L’arrivée à Ust Nasha

« Veldrin ». Daren s’imaginait très bien porter ce patronyme le temps de leur enquête. Même s’il ne connaissait en rien la culture drow, si la cité se préparait effectivement à la guerre, s’infiltrer discrètement ne poserait sans doute pas de problème.

 

− J’arrive pas à y croire !, s’écria Imoen en admirant ses mains. Je suis une elfe noire !

 

Elle se trémoussa en s’examinant sous toutes les coutures.

 

− Alors, Daren ? Tu me trouves comment en drow ?

 

Il n’eut le temps que d’un haussement de sourcils admiratif qu’Aerie était intervenue d’un air sévère.

 

− Tu ne devrais pas rire avec ça, Imoen. Les elfes noirs sont des créatures trop… ignobles pour… Je… je supporte déjà assez mal d’en avoir l’apparence.

− Oh, très bien, très bien…, reprit Imoen, mi frustrée mi amusée. Si on ne peut même plus plaisanter…

 

Ils marchèrent presque une heure sur la roche sombre, suivant la vague piste en direction du nord que leur avait indiquée Adalon. Daren avançait comme un automate, perdu dans ses pensées. Son esprit vagabondait, allant et venant des projets d’Irenicus à la dangereuse mission que leur avait confiée le dragon, lorsque les monticules de pierre sur le bord de la route se firent soudainement plus ordonnés et attirèrent son attention. D’une simple tranchée légèrement creusée par un passage régulier, la piste se changea en un dallage sombre, d’épais murs de fer montants en délimitaient l’accès.

 

− Regardez !, murmura Aerie, le visage pétrifié. Oh, Baervan, sauvez-nous…

 

Fronçant péniblement les sourcils, Daren scruta l’horizon et écarquilla les yeux. Ce qu’il avait pris pour un simple pan de roche étaient en réalité les portes d’une ville.

 

− Nous sommes encerclés !, s’écria Minsc tout à coup en dégainant son épée.

 

Daren sentit son pouls s’emballer, et ses membres se mirent à trembler de manière inexpliquée.

 

− Calmez-vous !, leur intima Jaheira à voix basse.

 

Trois elfes noirs apparurent derrière eux, l’arbalète au poing et le visage menaçant. Un autre, escorté de deux de ses compagnons, se tenait au sommet d’une vigie qui jouxtait les deux immenses battants métalliques de la porte.

 

− Qui va là ? Identifiez-vous !, lança-t-il en direction du petit groupe.

 

Daren croisa le regard de Jaheira, et avant que la druide ne pût ouvrir la bouche, il répondit le premier.

 

− Je suis Veldrin, de Ched Nasad, et voici mes esclaves personnels.

 

Il désigna d’une main distraite ses quatre compagnons. Jaheira manqua de s’étouffer et le foudroya du regard. Daren la sentait tremblante de fureur, mais elle conserva un calme apparent afin de ne pas compromettre la situation. Ils n’en avaient pas parlé, mais Daren se doutait qu’elle comptait tenir le rôle qu’il venait de lui ravir. Toutefois, beaucoup de temps s’était écoulé depuis leur première rencontre à l’auberge du Brasamical, et il avait maintenant autant confiance en ses propres capacités qu’en celles de son amie.

 

− Nous avons été envoyés en renfort. Laisse-nous passer.

 

Sa phrase fit place à un long silence, et l’espace de quelques secondes, il se crut démasqué. Daren réalisa soudainement qu’il venait de s’exprimer en drow sans même s’en rendre compte, ce qui le réconforta intérieurement. Il lança un rapide coup d’œil à Imoen qui lui répondit d’un discret hochement de tête. Seule Aerie semblait affolée, et rabattit sa capuche afin de dissimuler son visage terrifié.

 

− Toutes mes excuses, reprit la sentinelle. Je ne fais que mon devoir en te posant cette question. Sois le bienvenue, Veldrin de Ched Nasad.

