L’assassinat

− C’est… c’est vraiment ce qu’elle t’a demandé de faire ?, finit par demander Aerie.

 

Daren acquiesça d’un air sinistre. Il venait d’expliquer la situation à ses compagnons, et l’avarielle était la première à avoir pris la parole après de longues minutes de silence.

 

− Et le pire, ajouta-t-il, c’est que notre meilleure opportunité se déroule cette nuit. C’est-à-dire… en ce moment même.

− Bouh ne peut pas se résoudre à tuer cet elfe noir de sang froid, intervint le rôdeur. Minsc n’est pas un ami des elfes noirs, mais celui-ci n’est pas le pire de tous !

− Je… je suis d’accord avec Minsc, renchérit Aerie. Cet homme a commis des crimes, c’est vrai, mais il ne mérite pas une mort aussi…, enfin pas de cette manière.

− Tu nous as bien dit qu’elle t’avait demandé de lui ramener quelque chose en guise de trophée ?, intervint à son tour Jaheira.

 

Il acquiesça à nouveau. Ses intentions étaient pourtant particulièrement limpides : cette Phaere se servait d’eux, des « nouveaux venus », pour exécuter de basses besognes qui lui attireraient les foudres de sa Maison si elle les accomplissait elle-même. À aucun moment elle n’avait prévu ou envisagé leur éventuelle survie, et seul son propre prestige l’obnubilait. À présent, ils devaient faire face à un choix des plus difficiles : mourir en se faisant prendre pour assassinat, ou mourir châtié par la Vestale.

 

− Je ne suis pas certain qu’il y ait raison de s’inquiéter, reprit la druide.

 

Daren tourna son regard vers elle, les yeux écarquillés.

 

− Tu n’étais pas là tout à l’heure, ajouta Imoen, et tu n’es pas resté discuter avec nous.

− Solaufein n’est pas un imbécile assoiffé de sang comme cette Phaere, expliqua Jaheira, et je suis sûre qu’il pourrait nous aider à retourner la situation à notre avantage.

− Vous croyez ?, demanda-t-il sans trop y croire, une lueur d’espoir dans les yeux.

− Même Aerie l’a trouvé sympathique, renchérit Imoen d’un ton provocateur. Elle l’a même dévoré des yeux toute la soirée, c’est pour te dire ― je plaisante, bien sûr Aerie !, ajouta-t-elle précipitamment en voyant le visage de l’elfe passer par un ton vert plus qu’inquiétant.

− Que proposez-vous ?, reprit Daren.

− Je propose qu’on aille lui rendre une petite visite, et qu’on soit honnête avec lui.

 

Elle marqua une pause. Connaissant Jaheira, Daren se doutait qu’elle avait envisagé un second plan dans le cas où le premier ne se déroulerait pas comme prévu.

 

− Au pire…. Au pire, nous ferons ce qui nous a été demandé. Ça ne coûte pas grand-chose d’essayer.

 

Tous les cinq sortirent de leur chambre, puis de l’auberge. Phaere avait raison : les rues étaient plus calmes à cette heure, et plus ils avançaient vers le nord de la cité, plus leurs rencontres étaient espacées. En une demi-heure de marche rapide, la Société des Combattants se dressait devant eux.

 

− Entrons tous ensemble alors, proposa Daren. Nous devons absolument retrouver Solaufein tout en conservant notre anonymat, sans quoi nous serons rapidement démasqués.

 

Il monta les quelques marches vers les portes du bâtiment et les entrouvrit le plus discrètement possible. À l’intérieur, le hall était vide, à l’exception d’une personne, assise de dos, se balançant ostensiblement sur un fauteuil. Daren reconnut rapidement les longs cheveux blancs recouvrant ces épaules, mais l’elfe noir ne semblait pas avoir noté leur arrivée. Délicatement, il se faufila sans un bruit entre les deux battants de métal, suivi de ses compagnons. Solaufein était seul, et lisait vraisemblablement un livre qu’il tenait ouvert entre ses genoux.

Il ne pouvait y avoir de meilleure occasion : le hall était désert, et leur cible isolée. La peur paralysait son esprit, et accélérait sa respiration. Était-il toujours utile de s’hasarder à trahir Phaere, au risque de se faire prendre et d’endurer une punition mortelle ? Solaufein était sans défense et sans arme. Une petite voix lui rappela cependant que commettre un meurtre gratuit ne lui ressemblait pas, et un bourdonnement lancinant entre ses tempes lui fit presque perdre l’équilibre. Son essence de Bhaal, instinctive, brute et incontrôlée, la seule partie de son âme qu’Irenicus n’avait pu lui dérober refaisait surface à la simple pensée de cet acte, attisée par la tension permanente du mode de vie elfe noir, surtout pour un habitant de la surface. Un léger coup de coude d’Imoen dans son dos lui fit reprendre ses esprits et à ses côtés, Jaheira émit un petit toussotement.

