. La réponse ne lui sauta pas aux yeux pour autant, mais néanmoins, ils avaient un atout de poids par rapport à cette fois précédente : Imoen était à leurs côtés.

 

− Je suppose qu’il faut s’avancer et donner la réponse à haute voix ?, demanda Imoen.

− Sûrement, ajouta Jaheira d’un air sombre. Et je suppose aussi que nous n’aurons qu’un seul essai…

− Parfait, alors essayons.

 

Tous les regards se tournèrent vers elle. Le visage ébahi de ses compagnons le fit sourire, mais Daren savait qu’Imoen ne plaisantait pas : elle avait trouvé la réponse.

 

− Imoen ! Tu es sûre que… ?

− Oui, oui, arrête un peu de faire la rabat-joie !, railla-t-elle en direction de la druide. Reculez-vous et tenez-vous plutôt prêts à intervenir s’il se passe quelque chose d’inattendu.

 

Imoen s’avança et se plaça juste devant le message encore brillant sur le sol. Elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration.

 

− La réponse est… « le soleil » !

 

Un cliquetis métallique résonna dans la pièce, et le couvercle se souleva. L’espace d’une seconde, tout danger sembla écarté, mais tout à coup, une gerbe de flammes s’éleva du coffre dans un grognement inquiétant. Une griffe orangée, puis deux ailes, et enfin tout un corps de flammes s’envola dans les airs. Une créature ailée d’à peine trois pieds de haut, brûlante comme les enfers, les dévisageait d’un air mauvais.

 

− Un méphite !, hurla Jaheira. Mettez-vous à couvert !

 

Daren plongea de côté, évitant un jet de flamme qui brûla légèrement ses bottes. Ce monstre de feu n’était pas imposant par la taille, mais n’en paraissait pas moins redoutable.

 

− Laissez-le moi !, avertit à nouveau la druide. Ces armes n’auront aucun effet sur lui !

 

Aucun d’eux n’avait connaissance de ces créatures en dehors d’elle, et Minsc, Daren et Imoen se reculèrent vers l’entrée. Seule Aerie était restée aux côtés de Jaheira, se préparant à faire usage de sa magie au besoin.

 

− Viens par ici, mon mignon, le toisa la demi-elfe en tenant son poing en avant.

 

La créature de feu déploya ses ailes et souffla un puissant jet enflammé. Toutefois, la réaction d’Aerie fut plus rapide et elle dévia les flammes avant qu’elles n’atteignissent leur cible. Jaheira demeurait immobile, ses bras positionnés en un symbole étrange. Daren observait la scène quelques pas en arrière et ne put se retenir de frissonner à la vue de cette incantation si inhabituelle. La druide murmurait des paroles qu’elle seule comprenait. Il frissonna à nouveau. À ses côtés, Imoen claquait des dents à présent, et une épaisse buée se formait à chaque expiration de Minsc. Même Bouh se tenait, grelottant, serré tout contre les bottes de son maître. Un froid de plus en plus intense se mit à auréoler à l’intérieur de la pièce. La main de Jaheira était devenue totalement blanche, et quelques flocons se mirent à cristalliser près du plafond, couvrant leurs cheveux d’une neige argentée.

 

− Tu vas regretter d’avoir franchi le portail de ce monde, démon !, gronda la druide.

 

Le méphite s’était recroquevillé au sol, son aura de flammes s’étant presque totalement consumée. Il ne restait plus qu’un feu bleuté courant péniblement le long de sa crête jadis rougeoyante. Une aura immaculée tourbillonna autour de la demi-elfe, comme autant de cristaux de glace prêts à se déverser sur leur adversaire. Tout à coup, elle plaqua sa main bleutée au sol. La glace accumulée sur les murs explosa, et la terre se mit à trembler. Une gigantesque stalactite traversa le dallage et fit voler la créature ailée en éclat.