 

Les trois elfes noirs qui avaient bloqué leur retraite se tapirent à nouveau dans l’ombre, l’arbalète au poing. Les lourdes portes métalliques s’entrouvrirent, et l’homme posté dans sa tour d’observation descendit pour les accueillir.

 

− Nous devrions normalement te questionner plus avant, mais nous attendons effectivement un groupe en provenance de Ched Nasad. Aussi, ton arrivée tardive a-t-elle repoussé les plans de Solaufein.

 

Daren s’excusa brièvement mais son interlocuteur ne semblait pas vraiment l’écouter. Savoir son supérieur contrarié l’embarrassait au plus haut point.

 

− Entre vite, et assure-toi de rencontrer Solaufein, reprit-il soudainement. C’est un membre éminent des combattants de la cité. Il te servira de guide, et t’expliquera ce qu’il attend de toi.

 

Daren acquiesça d’un bref hochement de tête et fit un rapide signe de la main à ses compagnons qui le suivirent sans un mot.

 

− Tu trouveras Solaufein à la Société des Combattants, au nord de la cité juste devant la fosse des araignées, termina le garde en escaladant à nouveau l’échelle qui montait à son poste.

 

La vue qui s’offrait à eux était inimaginable. La place sur laquelle ils venaient d’arriver grouillait d’agitation. Des elfes noirs, mais aussi des nains et des kobolds enchaînés, ou encore d’énormes araignées de plus de trois pieds de hauts s’affairaient de toutes parts. Ust Nasha, l’avant-poste drow, se préparait à l’évidence à un évènement important. Au-dessus d’eux, une multitude de passerelles harmonieusement disposées reliait les étages supérieurs de la ville. Malgré leur civilisation violente et guerrière, les elfes noirs avaient ceci en commun avec leurs lointains cousins de la surface qu’ils étaient de véritables maîtres en architecture. La ville elle-même semblait se fondre pour ne faire qu’un avec la roche.

 

− Attention, maladroit !, s’écria un drow visiblement mécontent. C’est de la marchandise de valeur !

 

À ses côtés, un duegar enchaîné à un volumineux bloc de métal venait de renverser une lourde caisse aussi grande que lui qu’il peinait à porter. L’elfe noir sortit une lame de son fourreau, et foudroya le nain des profondeurs du regard.

 

− S’il vous plaît, maître !, gémit le nain gris. Je n’ai rien mangé depuis une semaine… Maître…

 

L’elfe noir fit une moue de dégoût, et décapita l’esclave d’un seul coup. Aerie étouffa un hoquet de stupeur, mais le bruit de la foule alentour couvrait avantageusement tout autre son que les nombreux cris qui résonnaient de part et d’autre. Daren ne parvenait pas à détacher ses yeux du terrible spectacle qui venait de se dérouler, mais les autres drows n’avaient que tout au plus jeté un œil distrait sur ce meurtre en place publique.

 

− Qu’est-ce qui se passe ici, Leathel ?

 

Une voix féminine autoritaire s’éleva de la foule, et une drow aux longs cheveux blancs attachés en tresses accourut d’un pas leste. Elle portait fièrement une toge ornée d’un blason que Daren ne connaissait pas, représentant d’étranges signes formés de flèches.

 

− Ces esclaves n’écoutent jamais !, s’indigna-t-il aussitôt, un soupçon d’incertitude dans la voix.

− Cet esclave n’est pas à toi, mâle !, répliqua-t-elle. C’est le mien !

 

L’elfe noir eut un mouvement de recul, et son visage se figea dans une expression de crainte.

 

− Désolé, maîtresse, répondit-il en inclinant doucement la tête. Cet esclave s’est rebellé, et il a été châtié.

 

La jeune femme fronça les sourcils, et ses mains se mirent à luire d’une lumière noire.

 

− Écoute-moi bien, pauvre fou, reprit-elle en détachant chaque syllabe. Tu es plus facile à remplacer qu’un esclave entraîné.

− Mais… ! Maîtresse, pitié ! Non !