Avant même de se retourner, la première réaction de Solaufein fut de refermer son livre et de glisser dans une poche. Une certaine panique se lisait sur son visage, mais il se détendit aussitôt en découvrant Daren et ses compagnons.

 

− Ah ! C’est vous ? Que se passe-t-il, Veldrin ? Ne me dit pas que les Matrones m’ont déjà choisit une nouvelle tâche ? On m’avait donné la permission de me reposer !

 

Pendant qu’il parlait, sa main serrait toujours le livre derrière lui et glissait vers une sacoche ouverte sur une table basse.

 

− Non, Solaufein, répondit Daren d’un air grave. Je…

 

Il marqua une légère pause, cherchant ses mots. Le plus simple était sans doute de lui dire la vérité.

 

− Phaere m’envoie pour te tuer…

− Que … ?

 

Le soldat dévisagea Daren et ses compagnons un à un, dans un mélange de fatalisme et d’incrédulité. Sa main se posa sur la garde de son arme, mais il ne la dégaina pas.

 

− Mais je ne vais pas le faire, termina Daren.

 

Solaufein haussa les sourcils et cligna plusieurs fois des yeux rapidement. Sa main lâcha le pommeau de son épée, et il se laissa retomber comme une masse dans le fauteuil qu’il venait de quitter.

 

− Je vois…

 

Il prit sa tête entre ses deux mains et se massa lentement les tempes d’un geste las.

 

− Ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle n’agisse, je suppose… Aucune alliance avec une autre Maison ne pouvait empêcher ce poignard invisible de se plonger dans mon dos. Je comprends mieux pourquoi tout le monde sauf moi a été appelé au temple ce soir…, ironisa-t-il. Enfin, puisque vous avez décidé de ne pas obéir aux ordres, je vais vous éclairer un peu sur ce qui se passe.

 

Il invita d’un geste les cinq compagnons à s’asseoir, et continua son explication.

 

− Phaere et moi avons été… amants. Mère Ardulace pensait que Phaere tenait trop à moi, et d’une manière indigne d’une elfe noire. Alors, elle l’a livrée à ses Vestales.

 

Solaufein s’arrêta un instant et son visage s’assombrit.

 

− Elles l’ont torturée avec… leurs bâtonnets à tentacules. Des… Des tortures effroyables, à faire frémir même un drow. Lorsqu’elles en ont eu terminé avec elle, il ne restait de Phaere que son ambition.

 

Il releva la tête vers Daren et reprit.

 

− Et moi…, je suis resté un rappel perpétuel de sa « faiblesse ».

 

Solaufein soupira en secouant la tête lentement.

 

− En fait, je m’attendais à quelque comme ça depuis assez longtemps.

 

Presque une minute s’écoula dans le silence du bâtiment désert. Daren préféra ne pas intervenir pour le moment et laissa l’elfe noir vider sa conscience.

 

− Bien !, reprit soudainement Solaufein en se redressant. Si tu ne veux pas me tuer, que proposes-tu ?

− Phaere m’a parlé d’une cape que je devais récupérer une fois que je t’aurai tué…

− Ah, mon piwafwi… ?, répondit-il, une lueur de nostalgie dans les yeux. Tiens, tu peux le prendre, cela n’a plus d’importance maintenant.

− Et toi ? Que vas-tu faire ?, intervint Jaheira. Nous ne pouvons pas nous permettre qu’on te voie circuler dans Ust Nasha, pour toi comme pour nous.

− Ne t’inquiète pas pour ça, la rassura-t-il. Je connais cette ville comme personne, et j’ai suffisamment de connaissances en magie pour m’enfuir d’ici sans être repéré…

 

Solaufein retira la cape noire brodée de ses épaules et la tendit à Daren.

 

− Mais… où allez-vous aller, alors ?, demanda Aerie. Vous allez être obligé de quitter votre cité ?

 

Le drow haussa les sourcils, surpris. S’inquiéter du sort des autres ne faisait sans doute pas partie des traditions elfe noir.