La température remonta soudainement, la neige qui s’était formée sur les parois commençant lentement à fondre en une eau sale et poussiéreuse. L’espace d’une seconde, Daren aperçut une vive lumière rouge rayonner du coffre maintenant ouvert, puis disparaître aussitôt. Jaheira posa un genou à terre et s’effondra au sol, inconsciente.

 

− Jaheira !, s’écria Aerie.

 

Sa respiration était saccadée, et elle transpirait fortement. La magicienne s’était portée à son secours, la soulageant tant bien que mal de ses incantations curatives. De la créature de feu, il ne restait qu’une flaque d’eau se dissipant dans les interstices du dallage. La druide avait sans doute fait appel à l’un de ses ultimes pouvoirs, lui permettant ainsi de contrôler la température jusqu’à l’extrême, mais à quel prix… Daren, Minsc et Aerie l’aidèrent à se redresser, tandis qu’Imoen avançait à pas précautionneux vers le coffre.

 

− Regardez ça !, souffla-t-elle en enfonçant son bras dans le réceptacle.

 

Elle en ressortit une pierre rouge sang grosse comme le poing, qui luisait encore doucement.

 

− Qu’est-ce que c’est ?, demanda Aerie.

− Je ne sais pas, répondit Imoen en haussant les épaules. Sûrement ce que nous devons récupérer pour… sortir d’ici ? En tout cas, elle est splendide.

− Nous verrons cela plus tard, coupa Daren. Retournons à l’entrée, et suivons une autre couleur. Si nous perdons trop de temps, Bodhi se lancera à notre poursuite, et…

 

Jaheira commençait à peine à reprendre ses forces, et ne semblait plus en état de combattre. Seuls des soins et un repos prolongé pourraient la rétablir pleinement, et s’ils devaient affronter Bodhi à nouveau, le combat en serait d’autant plus compliqué.

 

− Allons-y. Minsc, aide Jaheira s’il te plaît.

 

Le rôdeur acquiesça et prit la druide par le bras. Ils firent demi-tour, et rejoignirent la première pièce aux trois portes.

 

− Bleu ?, proposa Imoen.

− Ça me va, répondit Daren.

 

Ils traversèrent quatre pièces, toutes identiques, prenant bien soin de suivre les arcades encore très légèrement recouvertes d’un peu de cette couleur. Quels pièges allaient les attendre dans cette nouvelle salle ronde ? Un coffre similaire à celui qu’ils avaient trouvé quelques minutes auparavant trônait ici aussi au centre, à ceci près que celui-ci éclatait d’un bleu clair plutôt vif. Après une rapide inspection, il s’avéra lui aussi verrouillé. La magie d’Aerie résonna à nouveau dans la pièce, et la lumière grise dévoila un autre message.

 

− « La nuit, j’apparais sans que personne ne puisse m’atteindre; le jour je disparais sans que personne ne m’ait atteint. », annonça Imoen à haute voix.

 

Encore une énigme. Quelle créature allaient-ils devoir combattre cette fois ? En supposant qu’Imoen trouvât la solution. Elle avait les sourcils froncés, et elle chuchotait à voix basse ses réflexions. Daren était confiant. Depuis toujours, depuis leur enfance, elle adorait les devinettes et autres charades, dans lesquelles elle excellait à leur résolution. Autre chose lui occupait davantage l’esprit : depuis quelques instants, son étrange mal de tête le reprenait, accroissant la sensation de vide intérieur.

 

− Je crois bien que j’ai trouvé !, s’exclama Imoen, après quelques minutes de réflexion. Il me semblait bien que Winthrop me l’avait déjà posée celle là, quand j’étais petite.

 

Jaheira était toujours trop faible pour combattre, mais Minsc et Daren se tinrent prêts, positionnés dos à dos. Aerie se posta à mi chemin entre l’entrée et le coffre, prête à faire usage de sa magie. Imoen se retourna un instant vers elle et hocha la tête d’un air déterminé. Malgré la douleur qui le lançait, Daren se concentra sur la situation présente, les mains moites et le cœur serré.

 

− La réponse est… « les étoiles » !