 

Un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres, agrémenté d’une moue de mépris à cet étalage de supplication. Elle leva ses mains en direction de celui qui venait de lui voler son serviteur, et lui décocha sa magie en plein cœur. Un reflet violacé illumina un instant son corps, et l’elfe noir se désintégra sous leurs yeux en un petit tas de cendre.

 

− Idiot…, grommela-t-elle d’un ton contrarié. Où vais-je trouver un autre esclave, maintenant… ?

 

Daren et ses compagnons n’avaient pas encore bougé, observant d’un air déconfit cette altercation sanglante et surréaliste.

 

− Hé !, Vous n’avez rien d’autre à faire ici qu’à gêner le passage ?, leur héla un autre drow, tenant en laisse un troll solidement ligoté.

 

Daren bredouilla une excuse, et traversa précipitamment la place toujours bondée de monde. Il manqua de percuter de plein fouet un autre groupe d’elfe noir, et slaloma entre les étals de marchandises et ces énormes araignées velues, pourtant dociles, mais qui lui faisaient froid dans le dos.

 

− Beuark ! Comment peut-on avoir ces bestioles comme animal de compagnie ?, lui chuchota Imoen d’un ton écœuré. Même transformée en elfe noir, je ne pourrais jamais vénérer Lolth, même si on me le demandait gentiment !

 

Daren posa un doigt sur ses lèvres, l’invitant à se faire plus discrète, mais personne ne s’intéressait à eux, ni même n’avait remarqué leur arrivée. Leurs premiers pas dans la cité d’Ust Nasha étaient couronnés de succès, et il leur fallait maintenant se rendre au nord de la ville pour y rencontrer leur contact, Solaufein. Adalon leur avait fourni un déguisement des plus efficaces, et ils ne devaient pas le compromettre en agissant de manière inconsidérée ou irréfléchie sous peine de se voir démasqués. Leur priorité était de récupérer les œufs du dragon, mais ils devaient tout d’abord s’intégrer au mieux, afin d’obtenir un maximum d’information sur leur objectif, ainsi que sur leurs deux ennemis.

 

De nombreuses passerelles reliaient les tours qui menaient aux étages. Les habitations se fondaient dans ce paysage comme autant de nids suspendus aux branches d’un arbre gigantesque. La Société des Combattants se trouvait à l’autre bout de la ville, et tous les cinq durent traverser, en suivant la voie principale, plusieurs grands axes avant de s’y rendre. Pour le moment, et malgré leur pas mal assuré, personne ne semblait avoir suspecté leur supercherie. Une forte et soudaine odeur de mort souleva le cœur de Daren avant qu’il n’en découvrît l’origine.

 

− Par tous les Dieux !, s’exclama Imoen, une main devant le visage. Quelle horreur !

− Moins fort !, siffla Jaheira, qui ne put retenir elle aussi une grimace à l’odeur et la vue de l’horrible spectacle devant eux.

 

En contrebas, un gigantesque charnier grouillait de ces immenses araignées qui semblaient se délecter de cadavres de toutes sortes.

 

− La Société des Combattants, là !, s’écria Daren en découvrant un bâtiment militaire imposant de l’autre côté de l’allée.

 

Ils s’éloignèrent rapidement de la fosse, et l’odeur pestilentielle disparût progressivement. Devant la caserne, un elfe noir, assez grand pour sa race, de longs cheveux blancs comme la neige lui tombant dans le dos, attendait, adossé contre la porte du bâtiment.

 

− Ah. Vous êtes les nouveaux venus qu’on m’envoie, je suppose, commença-t-il d’une voix traînante. Comme si je n’étais pas assez occupé comme ça sans être obligé de faire la charité…

 

Il joua nonchalamment avec son arme avant de la glisser de manière habile dans son fourreau. Ses yeux noirs ressortaient de son visage sombre et fin, et on devinait la pointe de ses oreilles qui se dessinait sous sa longue et épaisse chevelure.

