Multiples trahisons

− Tu as tout ce qu’il faut ?, lui chuchota Imoen avant qu’ils n’entrassent dans le temple de Lolth.

 

Daren plongea une main dans sa poche, caressa doucement le flacon rugueux de son index, et acquiesça discrètement. Il tourna à droite en entrant dans le grand hall du temple et s’inclina devant les deux gardes qui bloquaient l’accès.

 

− Je dois avoir une entrevue avec une Mère Matrone de toute urgence.

 

La sentinelle le dévisagea un instant avant d’éclater de rire.

 

− Trouve autre chose pour passer, ça ne prendra pas avec moi !

− Mais…

− Allez, inutile d’insister davantage, et retourne t’amuser ailleurs !

 

Une voix féminine familière s’éleva derrière eux, froide et autoritaire.

 

− Ah, Veldrin, c’est bien toi que j’ai aperçu tout à l’heure. Es-tu déjà revenu, ou plutôt n’es-tu pas encore parti ?

 

Phaere, vêtue de son armure d’adamantine, le toisait du regard, les bras croisés.

 

− En fait, je revenais porter mon présent à la Mère Matrone.

 

La Vestale ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, les yeux écarquillés.

 

− Tu… tu as vraiment réussi ?

 

Daren hocha la tête en guide de réponse.

 

− Gardes !, tonna Phaere. Écartez-vous immédiatement !

 

Les deux sentinelles bredouillèrent quelques mots d’excuses et s’inclinèrent à leur passage. Phaere les conduisit dans le salon en haut des marches, et partit chercher la Mère Matrone.

 

− Reste ici, je reviens rapidement. J’espère pour toi que tu ne bluffes pas, Veldrin…

 

Phaere monta les marches vers les étages supérieurs et referma la porte derrière elle.

 

− Si nous avons accès à cette partie du bâtiment, chuchota Imoen, nous aurons peut-être une chance de retrouver les œufs.

 

De nouveaux pas retentirent au dessus d’eux. Deux personnes s’approchaient de la porte qui s’ouvrit soudainement.

 

− Tu es déjà de retour ?, s’étonna la prêtresse. J’espère pour toi que tu ne m’as pas dérangée pour rien…

 

Sans un mot, Daren sortit la fiole de sa poche et la lui tendit. D’un geste dédaigneux, elle saisit le récipient d’une main, et entama une incantation de l’autre. Une lumière grisée enveloppa le flacon, qui se mit soudainement à crépiter d’étincelles orangées.

 

− Ah…, soupira-t-elle. La Reine Araignée nous sourit. Notre champion nous a apporté ce dont nous avions besoin, ma fille !

− Lolth soit louée !, s’exclama Phaere. Le rituel peut enfin commencer, et la Maison Despana gouvernera bientôt Ust Nasha !

− Nous devons rester sur nos gardes, ma fille, ajouta la Matrone. Le rituel ne doit pas être perturbé.

 

Daren regrettait presque d’avoir accompli sa quête, et ce « rituel » dont elles parlaient ne laissait présager rien de bon.

 

− Vous allez fermer la cité, Mère ?

− Oui. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être dérangés de l’extérieur. L’argenté pourrait attaquer de désespoir…

 

Elle enveloppa précautionneusement le flacon dans un tissu et le glissa dans sa poche.

 

− Je m’occupe des préparatifs, conclut-elle. Ce jour sera un jour de gloire…

 

Elle ouvrit les deux battants de la porte par laquelle ils étaient entrés et se tourna une dernière fois vers Daren. Qu’avait-elle sous-entendu en parlant de « l’argenté » ? Faisait-elle référence à Adalon ? Si ce rituel avait un rapport avec les œufs du dragon d’argent, ils devaient faire au plus vite pour les récupérer.

 

− Veldrin, tu as rendu le plus grand des services à la Maison Despana. Aucun autre mâle ne sera aussi puissant que toi. Tu auras des richesses, des esclaves, et tout ce qui te fera envie. Nous verrons tout ça une fois le rituel terminé. Mais pour l’heure, il est temps que tu te reposes, champion. Tu n’as plus rien à me prouver. Tu résideras au temple le temps que tout soit terminé. Ma fille te montrera tes quartiers.

 

Daren lui répondit d’un sourire gêné, partagé entre la supposée joie que devait lui procurer une telle promotion et l’inquiétude de ce que ce nouveau statut pouvait impliquer.