 

Le même cliquetis sonore résonna dans la pièce, leur indiquant qu’Imoen avait trouvé la bonne réponse. Daren fixait le couvercle du coffre, s’apprêtant à porter un coup fatal à toute créature qui en sortirait, mais la résolution de l’énigme ne donna lieu à aucun combat. À la place, un bruit sourd et rocailleux couvrit tout autre son. Dans un vacarme impressionnant, une lourde paroi de pierre glissa devant la seule issue de la pièce avant de s’écraser au sol en soulevant une épaisse fumée, bloquant ainsi toute retraite. La poussière s’envola dans les airs, et Daren peina à distinguer quoi que ce fût. Soudain, un bruit de bouchon que l’on retire suivi de celui d’un écoulement d’eau s’éleva à l’autre bout de la pièce. Puis un autre. Et encore un autre.

 

− Attention !, s’exclama Jaheira d’une voix étouffée par un pan de sa manche qu’elle tenait devant son visage.

 

La poussière finit enfin par retomber, mais pour dévoiler une situation plus que désespérée. Non seulement l’immense dalle de pierre les empêchait de sortir, mais un mince filet d’eau commençait aussi à recouvrir leurs pieds. L’eau s’échappait du haut des murs par plusieurs canalisations, et emplissait petit à petit la pièce.

 

− Il faut trouver une solution !, hurla à nouveau Jaheira en se relevant.

 

Mais elle était encore trop faible pour faire usage de ses pouvoirs. Une douleur la fit se plier en deux, et elle dut se rasseoir sur le sol qui devenait de plus en plus humide. Une angoisse montante gagna le petit groupe. S’ils ne trouvaient pas la sortie dans les minutes qui suivaient, ils périraient noyés, perdus dans les tréfonds de Spellhold.

 

− Il doit bien y avoir un mécanisme ! Un levier, ou je ne sais quoi… !, s’écria Imoen, en inspectant chaque recoin d’un air de plus en plus paniqué.

 

L’eau montait, inexorablement. Le sol était déjà recouvert d’une petite dizaine de centimètres de liquide glacé, et les arrivées d’eau proches du plafond continuaient à débiter sans faiblir.

 

− Il faut empêcher l’eau de s’infiltrer !, s’exclama Daren, en désignant les trous en haut des parois.

 

C’était plus facile à dire qu’à faire. Ils n’avaient que peu de matériel pour boucher les arrivées d’eau, et encore moins pour atteindre un plafond à plus de deux mètres de hauteur. Minsc et Daren tentaient vainement de pousser la dalle de pierre qui leur bouchait le passage, mais c’était peine perdue. Imoen, quant à elle, inspectait chaque mur à la recherche d’un éventuel système ou mécanisme qui aurait pu les sortir de là.

 

− Ici !, s’écria-t-elle. Il y a une corde !

 

Près de la porte, une corde longeait effectivement le mur du sol au plafond, s’y engouffrant de part et d’autres par deux interstices. D’après ce qu’ils pouvaient en déduire, elle devait être reliée à la fois à la lourde dalle et à un contrepoids, permettant ainsi de la déplacer. Si toutefois ils trouvaient le mécanisme associé…

 

− Il faut faire vite !, ajouta Aerie, paniquée. Le niveau monte !

 

Ils pataugeaient de plus en plus, l’eau arrivant au dessus de leurs genoux, montant encore et encore. Une sensation de froid et d’engourdissement commençait à les saisir et à entraver leurs mouvements.

 

− Je ne trouve rien ! Je ne trouve rien !, pleura Imoen, désespérée. Je…

− Il ne faut pas paniquer !, hurla Daren, couvrant à peine le tumulte de l’eau qui continuait de jaillir bruyamment. Il doit y avoir une sortie !

 

− Là, ici !, s’écria Aerie. Cette pierre bouge !

 

Ramenant ses longs cheveux trempés en arrière, elle tira de toutes ses forces sur la pierre amovible qui finit par céder. Tous s’étaient précipités vers cette nouvelle lueur d’espoir, pour découvrir une série d’engrenages et de courroies tournant vivement.