 

− Salutations, répondit Daren d’une courte révérence. Nous venons d’arriver en provenance de Ched Nasad, et…

− Il n’y a pas de « refuge » à Ust Nasha, imbéciles, le coupa le drow. Nous payons notre existence avec notre sang, et si voulez rester ici, vous en ferez autant !

− Mais nous ne sommes pas ici pour…

− Je me nomme Solaufein, le coupa-t-il à nouveau d’un ton impatient. Si vous voulez prouver votre valeur aux yeux des Matrones, vous ferez ce que je vous dis. Si vous échouez, la mort vous attend.

 

Il observa plus attentivement les cinq compagnons, et Daren sentit qu’il lisait presque au travers de l’illusion du dragon.

 

− Et n’essayez pas de me défier juste parce qu’il y a des femmes parmi vous, reprit-il soudainement en désignant Aerie, Imoen et Jaheira du menton. Vous êtes des étrangers, ici… Et tant que les Matrones n’en auront pas décidé autrement, vous ne valez pas plus que des esclaves !

 

Il s’avança d’un pas lent, et poussa un long soupir en haussant les épaules.

 

− Bon… Je suppose qu’il faut que je commence à vous materner ? Au fait, tu as un nom, vagabond ? Ou dois-je juste t’appeler « mâle » ?

 

Daren soutint un instant son regard, et baissa la tête en signe de soumission.

 

− Appelez-moi comme vous voulez, finit-il par répondre. Visiblement, cela n’a pas beaucoup d’importance…

 

Solaufein écarquilla les yeux quelques secondes, incrédule, et éclata de rire.

 

− Ha ha ! J’aime bien ton humour ! Je pourrais t’appeler Waela, l’idiot, mais on m’a dit que tu te nommais Veldrin. Ton caractère te servira, si tu apprends à te taire.

 

Avant même que Daren n’eût le temps de répondre, l’elfe noir continua.

 

− Aucune importance, car tu n’as pas de chance : l’une des Matrones s’est intéressée à ton arrivée, et elle veut te mettre à l’épreuve. Elle a envoyé une Vestale que tu dois rencontrer. Suis-moi, il vaut mieux ne pas la faire attendre. Les Vestales ne sont pas connues pour leur patience.

 

D’un signe de la main, il les invita à le suivre. Daren croisa le regard d’Imoen qui lui répondit d’un haussement d’épaule incertain.

 

− Qui sont ces « Matrones » ?, demanda-t-elle discrètement.

− Sûrement des membres de la caste dirigeante, répondit Jaheira à voix basse. Daren, nous devons faire ce qui nous est demandé sans quoi nous ne ferons pas de vieux os ici.

− Ce Solaufein a l’air aussi inquiet que nous de rencontrer cette « Vestale », nota Imoen d’une moue mi amusée mi terrifiée.

 

L’elfe noir les guida à travers Ust Nasha, empruntant passerelles et autres ponts suspendus au-dessus de l’agitation de la cité jusqu’à un bâtiment qui ressemblait à une auberge.

 

− Nous sommes arrivés, Veldrin. Un dernier conseil, qui pourrait être le dernier si tu ne le suis pas : ne parle que si tu y es invité.

 

À l’intérieur, une salle circulaire abritait un petit groupe de musiciens qui animait la taverne d’une discrète ambiance musicale. Plusieurs groupes d’elfes noirs dégustaient des mets richement décorés servis dans des plats métalliques aux reflets bleutés. Seule, accoudée à une table, une jeune femme, des cheveux bleu pâle tombant sur ses épaules, attendait impatiemment. À leur arrivée, elle plissa légèrement les yeux et fronça les sourcils d’un air irrité.

 

− Ô Imrae, bénie de Lolth, commença Solaufein en s’inclina bassement, voici les voyageurs de Ched Nasad que tu as demandés.

 

Pendant quelques secondes, on n’entendit plus que le brouhaha ambiant à peine couvert par les instruments à vents de l’orchestre à l’autre bout de la salle. La drow ignora Solaufein, et fixa son regard noir sur Daren.