 

− Je… Je ne veux pas la guerre entre ma Maison et les Despana. Je n’ai jamais voulu de mal à ceux qui n’étaient pas les véritables ennemis des elfes noirs. Je n’ai que… que…

 

Il sursauta soudainement, en dévisageant Daren et ses compagnons, interdit.

 

− Je ne sais pas pourquoi je vous dis ça… Peut-être parce que vous avez eu pitié de moi… ? Je pense que nous autres elfes noirs avons quitté la vraie voie, et qu’il faudra qu’on nous y ramène un jour… En réalité, j’ai toujours rêvé de… partir d’ici, et chercher ceux qui pensent comme moi, en restant dans l’ombre.

 

Il tendit vers lui une main fine que Daren saisit à son tour.

 

− Merci, et adieu. Et ne t’inquiète pas Veldrin, je ne trahirai pas notre secret.

− Tu pourrais venir avec nous ?, intervint alors Imoen.

− Venir avec vous ?, répéta-t-il, incrédule. Pour aller où ? À Ched Nasad ?

 

Ses yeux se plissèrent légèrement alors qu’il la dévisageait.

 

− Non… Je sens bien que ce n’est pas ce que tu veux dire… En fait… En fait… tu n’es pas de là-bas, hein ?

 

Daren sentit son cœur s’accélérer. L’illusion du dragon allait-elle se dissiper si Solaufein perçait à jour leur secret ? Un sentiment de panique s’empara de lui.

 

− Tu n’es pas un drow, c’est bien ça ?, lança-t-il soudainement.

 

Sa respiration s’arrêta. Daren leva lentement une main dans son champ de vision, mais elle avait conservé sa couleur sombre propre au peuple des elfes noirs.

 

− J’aurai dû m’en douter plus tôt… Qui es-tu, Veldrin ? Pourquoi ce déguisement ?

 

Sans se retourner vers ses compagnons, Daren prit une profonde inspiration et répondit à l’elfe noir.

 

− Je… je suis un humain de la surface. Moi, et tous mes compagnons ici présents. J’ai été envoyé ici pour retrouver les œufs du dragon d’argent qui ont été volés.

 

De longues secondes de silence suivirent sa révélation. Le visage de Solaufein ne trahit aucune expression, et ses yeux fixèrent intensément ceux de Daren.

 

− Je sais quelque chose là-dessus, finit-il par répondre.

 

Il se rassit dans le siège qu’il venait de quitter et invita les autres à en faire autant. Daren poussa un soupir de soulagement et s’installa aux côtés du soldat.

 

− Les Mères Matrones affirment que le grand dragon d’argent qui garde les accès du temple des elfes de la surface ne nous gênera plus.

 

Il se massa le menton d’un air pensif, et sans y penser déposa son livre sur la table à côté de lui.

 

− En fait, c’est Mère Ardulace qui l’a annoncé, et je pense que c’est elle qui détient les œufs… Mais j’ignore où ils peuvent être.

 

Solaufein souffla lentement par le nez en secouant la tête, un sourire sur le visage.

 

− Un humain de la surface, hein ?

 

Imoen lui rendit un sourire complice en haussant les épaules.

 

− Cela explique bien des choses, y compris ta pitié. Aucun elfe noir ne se serait comporté ainsi, j’en ai peur… Mais ne vous inquiétez pas, je ne trahirai pas votre secret.

 

D’un geste machinal, Solaufein caressa la couverture de son livre et cligna rapidement des yeux en regardant dans le vague.

 

− Je ne peux pas rester à Ust Nasha sans nous mettre tous en danger. Et… comme vous venez de la surface, je vais vous révéler quelque chose que je n’ai jamais dit à quiconque.

 

Il se retourna nerveusement, vérifiant que personne d’autre n’était entré depuis le début de leur entretien, et continua à voix basse.

 

− Je ne porte pas la Reine Araignée dans mon cœur.

 

Il frissonna presque à sa propre révélation. Renier la déesse Lolth était chose rare chez les elfes noirs, et peu de ceux qui s’y étaient risqués étaient encore en vie.

 

− Je vénère la Dame aux Cheveux d’Argent, Eilistraée, et comme elle, je crois que mon peuple a quitté la vraie voie.

 

Solaufein ouvrit tout à coup son livre, dévoilant une esquisse représentant sa déesse.

 

− Merci Veldrin… d’avoir eu pitié. Je ne peux hélas pas vous accompagner, mais peut-être un jour irais-je à la surface pour voir la lune de mon Eilistraée…

 

Solaufein se leva et salua Daren et ses compagnons d’un geste.