 

− Je m’en occupe, lança précipitamment Imoen.

 

Elle s’appliqua immédiatement à l’étude du mécanisme, mais l’épais filet d’eau gelée qui l’aspergeait sans relâche, ainsi que leur manque d’équipement, n’aidait pas à la résolution. Tous étaient suspendus à son avancée, et regardaient frénétiquement l’eau monter jusqu’à mi-cuisse.

D’interminables minutes s’écoulèrent sans un mot. Imoen avait beau s’acharner sur les rouages, elle ne parvenait pas à en comprendre le fonctionnement.

 

− Ne panique pas, ne panique pas, murmura-t-elle pour elle-même.

 

Derrière elle, Daren et Aerie soutenait toujours Jaheira que l’eau froide affaiblissait encore davantage. Seul Minsc était toujours devant la dalle, ses deux bras déployés en avant.

 

− Je n’y arrive pas !, sanglota-t-elle après de longues minutes d’efforts inutiles. Oh, Daren, je suis tellement désolée, je…

 

C’était donc fini. Allaient-ils tous périr ici, sans revoir la lumière du jour ? Aucun d’eux n’avait les compétences suffisantes pour désarmer ce genre de mécanisme en dehors d’Imoen. Il le savait. Une pensée amère surgit dans son esprit. Peut-être Yoshimo aurait-il pu les tirer d’affaire ? Si toutefois il ne s’était pas rangé aux côtés de l’ennemi…

 

− Bouh ne supporte pas de voir Imoen pleurer ainsi !, tonna le rôdeur. Et Minsc ne supporte pas de voir Bouh ne pas supporter quelque chose !

 

Le colosse saisit à pleines mains l’épaisse corde de crin tombant contre le mur, et dans un cri terrifiant, tira dessus de toutes ses forces. Le hurlement qu’il poussa fut tel qu’il couvrit totalement le bruit de l’eau qui s’échappait des murs. Une veine palpitante se dessina sur son crâne chauve, et des larmes d’efforts lui rougirent le visage. Les muscles de ses bras, déjà habituellement volumineux, avaient presque doublés de volume, faisant pratiquement craquer les coutures de sa tenue de cuir. Tous les quatre fixaient le rôdeur, stupéfaits, lorsque Daren sentit un fort courant à ses pieds. Le grondement qui surgit tout à coup ne pouvait signifier qu’une chose : l’eau s’engouffrait sous la dalle de pierre.

Sentant Minsc à bout de force, Daren sauta à son tour sur la corde, s’agrippant lui aussi de toutes ses forces. Un petit tourbillon près de l’entrée leur indiqua que l’eau s’écoulait plus vite vers l’extérieur qu’il ne s’en déversait du plafond.

 

− Le mécanisme !, s’écria Imoen. Il ralentit !

 

Le bruit continu de l’eau commençait effectivement à faiblir, et seul un mince filet coulait encore des canalisations. Soudain, la corde céda d’un coup, et la dalle de pierre reprit sa place au-dessus de l’entrée dans un tumulte assourdissant.

 

− Sortons d’ici !, leur lança Aerie.

 

Une vague déferla dans le couloir qu’ils venaient de quitter, vidant du même coup la pièce circulaire. Toutefois, ils préférèrent sortir tant qu’ils en avaient la possibilité, au cas où le piège se réactivât à nouveau.

 

− Nous l’avons échappé belle…, souffla Imoen en s’essorant les cheveux.

 

Minsc s’était adossé au mur, ses bras tremblant encore fortement. C’était grâce à sa puissante intervention qu’ils étaient encore en vie. Aerie s’approcha du rôdeur et soulagea ses muscles de sa magie.

 

− Tu es une véritable force de la nature, Minsc, lui adressa-t-elle avec un sourire.

− Regardez ça !, s’écria Imoen.

 

Elle tenait dans ses mains une autre pierre de la taille d’un œuf qui brillait d’un bleu vif éclatant. Il ne restait plus qu’une mince pellicule d’eau sale dans la pièce, qui s’écoula lentement vers le couloir.