 

− Tu as bien mérité ton repos, Veldrin, renchérit Phaere une fois la Matrone sortie. Viens avec moi, je vais vous montrer vos chambres.

 

Elle ouvrit une autre porte, qui donnait sur un escalier en pente assez raide. Ils franchirent plusieurs salles similaires en suivant un long couloir pour finir dans une bibliothèque aux larges proportions, dont Phaere ouvrit une à une les trois portes qui en sortaient.

 

− Ce sont vos chambres. Si tu as besoin de services, tire légèrement sur cette corde pour appeler un esclave. Mais avant de partir, je vais te demander de me suivre, Veldrin. Il faut que nous parlions d’une chose importante… en tête à tête…

 

Phaere pouffa d’un rire moqueur en découvrant le visage déconfit de Daren, et elle ajouta aussitôt.

 

− Ne te méprends pas, Veldrin. Je me souviens parfaitement de ton… « problème ». J’ai juste plusieurs éléments importants dont je voudrais te parler… seul. Et c’est un ordre.

 

Daren jeta un dernier regard désespéré à ses compagnons, mais préféra suivre la Vestale sans protester inutilement. Après tout, s’il parvenait à occuper Phaere suffisamment longtemps, peut-être ses compagnons trouveraient-ils le temps de découvrir et de voler les œufs ?

 

− Nous allons à la Société des Combattantes. Suis-moi.

 

Ils sortirent tous les deux, marchant d’un pas leste vers le cœur de la cité. Phaere s’arrêta devant les marches montant vers le bâtiment, balaya rapidement les alentours du regard et s’approcha de Daren. Elle colla presque son visage à son oreille, à tel point qu’il pouvait sentir le parfum de ses longs cheveux argentés.

 

− Ta victoire n’est pas des moindres, Veldrin. Mais… j’ai cependant un autre service à te demander.

 

Elle recula d’un pas et le dévisagea.

 

− J’ai un plan… Un plan qui va me propulser à la tête de la Maison Despana, au moment même où nous prendrons le contrôle de la ville… Un plan que tu vas réaliser pour moi.

 

Un très léger mouvement au-dessus d’eux attira l’attention de Daren ainsi que de Phaere. Elle fronça les sourcils, scrutant chaque passerelle au-dessus d’eux, sans succès.

 

− Je sais que Mère Ardulace t’a déjà promis de grandes récompenses, mais suis mes instructions, et la mienne dépassera tes rêves les plus fous…

 

Elle marque une légère pause et reprit.

 

− Refuse, et… Mais comment refuser ? Tu as tout à y gagner, Veldrin… Tout.

 

Une faible lueur dorée illumina une seconde l’un des passages supérieurs, et la réaction de Phaere fut si rapide que Daren ne put réprimer un cri. En un éclair, elle pointa un doigt en direction de la source lumineuse et une déflagration fit exploser la roche, emportant un important fragment de la passerelle de pierre. Elle resta figée quelques secondes, le bras toujours étiré vers le ciel, et se dirigea vers le bâtiment.

 

− Entrons. Ce que je dois te dire ne doit être entendu par personne d’autre que toi.

 

Daren la suivit, à contrecœur. Il jeta un dernier regard à l’extérieur, implorant le dernier espoir irrationnel que quelqu’un viendrait à son aide, ou que quelque chose se produirait. Mais en vain. Il suivit Phaere qui salua d’un geste rapide les autres combattantes de Lolth encore présente dans le hall, et ils montèrent les escaliers en direction d’une chambre isolée.

 

− Assieds-toi, Veldrin. Et écoute-moi bien. Pour réussir ce coup de maître, il nous faudra tout d’abord trahir la Mère Matrone.

 

Daren se sentit subitement très mal à l’aise. À quel point se servait-elle de lui, et à quel moment allait-elle décider de le trahir à son tour ? D’abord Solaufein, et maintenant la Mère Matrone… Sans compter qu’avec les immenses pouvoirs dont celle-ci devait disposer, il allait être particulièrement délicat de la combattre et de la vaincre sans attirer l’attention.

 

− Es-tu prêt à le faire, Veldrin ? Réfléchis bien avant de répondre…

− Je… je voudrais avoir davantage d’information avant de donner mon accord, répondit-il sans conviction.

− C’est impossible, répliqua-t-elle aussitôt. Je ne peux rien te dire sans avoir entendu une réponse positive de ta bouche.