 

− C’est nous qui te remercions, Solaufein, répondit Jaheira. Je pense que tu as fait le bon choix, et je te souhaite de réussir à accomplir ton rêve.

− Bonne chance !, lança Aerie d’une voix timide.

− Adieu mes amis, et qu’Eilistraée vous garde.

 

L’elfe noir entama une série de signes magiques, et disparut soudainement dans une lumière dorée.

 

− Bien… Nous avons ce que nous étions venu chercher, conclut Jaheira.

 

Daren repensa aux paroles de Solaufein. Il n’existait que peu d’elfes noirs qui osaient défier la terrible Reine Araignée et ses prêtresses, et tous étaient contraints de s’exiler vivre hors de l’Ombreterre, subissant violences et préjugés, souvent fondés, des peuples de la surface. Il plia la cape sur son bras et acquiesça lentement en réponse à Jaheira.

 

− Allons rendre ça à Phaere, dit-il finalement. Et… venez avec moi cette fois, je n’ai aucune envie de me retrouver en tête à tête avec elle de nouveau.

 

Ils quittèrent la Société des Combattants à présent totalement déserte, et se dirigèrent vers leur rendez-vous. Daren avait caché la cape de Solaufein sous la sienne, prenant garde à ce que personne ne le surprît avec un tel trophée dans les bras. Une pensée l’obséda durant tout le trajet : et si le soldat s’était joué d’eux, et comptait les trahir pour regagner la confiance de la Vestale ? Il lui avait pourtant paru sincère, mais le destin l’avait plusieurs fois confronté à ce genre d’épreuve, et plusieurs fois puni pour sa naïveté. Ses compagnons semblaient cependant lui faire davantage confiance et il préféra garder ses soupçons pour lui-même. Une demi-heure plus tard, ils étaient de retour devant la Société des Combattantes, dont s’échappait cette fois par les portes une agitation plus commune pour ce lieu.

 

Daren ouvrit timidement les portes du bâtiment et avança sa tête par l’ouverture. Quatre elfes noires s’occupaient de leurs armes et armures, et alors qu’il entrait sans un bruit, l’une d’elle lui décocha d’un regard mauvais.

 

− Hé, mâle ! Qu’est-ce que tu fais ici ?

 

Jaheira, Imoen, Minsc et Aerie entrèrent au même moment, et les quatre drows se levèrent à leur arrivée.

 

− Qu’est-ce qui se passe ici ? Qui êtes-vous ?, tonna une autre qui venait de saisir son arbalète.

− Je…, bredouilla Daren. Nous sommes venus voir Phaere et…

− Bien sûr !, railla la première. Et moi, je suis une Mère Matrone !

 

Les trois autres éclatèrent d’un rire sonore. Au même moment, du haut de l’escalier, une voix féminine familière fit aussitôt taire leurs sarcasmes.

 

− Ah, ce cher Veldrin ! Monte je t’en prie…

 

Les quatre combattantes écarquillèrent les yeux d’un air stupéfait. En haut des marches, Phaere, dans la même tenue décolletée de soie bleue sombre que lors de leur précédente entrevue, venait de prononcer ces paroles. Elles bégayèrent un semblant de formule de politesse à leur supérieure qui les ignora, et s’éclipsèrent rapidement en emportant leurs affaires par le couloir au fond du grand hall. Daren inspira une longue bouffée d’air, et monta les premières marches en faisant signe à ses compagnons de le suivre.

 

Seul, coupa la Vestale d’un ton dur.

 

Daren sentit son cœur se serrer, et baissa la tête, sachant qu’il était de toute façon inutile de protester. Sans doute amusée de sa réaction, elle le dévisagea d’un regard provocateur en jouant délicatement de son pouce avec la bretelle de sa robe. Sans se retourner, il entendit les portes se refermer derrière lui. Il était maintenant seul. Daren déplia la cape de Solaufein, et l’ajusta sur son bras.

 

− Ah, mon cher Veldrin, déclara Phaere avec un sourire, tu as un magnifique piwafwi !

 

Elle éclata de rire, et ouvrit la chambre dans laquelle elle l’avait reçu quelques heures plus tôt. Daren lui tendit son trophée, et elle le saisit délicatement en le caressant du revers de son autre main.

 

− Il est… mort ? N’est ce pas ?, demanda-t-elle avidement une fois la porte refermée.