 

− Elle devait être dans le coffre, répondit Jaheira. Mais cela va dans la bonne direction, je pense. Il doit certainement nous manquer une troisième pierre, verte sans doute, avant de…

 

Elle s’arrêta. Avant quoi ? Même s’ils parvenaient à récupérer une éventuelle troisième gemme, ils ne savaient pas ce qu’ils devaient en faire. Alors qu’ils se séchaient tant bien que mal, Imoen posa un doigt sur ses lèvres, les invitant tous à faire le silence.

 

− Ecoutez…, chuchota-t-elle.

 

À part le bruit de l’écoulement de l’eau, Daren n’entendait rien de particulier. Son amie ferma les yeux, se concentrant au maximum sur son ouïe.

 

− Ecoutez…, murmura-t-elle à nouveau. L’eau… Elle…

 

Imoen rouvrit les yeux, le visage soudainement éclairé.

 

− Elle s’écoule quelque part ! Suivez-moi !

 

Ils firent tous demi-tour, suivant péniblement la magicienne qui courait dans les couloirs sombres, sa main désignant le filet qui s’écoulait au sol.

 

− C’est bien ce que je pensais !, s’exclama-t-elle. Ces couloirs sont en pente, et ils se dirigent tout droit vers…

 

Ils arrivèrent essoufflés dans la pièce d’où ils étaient partis. La trappe au plafond était toujours fermée, mais l’eau avait coulé jusqu’ici, formant une flaque boueuse au centre de la pièce.

 

−… vers ici !

 

Elle fureta vivement dans la mare noirâtre, et finit par en dégager la poignée d’une petite trappe, similaire à celle au-dessus d’eux.

 

− Trois réceptacles, déclara-t-elle en pointant la plaque de métal enchassée dans le sol. Un rouge, un bleu, et un vert.

− Voilà donc ce que nous devons faire de nos prises, ajouta Jaheira. Imoen… Tu es vraiment une fille exceptionnelle.

 

Imoen lui répondit d’un sourire radieux, et son visage s’empourpra alors que tous ses compagnons la considéraient d’un air admiratif.

 

− Hé ho ! Me regardez pas comme ça, hein ! J’ai juste autant envie que vous de sortir vivante d’ici !

 

Son regard fixa celui de Daren, qui lui sourit en retour. Il s’avança, et l’embrassa affectueusement sur la joue.

 

− Toujours aussi incroyable…, petite sœur.

− Hé ! Je suis peut-être ta sœur, mais j’ai le même âge que toi !, répliqua-t-elle en lui tirant la langue.

 

Aerie éclata de rire, entraînant ainsi les trois autres. Une petite bulle de bonheur éphémère entoura les cinq compagnons l’espace de quelques minutes, perdus au plus profond de l’asile de Spellhold. Malgré l’adversité et les circonstances, ils étaient encore en vie, et plus que jamais déterminés à s’échapper.

Une fois leurs vêtements un peu plus secs, ils prirent la direction de la dernière porte, suivant cette fois les arcades de couleur verte. La chasse avait commencé depuis un peu plus de deux heures, et il ne leur restait qu’une seule gemme à trouver; si toutefois l’épreuve se terminait avec leur récupération.

 

 

− Comment s’y prend-on, cette fois ?, demanda Aerie une fois sa magie déployée.

 

Ils venaient d’arriver dans une nouvelle salle circulaire, contenant elle aussi un volumineux coffre vert pâle. Une dernière énigme luisait sur le sol, et il leur fallait la résoudre avant même de songer à affronter les éventuels pièges.

 

− « Prononcez mon nom, et vous me briserez. », annonça Imoen d’un air pensif.

 

C’était une énigme facile, à moins qu’il n’eût simplement fait quelques progrès depuis les précédentes. En seulement quelques minutes de réflexions, Daren se souvint que Gorion lui avait déjà expliquée l’astuce de celle-ci. Une chose que la voix seule pouvait briser, c’était ce que l’on pouvait percevoir en l’absence de la voix : le silence. Apparemment, Imoen, Aerie et Jaheira avaient déjà trouvé elles aussi la solution, mais il fut le premier à s’avancer.