 

Devait-il refuser ? S’ils avaient encore une chance de contrer les plans de la Mère Matrone, c’était grâce à elle. Rien ne les empêchait plus tard de la trahir à leur tour, une fois les œufs hors de danger.

 

− Très bien. Je vous écoute.

− Ah !, approuva-t-elle d’un sourire. Reconnaît que la Maison Despana mérite mieux que cette vieille harpie. Tu as entendu la Mère Matrone parler du rituel tout à l’heure, n’est-ce pas ?

 

Daren hocha de la tête.

 

− Elle va invoquer un démon. Un démon d’une grande puissance qui va nous aider à attaquer les elfes de la surface.

 

La clé du mystère était donc là. La guerre était imminente, et la cible de ces elfes noirs se trouvait être le peuple elfique de la surface.

 

− L’œil de l’Orbe Ancien que tu as récupéré est un élément essentiel du rituel. Il sert à attirer l’attention du démon, et à créer le portail qui le conduira dans notre monde. Mais cependant, cette étape seule ne suffit pas. La Maison Despana s’est procuré les œufs d’un dragon d’argent que nous affrontons depuis plusieurs siècles, et qui nous barre le passage pour remonter vers la surface. Avec ses œufs en « otage », nous avons non seulement un laissez-passer, mais qui plus est une offrande à faire au démon pour le convaincre de nous aider !

 

Tout devenait clair à présent. Et la situation était des plus critiques. Si le rituel arrivait à son terme avant qu’ils n’eussent tenté quoi que ce fût, non seulement Adalon ne récupérerait jamais ses œufs, mais ce démon dévasterait aisément les armées de la surface. Daren se demanda à quel point Irenicus était impliqué dans cette guerre et le profit qu’il pouvait en tirer, mais Phaere n’avait pas évoqué la moindre aide extérieure pour le moment.

 

− La Maison Despana ouvrira ainsi la voie vers la surface, continua-t-elle, et nous deviendrons les maîtres d’Ust Nasha. Mais… rien ne dit qu’Ardulace ne doive rester à la tête de cette Maison…

 

Elle tira une étrange clé d’une de ses poches, qu’elle tendit à Daren.

 

− Voici la clé de la salle des trésors du temple, Veldrin.

 

Elle ouvrit la penderie au fond de la pièce et, dissimulée derrière un panneau, elle en ressortit un drap blanc roulé en boule.

 

− Et voici une copie des œufs du dragon d’argent, que j’ai faite fabriquer moi-même.

 

Daren entrouvrit le tissu, pour découvrir trois œufs étincelants à peine plus gros que son poing.

 

− Ta mission est extrêmement simple, Veldrin. Va au coffre, échange les œufs, et ramène-moi les vrais. La Matrone les offrira au démon et mourra pour l’avoir trompé. C’est là que moi, Phaere, terminerai le rituel et deviendrai la nouvelle Mère Matrone de la Maison Despana !

 

Elle tourna sur elle-même en fermant les yeux, puis se rassit sur le lit. Daren contempla une nouvelle fois les répliques qu’il tenait fermement entre ses mains, imaginant déjà un plan pour s’enfuir une fois les véritables œufs en leur possession.

 

− Les gardes te poseront sans doute un problème, reprit-t-elle, mais je fais confiance en tes capacités pour déjouer leur surveillance. Tu as deux jours avant qu’Ardulace ne termine les préparatifs. Il me faut donc les œufs d’ici demain soir.

 

Daren acquiesça à nouveau et se dirigea vers la porte.

 

− Et inutile d’essayer de me berner, Veldrin, ajouta-t-elle d’un ton de défi. Ces œufs sont marqués, et moi seule sais en quoi ils diffèrent des originaux. La Mère Matrone est en plein préparatif en ce moment, et même si tu décidais finalement de te ranger de son côté, ta parole ne vaudrait rien contre la mienne. Ton seul salut est d’exaucer mon souhait, et tu deviendras ainsi le mâle le plus puissant qu’Ust Nasha n’ait jamais connu…

 

Elle éclata d’un rire sonore tandis que Daren refermait la porte derrière lui. La cité était fermée, et si Phaere avait effectivement marqué ses œufs, ni la fuite ni le mensonge ne leur serait d’une quelconque utilité.