 

Daren sentit son cœur s’emballer. Même en espérant qu’elle n’eût envoyé personne espionner la mission qu’elle leur avait confiée, il allait devoir mentir de manière la plus convaincante.

 

− Oui…, répondit-elle avant même qu’il ne pût ouvrir la bouche. Solaufein est mort…

 

Elle caressa une nouvelle fois la toile de la cape, et la porta à ses narines pour en humer longuement le parfum.

 

− L’amour est stupide, conclut-elle soudainement en jetant la cape de manière désinvolte sur une chaise. Tu as bien agi, Veldrin. Tes services t’ont acquis une place d’honneur dans cette Maison. Et naturellement, cela ne s’arrêtera pas là…

 

Phaere porta sa main à l’une des bretelles de sa robe qu’elle descendit sensuellement.

 

− Tu es plein de ressources, Veldrin. Fort, puissant… Digne de ma couche…

 

Daren déglutit douloureusement. Depuis qu’il était entré dans la pièce, il n’avait pas encore bougé. Mais le spectacle qui s’offrait à lui le paralysait totalement.

 

− Tu vas rester ici quelques temps, reprit la Vestale qui avait entreprit de détacher ses cheveux, pour me donner du plaisir…

 

Daren était à la fois fasciné et horrifié. Phaere était une elfe superbe, personne ne pouvait le nier, mais il se sentait en cet instant comme un insecte pris au piège dans une toile un peu trop dorée. La drow porta ses longs cheveux devant ses épaules, les laissant recouvrir sa poitrine, et détacha la deuxième lanière de soie de sa robe qui glissa aussitôt le long de son buste d’ébène.

 

− A-Attendez !, bégaya-t-il.

 

La Vestale s’arrêta, et le fixa dans les yeux sans un mot. Une chaleur inexpliquée venait d’envahir la pièce, et Daren se sentit particulièrement à l’étroit. Il aurait voulu être loin, très loin, à l’autre bout de Féérune si cela avait été possible. Au prix d’un effort considérable, il parvint à détacher ses yeux du corps sculptural de l’elfe noire, et bredouilla la première excuse qui lui passa par l’esprit.

 

− Je… je suis désolé, Phaere… Je ne peux pas…

 

Elle écarquilla ses yeux, dans une expression mêlée de surprise et de contrariété.

 

− Qu’est-ce que tu racontes encore ?, répliqua-t-elle en fronçant les sourcils. Comment ça, « tu ne peux pas » ?

− Je ne peux pas…, répéta Daren lentement, car je… je me réserve pour quelqu’un d’autre.

 

C’était en quelque sorte la vérité, et surtout la première excuse qu’il réussît à trouver dans son état. Phaere se redressa soudainement, et le haut de sa robe se détacha totalement en retombant  doucement contre ses cuisses.

 

− Qui ?, s’écria-t-elle, furieuse. Qui oses-tu faire passer avant moi ? Donne-moi son nom, que je la fasse pendre par des crochets !

 

Daren fit un pas en arrière, réalisant sa maladresse. Le ton abrupt de Phaere l’avait brusquement ramené à la réalité, et il préféra inventer une nouvelle excuse plutôt que de prendre le risque de la laisser remonter jusqu’à Aerie, et qu’elle ne la fît exécuter. Elle, sa sœur, Jaheira, ou encore les trois à la fois.

 

− Non, non, ce n’est pas ça ! Je…

− Quel est le problème, Veldrin ?, tonna la Vestale. Tu as intérêt à avoir une bonne excuse ! Je te rappelle que tu n’es pas en position d’exiger quoi que ce soit, ici !

− Je… J’ai fait vœu de chasteté à Lolth, et… je suis désolé, ce n’est vraiment pas possible…

 

Elle laissa échapper un juron et souffla nerveusement par le nez.

 

− Il faudra trouver une solution à ce problème !, trancha-t-elle en s’asseyant sur le lit.

 

Daren n’osait toujours pas bouger, attendant son consentement pour sortir.

 

− Demain, tu seras reçu, toi et tes suivants, par Mère Ardulace. Je viendrais te chercher à l’auberge. Sors maintenant, et laisse-moi.

 

Daren poussa un léger soupir de soulagement, s’inclina, et ouvrit discrètement la porte de la chambre. Au même moment, Phaere avait sorti sa fiole de son armoire et la portait à ses narines. Elle s’allongea sur le dos, le corps toujours à moitié dénudé et les paupières agitées de convulsions.

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