 

− C’est bien « le silence » ?, s’assura-t-il en se retournant vers ses compagnons.

 

Imoen lui fit un clin d’œil en hochant la tête, l’invitant à donner la réponse.

 

− Minsc, ordonna Jaheira, tiens-toi près de Daren, au cas où quelque chose surgisse du coffre. Imoen, positionne-toi à l’arrière, et prépare-toi à toute opportunité. Aerie, contre le mur, et surveille tout le monde autant que possible. Nous ne devons pas nous laisser surprendre aussi facilement, cette fois.

 

Daren respira profondément, et porta la main à son épée. Il jeta un dernier regard à ses compagnons derrière lui, et prononça d’une voix claire :

 

− La réponse est « le silence » !

 

Un cliquetis familier s’éleva du coffre devant lui, et une ombre brouilla sa vision une fraction de seconde. Daren bloqua sa respiration, l’épée prête à jaillir, mais rien ne se produisit. Il fit un pas en avant et plongea la main à l’intérieur du grand coffre, pour en retirer une gemme verdoyante.

 

− Je l’ai ! Regar…

 

Obéissant à ses réflexes les plus élémentaires, Daren eut à peine le temps de parer une attaque fulgurante. Un monstre sans visage, aussi noir que la nuit, venait d’abattre sur lui une gigantesque épée. Daren se recula aussi loin que possible, une angoisse lui serrant le cœur. Tous ses compagnons avaient disparu, et il ne restait que ces masses noires informes brandissant des armes plus terrifiantes les unes que les autres.

Que s’était-il passé ? Son cœur palpitait à tout rompre. Il n’avait cependant pas d’autre choix que de se battre. Deux de ces formes aux contours indistincts s’avancèrent vers lui, d’énormes tentacules noirs sortant de leurs corps comme autant d’armes acérées.

 

− Jaheira ! Minsc !, hurla-t-il.

 

Personne ne lui répondit. Ses compagnons étaient-ils morts, leur force vitale absorbée par ces créatures ? L’une d’elle revint à la charge, et il para tant bien que mal de son épée. Enchaînant les coups avec agilité, Daren saisit une opportunité et blessa l’une d’entre elles. Même s’il n’avait pas la moindre idée de savoir s’il leur infligeait de quelconques blessures, la forme noire recula en chancelant, se retranchant derrière l’autre.

 

− Imoen ! Aerie !, cria-t-il à nouveau.

 

L’une des autres formes noires restée en arrière s’avança à son tour, et un chant étrange s’éleva dans la pièce. Daren sentit ses paupières le démanger, et sa vision se brouiller un instant. Il devait réagir, et ne pas se laisser endormir par leur magie. Il secoua vivement la tête, pour découvrir avec stupeur la longue chevelure blonde de l’une des créatures onduler paisiblement. Les trois autres venaient de faire marche arrière, et il entendit un cri, lointain. Quelqu’un prononçait son nom. Comprenant la situation, il ferma les yeux et se concentra. S’ils n’avaient pas été victime des pièges des deux dernières salles, il ne se serait certainement pas douté de l’illusion qui brouillait actuellement ses sens. Mais en réfléchissant un instant, il était évident maintenant que ces formes sombres ne pouvaient être que ses amis camouflés par une magie noire.

 

− Ça y est ! Il revient !, s’écria la voix de Jaheira.

 

Daren rouvrit les yeux, et poussa un soupir de soulagement. Ses compagnons étaient à nouveau avec lui.

 

− Je t’avais bien dit, Minsc, de ne pas foncer tête baissée !, ironsa Imoen tandis qu’Aerie soignait sa blessure. Daren est une sacrée fine lame !

− Que je suis content de vous revoir !, s’écria-t-il. J’ai bien cru un instant que j’allais jamais sortir de là.