 

− Tu as de la chance que nos meilleurs guerriers soient occupés par… les préparatifs, répondit la Vestale d’un ton menaçant. Et c’est pourquoi tu n’as pas encore fini comme esclave ou dans une taverne pour amuser le peuple… Cependant, tu n’as toujours pas ta place ici.

 

Solaufein était toujours courbé et n’avait pas osé se relever. La Vestale semblait particulièrement apprécier ce moment d’humiliation, mais finit par lui ordonner de se redresser d’un signe. Elle n’avait pas encore quitté Daren des yeux, et le disséquait du regard. Se doutait-elle de quelque chose ? Son cœur battait à tout rompre, et il se demandait comment tout le monde autour de lui ne l’entendait pas.

 

− Mais tu as de la chance, Veldrin de Ched Nasad, finit-elle par reprendre. De la chance qu’une Mère Matrone décide de t’utiliser.

 

Un sourire provocateur se dessina sur son visage, qui s’estompa aussitôt lorsqu’elle s’adressa à Solaufein d’un ton rude.

 

− Explique ce qui s’est passé, Solaufein, et vite. La Reine Araignée a besoin de moi.

− À l’instant, ô Vestale, se répandit-il à nouveau.

 

Il s’éclaircit un instant la voix et commença son récit.

 

− Si je te parle des « flagelleurs mentaux », demanda-t-il à l’attention de Daren, sais-tu de quoi il s’agit ?

 

Les flagelleurs mentaux ? Il devait sans doute s’agir de créatures vivant en Ombreterre, mais ce nom ne lui disait rien. Imoen s’approcha sensiblement de lui par derrière, et lui souffla un mot à l’oreille.

 

− Des Illithids ?, ne put-il s’empêcher de demander à Imoen à haute voix.

− Oui, c’est exact, répondit Solaufein, visiblement impressionné. Ils sont aussi connus sous ce nom là.

 

Daren sursauta, réalisant qu’il venait involontairement de répondre à sa question. Sa mémoire lui revint au même instant. Les Illithids vivaient dans les Tréfonds Obscurs, et se caractérisaient par leur capacité à tuer leur proie en dévorant leur cerveau à l’aide de longs tentacules, ou encore à plier tout être vivant à leur volonté.

 

− Ces psions sont depuis longtemps nos plus féroces ennemis, continua Solaufein. Suite à une mission de reconnaissance, la fille aînée d’une Matrone a rencontré plusieurs de ces créatures. Ses imbéciles de compagnons ont fui ou ont été tués, et elle a été capturée. Les flagelleurs mentaux savent reconnaître ce qui a de la valeur, et ils vont amener la fille jusqu’à leur cité. Il va sans dire que s’ils l’atteignent, elle sera perdue à jamais. Avec les…

 

Imrae l’interrompit d’une toux claire et fronça soudainement les sourcils.

 

− …préparatifs… des armées, reprit Solaufein d’un ton incertain, nous ne sommes plus très nombreux à pouvoir intercepter ces Illithids. Nous devons nous rendre à l’entrée de leurs cavernes et les attendre. La Vestale Imrae m’a donné un objet béni par Lolth qui les arrachera à leur voyage astral. Et c’est alors que nous frapperons.

 

L’intervention paraissait plus que dangereuse, mais ils n’avaient pas le choix. S’ils étaient découverts, ou simplement tué pour désobéissance, leur mission en serait pour le moins compromise.

 

− La Matrone n’a pas envie que sa fille aînée serve d’en-cas aux flagelleurs, et nous n’avons pas d’autres options que de réussir, insista Solaufein. Tu m’as compris, Veldrin ?

 

Sans même se retourner vers ses compagnons, il acquiesça d’un hochement de tête.

 

− Alors nous partons sur-le-champ, conclut-il. D’après nos estimations, notre embuscade aura lieu d’ici quatre ou cinq heures.

− Ne te crois pas sorti d’affaire pour autant, Solaufein !, tonna soudainement la Vestale. Vous n’êtes pas encore partis ! Rejoins-moi au temple immédiatement !