 

Les rues grouillaient de monde à cette heure. Il était parti depuis un peu plus d’une heure maintenant, et sur la majorité des passerelles, les transports d’armes et d’armures croisaient ces énormes araignées dont l’agitation exacerbait l’appétit naturel. Daren marchait lentement, perdu dans ses pensées et serrant dans sa main droite son précieux paquet. De folles images d’Irenicus commandant aux armées de l’ombre de la cité d’Ust Nasha, ou de Bodhi mêlant ses vampires aux arachnides des drows dans un flot interminable de morts et de sang le harcelaient sans cesse. Il avait la sensation terriblement familière de ne pouvoir s’échapper d’un destin tracé d’avance, d’être le jouet d’un marionnettiste tapi dans l’ombre s’amusant à observer son pion se débattre dans des situations impossibles. Était-ce là le lieu commun d’un enfant de Bhaal ? Une autre pensée lui traversa alors l’esprit. Si lui-même, Sarevok, ainsi qu’Imoen, descendaient du Seigneur du Meurtre, était-il possible que d’autres de ses frères ou sœurs, disséminés aux quatre coins du royaume, se découvrissent une destinée aussi improbable que la sienne ? Les prophéties d’Alaundo n’étaient pour certains qu’un vulgaire recueil d’inepties dénuées de sens, mais même si les réponses apportées par le sage tenaient plus de la parabole que de véritables prédictions, il ne pouvait nier leur existence. Pas après ce qu’il avait vécu.

Une nouvelle lumière dorée attira son attention alors qu’il approchait du temple de Lolth. La rue était déserte, comme souvent aux alentours de l’imposant bâtiment. Une ombre furtive glissa le long des murs du temple et Daren tira son arme de son fourreau, aux aguets.

 

− Qui va là ?

 

L’ombre s’immobilisa contre le mur. S’il ne l’avait pas vue bouger l’instant d’avant, il aurait pu croire à un simple reflet. Mais quelqu’un l’espionnait, il en était sûr.

 

− Qui va là ?, répéta-t-il, plus fort.

 

L’ombre fit un nouveau mouvement et s’approcha finalement de lui. Daren sentit son cœur battre à tout rompre. Il n’y avait que lui dans cette rue, et s’il devait combattre, personne ne se porterait à son secours.

 

− C’est moi, Veldrin. Je suis heureux d’arriver enfin à te croiser seul.

 

Il se raidit à la voix de celui qui sortait de sa cache. Ces longs cheveux blancs attachés en queue de cheval ne pouvaient appartenir qu’à une seule personne.

 

− Solaufein !

− Nous n’avons pas beaucoup de temps ! Écoute-moi. Je me cache dans la cité depuis notre dernière rencontre, et je crois que j’ai de quoi te dédommager de ta pitié.

 

Il sortit un drap enroulé d’une sacoche qu’il portait à l’épaule.

 

− Tu m’as expliqué ta mission, reprit-il, et je crois pouvoir t’aider. J’ai suivi Phaere depuis deux jours, et je l’ai vue fabriquer des copies des œufs du dragon.

− Je les ai avec moi, compléta Daren en désignant le drap qu’il tenait toujours en main.

− Alors elle a déjà mis son plan à exécution… Ta mission est de t’emparer des vrais œufs, n’est ce pas ?

 

Daren hésita une seconde, et acquiesça silencieusement.

 

− C’est bien ce que je pensais, continua le soldat. Mais si c’est ce que tu désires, je pense avoir un moyen de la tromper.

 

Le regard de Daren s’éclaira soudainement.

 

− Que proposes-tu ?, demanda-t-il précipitamment.

− Voici une autre copie des œufs du dragon, expliqua-t-il en ouvrant le drap. Je me moque de la guerre entre les drows et leurs cousins de la surface, et je crache sur Phaere et sa Maison. J’aimerai simplement être là lorsqu’elle comprendra que quelqu’un l’a trompée…

 

Un sourire féroce se dessina sur ses lèvres alors qu’il tendait à Daren le drap jauni par l’usure.

 

− Lorsque la Maison Despana tombera, je louerai ton nom. Et maintenant, je dois te laisser Veldrin. Bonne chance.

 

Daren resta quelques secondes sans voix, tenant les répliques des œufs de dragon dans chaque main, puis remercia l’elfe noir.

 

− Solaufein…

− Oui ?

− Mon véritable nom est Daren.

 

Le soldat le fixa de son regard perçant, puis lui adressa un sourire.

 

− Bonne chance, Daren.

 

Solaufein entama quelques incantations et disparut dans le même éclair doré qui l’avait fait apparaître cinq minutes plus tôt. Daren poussa les portes du temple de Lolth, et rejoignint au pas de course ses compagnons qui l’attendaient impatiemment.