− La magie d’Aerie a permis de faire fléchir l’illusion, répondit Jaheira. Mais nous avons définitivement compris lorsque tu as reculé au lieu de nous attaquer à nouveau.

− Vous étiez des sortes de… spectres, noirs, continua Daren. Et… je suis désolé Minsc, ajouta-t-il avec un sourire gêné.

− Ne t’inquiète pas pour lui, reprit Jaheira. La blessure n’était pas profonde, et Aerie s’est occupée de lui tout de suite.

− Pour nous aussi, tu étais devenu la même chose que tu décris, expliqua Imoen. Tu as disparu au moment où tu as prononcé la réponse, et ce… ce je-sais-pas-quoi est sorti du coffre.

 

Tout à coup, Daren se raidit, et fouilla la pièce du regard.

 

− La pierre !, s’écria-t-il. J’avais la pierre dans la main, et…

− Nous ne t’avons vu prendre aucune pierre, répondit Jaheira. Tu es sûre qu’elle n’est pas simplement dans le coffre ?

 

Il se retourna fébrilement, et fonça jusqu’à coffre dont il  balaya plusieurs fois le fond de sa main. En vain.

 

− Tu dis que tu l’as prise ?, répéta Imoen, pensive. N’oublions pas que le piège de cette pièce était basé sur une illusion… Ce n’était peut-être qu’une partie de l’épreuve… À moins que…

 

Comment cela était-il possible ? Il avait nettement vu le coffre s’ouvrir, et cette gemme émeraude étinceler comme un soleil vert entre ses mains. Que s’était-il passé ensuite ? Tout était allé si vite. La première forme noire, Minsc, s’était ruée sur lui, et il avait esquivé son coup de justesse. Il n’arrivait pas à se remémorer précisément ses mouvements, mais il restait persuadé qu’il avait gardé la pierre serrée dans sa main gauche. Avait-elle roulé sur le sol sans qu’il s’en aperçût ? Le seul meuble que comportait la pièce était ce coffre devant lui, et une gemme de cette taille ne pouvait passer inaperçue sans un minimum de camouflage. Et pourtant, le reste de la pièce était désespérément vide.

 

− Un…, murmura Imoen.

 

Peut-être que la magie de ce lieu avait téléporté la pierre ailleurs ? Ces épreuves étaient faites pour tester l’intellect des candidats. Il fallait donc réfléchir à la plus plausible des solutions.

 

− Deux…

 

Il fouilla à nouveau ses poches, au cas où la gemme s’y fût matérialisée sans qu’il ne s’en rendît compte, mais sa taille et son poids rendait cette explication peu plausible.

 

− Trois…

 

Ses compagnons étaient tout aussi stupéfait que lui, et cherchaient eux aussi le moindre indice qui leur fournirait une piste. Sans davantagr de succès que lui.

 

− Trois !, s’écria Imoen. Seulement trois !

 

Elle sautilla sur place avant de se positionner face au mur du fond de la pièce. Avant que quiconque ne lui demandât plus d’explication, elle posa un doigt sur ses lèvres, un sourire radieux sur le visage.

 

− Lors des deux premières épreuves, nous avons parcouru quatre salles identiques avant de trouver le coffre. Et cette fois… cette pièce est la quatrième, et non pas la cinquième.

− Ce qui signifie…, répondit lentement Jaheira en écarquillant les yeux.

− Ce qui signifie qu’il y a une autre salle derrière !, termina Imoen.

 

Tous ses compagnons la dévisagèrent d’un air ébahi. Sa vivacité d’esprit était véritablement hors du commun. Imoen forma un signe avec ses mains et prononça une incantation. Devant elle, la pierre se mit à luire, puis une arcade se dessina sur la paroi, révélant une nouvelle pièce similaire à celle dans laquelle ils se trouvaient.

 

− Imoen…, souffla Daren, stupéfait.