 

Le visage de Solaufein se décomposa.

 

− Comme… comme vous voudrez, ô Vestale.

 

Imrae se tourna alors vers Daren.

 

− Quant à toi, retrouves-nous sur la place devant les portes de la ville d’ici une heure. Et ne t’avises pas de t’enfuir, ou les Driders te retrouveront !

 

La prêtresse se leva brusquement, et poussa la porte de la taverne qui claqua dans un bruit sourd et métallique. Solaufein laissa s’échapper un long soupir et se leva à son tour, le visage grave, puis sortit du bâtiment sans un mot.

 

− Bien, finit par soupirer Imoen. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

− Essayons d’établir une stratégie, répondit Jaheira. Cette mission à l’air dangereuse, et nous n’avons pas vraiment le choix que d’y participer.

− Qu’est-ce qui nous prouve qu’elle ne nous envoie pas à l’abattoir ?, s’interrogea Daren. Elle à l’air d’avoir un différend avec ce Solaufein, et elle pourrait facilement se débarrasser de lui ainsi.

− Je ne suis pas d’accord, intervint Imoen. C’est la vie d’une de leur chef qui est en jeu si j’ai bien compris, et ils doivent penser que nous avons une chance de réussir pour nous confier ce travail.

 

Un petit groupe d’elfes noirs franchit les portes de la taverne et s’installa à la table derrière eux. Imoen posa discrètement un doigt sur ses lèvres, et tous les cinq se levèrent en direction de leur point de rendez-vous.

 

− Nous devrions nous procurer des armes, lança Jaheira une fois sortis. J’ai repéré un étal tout à l’heure. Nous devons être préparés si nous voulons nous en sortir.

 

Un important dépôt d’armes et de pièces d’armures jouxtait effectivement la grande place par laquelle ils étaient arrivés. Jaheira parlementa quelques minutes avec le responsable du chargement, qui semblait réticent à laisser une partie de sa cargaison à des étrangers à la cité. Toutefois, il finit par leur laisser piocher quelques équipements de sa réserve.

 

− Des pièces d’armures, quatre épées, et une arbalète, leur présenta Jaheira une fois sa négociation terminée.

− Elles sont magnifiques, souffla Daren en caressant le métal de sa main.

 

Les elfes noirs possédaient un savoir-faire indéniable en matière d’artisanat guerrier. Leurs pièces d’armures, d’un métal bleuté, semblaient plus résistantes encore que l’acier, mais ne pesaient à peine plus qu’un simple vêtement.

 

− Je me demande ce qu’ils utilisent comme matériaux, s’interrogea Daren. Je n’ai jamais rien vu de tel !

− C’est de l’adamantine, répondit l’elfe noir d’un ton fier. Et de la meilleure qualité !

 

Daren avait entendu parler de ce métal légendaire, mais n’en avait encore jamais eu entre les mains, ni même vu. L’adamantine était le plus résistant des matériaux, aussi pur que solide, mais qui se désintégrait en poussière exposé à la lumière du jour. De plus, ses propriétés très particulières ne lui permettaient pas de s’allier à d’autres métaux, ce qui rendait son travail quasiment impossible pour un forgeron de la surface. Toutefois, l’obscurité omniprésente de l’Ombreterre résolvait une grande partie de ce problème.

 

− C’est très impressionnant, le félicita Daren. Et encore merci !

 

Un quart d’heure plus tard, la Vestale Imrae arrivait sur la place, suivie d’un Solaufein abattu et résigné.

 

− Ah, tu es venu ?, lança-t-elle à Daren d’un ton ironique. Bien. Dépêchez-vous, et n’échouez pas.

 

Elle se retourna à peine, foudroyant Solaufein du regard au passage, avant que les portes métalliques de la cité d’Ust Nasha ne grincent fortement. D’un geste dédaigneux, elle leur désigna la sortie, et la foule se bouscula pour laisser place au petit groupe. Ils sortirent tous les six de la ville sous les regards des curieux.

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