 

 

− Ah, tu es de retour.

 

Ses compagnons n’avaient pas bougé de leurs quartiers, la plupart assis à l’attendre. Seule Imoen lisait un volumineux grimoire qu’elle avait dû emprunter dans l’un des nombreux rayons qui bordaient la pièce.

 

− Nous préférions attendre que tu soies revenu pour tenter quelque chose, expliqua Jaheira. Je ne sais pas ce que dirait la prêtresse si elle nous surprenait à fureter sans que tu soies là.

− Qu’est ce qui s’est passé ?, demanda finalement Aerie. Et qu’est-ce que tu tiens dans ces draps ?

 

Daren prit une profonde inspiration et se remémora les évènements dans l’ordre dans lequel il les avait vécus.

 

− J’ai deux bonnes, et deux mauvaises nouvelles, commença-t-il.

 

Imoen ferma son livre, et tous ses compagnons portèrent leur regard vers lui dans un silence oppressant.

 

− La première bonne nouvelle, exposa-t-il en sortant la clé de Phaere de sa poche, c’est que je sais où sont les œufs, et que j’ai ce qu’il nous faut pour passer la porte derrière laquelle ils sont.

 

Le visage d’Imoen s’éclaira soudainement.

 

− Alors ils sont bien derrière cette porte étrange ?

− Qu’est-ce que nous attendons, alors ?, s’exclama Minsc.

− Et la mauvaise nouvelle ?, interrogea Jaheira.

 

Daren répondit à la question de la druide.

 

− La première mauvaise nouvelle, c’est que Phaere m’a demandé de les voler, et de les lui remettre.

− Comment ?, s’indigna Jaheira.

− Enfin, plus précisément de les échanger contre des faux, compléta Daren en levant le drap blanc devant lui, fabriqués par Phaere elle-même.

− La cité est fermée, rappela Aerie. Même si nous parvenons à nous en emparer, nous ne pourrons pas quitter Ust Nasha sans aide.

 

Jaheira commençait déjà à échafauder des plans d’évasion plus risqués et improbables les uns que les autres, mais Imoen n’avait pas encore quitté son frère des yeux.

 

− Tu as parlé d’une autre bonne nouvelle ?, lui demanda-t-elle d’un sourire.

− L’autre bonne nouvelle est que j’ai rencontré Solaufein avant d’arriver ici.

− Solaufein ?, répéta Jaheira. Il est toujours ici ?

− Oui, reprit Daren. Il a espionné Phaere depuis l’autre jour, et il m’a laissé une autre copie des œufs.

− Une autre copie ?, demanda Aerie. Pour quoi faire ?

− Phaere a marqué les siennes, reprit-il, et elle ne tombera pas dans le piège aussi simple que celui de les lui rendre.

 

Quelques secondes de silence suivirent sa dernière phrase. Ses compagnons pesaient les différents éléments qu’il venait de leur apporter.

 

− Et…, s’interrogea Imoen, Phaere t’a-t-elle dit pourquoi elle tenait à avoir ces œufs ?

 

Daren hocha de la tête lentement.

 

− Les œufs, comme l’œil du Spectateur, vont être offerts en sacrifice pour invoquer un démon qui va servir les drows à mener une guerre contre les elfes de la surface. De ce que j’ai compris, la famille de Phaere est à l’origine de cette idée, et son plan est de faire échouer sa mère pour mieux pouvoir prendre sa place…

− Mais…, balbutia Aerie, les yeux écarquillés, le rituel… a lieu… en ce moment même ? Si nous ne faisons rien, les œufs seront détruits ?

− Je suppose que c’était la deuxième mauvaise nouvelle…?, soupira Imoen.

− Alors nous n’avons pas de temps à perdre en palabres !, tonna Minsc. Bouh frétille déjà d’impatience à botter l’arrière-train de ces vilains !

− Attendez…, murmura Imoen à voix basse en posant un doigt sur ses lèvres.

 

Tous se turent aussitôt. Si quelqu’un avait espionné leur conversation, leur mort ne ferait plus aucun doute.

 

− Attendez…, répéta-t-elle à peine plus fort.

 

Imoen clignait des yeux à toute vitesse, et fixait un détail d’une tapisserie qui tombait entre deux étagères. Un sourire se dessina sur ses lèvres, et elle tourna lentement la tête vers Daren, ses yeux pétillant de malice.

 

− J’ai une idée…

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