 

Elle lui fit un rapide clin d’œil, et les invita à la suivre. L’autre pièce comportait elle aussi un coffre de la même couleur, et était semblable en tout point avec celle qu’ils venaient de quitter. Usant de la même magie qu’Aerie précédemment, Imoen illumina la pièce d’une lueur grise familière, mais aucun message n’apparut sur le sol.

 

− Je pense que nous pouvons la prendre sans risque, conclut-elle. Normalement…

 

Daren passa devant, et s’approcha du coffre vert. Il posa sa main légèrement moite sur le couvercle, et le souleva lentement. Il jeta un rapide coup d’œil en arrière, vérifiant la présence de ses compagnons, et saisit à pleine main la volumineuse gemme vert vif presque palpitante.

Il resta dans cette position durant quelques secondes de silence angoissant, la main plongée dans le coffre, mais rien ne se produisit. Finalement, il se redressa en poussant un soupir de soulagement.

 

− Je l’ai !, s’exclama-t-il en brandissant son poing.

 

Imoen accourut vers lui pour observer la pierre de plus près, et elle sortit les deux autres de ses poches.

 

− Oooh, regardez !, souffla-t-elle, émerveillée.

 

Les trois gemmes se mirent à luirent d’une intensité plus forte, blanchissant de plus en plus à mesure qu’ils les rapprochaient les unes des autres.

 

− Amenons-les dans le réceptacle de l’entrée, coupa Jaheira. Nous n’avons que trop perdu de temps ici, et Bodhi peut surgir d’une minute à l’autre. Et à la vue de notre état…

 

Daren se tourna vers le visage encore marqué de la demi-elfe.

 

− Tu peux encore te battre ?, demanda-t-il timidement.

 

Jaheira évita son regard, et changea de sujet.

 

− Je… Ce n’est pas la question. Nous devons faire vite, c’est tout.

 

Sa puissante invocation quelques minutes plus tôt l’avait littéralement vidée, et Daren se doutait qu’elle ne pourrait soutenir un assaut trop important, surtout face à un adversaire comme Bodhi. Minsc avait lui aussi été blessé à de nombreuses reprises, et Daren était le seul à pouvoir encore manier une arme. Si toutefois son mal de tête ne le reprenait pas.

Ils coururent en direction de la sortie, les trois pierres auréolant d’une vive lueur blanche, avant d’arriver une nouvelle fois sous la trappe par laquelle ils étaient entrés.

 

− Je… suppose qu’il faut les placer là dedans, proposa Imoen, la voix légèrement tremblante.

 

Elle prit la gemme bleue dans sa main, et l’ajusta au dessus du réceptacle de la même couleur.

 

− Surveillez quand même les environs, ajouta-t-elle d’un ton mal assuré.

 

Daren, Minsc, Jaheira et Aerie s’étaient positionnés autour d’elle, scrutant les environs à l’affût du moindre mouvement hostile. Un léger cliquetis leur indiqua que la première était insérée, mais rien ne bougea. Un deuxième. Puis un troisième. La lumière blanche qui entourait les gemmes se mit à vibrer, ondulant sur le sol et contre les murs, puis un étrange portail doré se matérialisa juste au-dessus.

 

− Reculez-vous !, s’écria Jaheira.

 

Ils avaient déjà tous fait plusieurs pas en arrière, se réfugiant contre les murs de la pièce, un bras devant les yeux tellement la blancheur était vive. Un tintement aigu retentit dans la petite salle, comme le sifflement de l’acier brûlant trempé dans une eau trop froide. La lumière décrut, et les vibrations se firent plus faibles, laissant seulement devant eux un ovale couleur or flottant au dessus du sol d’où s’agitaient des formes indistinctes.

 

− C’est une porte dimensionnelle, dit doucement Aerie. Elle nous conduira quelque part, mais nous ne pouvons pas savoir où.

− Nous n’avons pas vraiment le choix, de toute façon, répondit Jaheira.

− Allons-y tous ensemble, conclut Imoen.

 

Daren prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Son cœur battait à tout rompre. Prenant son courage à deux mains, il s’élança vers la forme en suspend devant lui.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s