L’ultime ascension

Des deux corps des elfes noires, il ne restait que quelques cendres. Le démon était reparti par le portail qui l’avait attiré, et celui-ci s’était maintenant refermé. Les flammes éteintes, seule une fumée grisâtre s’échappait encore des braseros. Il avait stoppé le rituel, mais n’était pas encore pour autant tiré d’affaire. Daren poussa les battants de la porte en direction de la nef, elle aussi déserte.

 

− Ah ! C’est toi ? Que s’est-il passé ?

 

Sortant de l’une des pièces latérales, Jaheira suivie de ses compagnons attendait son arrivée.

 

− Tu vas bien ?, s’enquit Aerie. Nous avons entendu des cris et des explosions d’ici, et nous nous demandions si tu étais encore en vie.

− Ardulace et Phaere sont mortes, expliqua-t-il, et le démon est retourné dans son Plan.

− Le problème est toujours le même, intervint Imoen. La cité est fermée, et nous n’avons toujours aucun moyen d’en franchir les portes.

− Les œufs sont encore intacts, rappela l’avarielle, et nous avons empêché un démon de porter main forte aux elfes noirs. Il y a tout de même un progrès.

− Un progrès totalement inutile si nous ne parvenons pas à sortir d’ici vivant !, répliqua Jaheira.

− Tout le monde est en vie, s’exclama Minsc, et nous ne sommes pas encore capturés. Donc Minsc pense que c’est une réussite !

− Minsc !, s’exclama Daren qui avait complètement oublié le rôdeur. Tu es là toi aussi ! Tout s’est bien passé de ton côté ?

− Je vous avais bien dit que…, commença Aerie.

− Attention !, s’écria Imoen. Derrière !

 

Daren eut à peine le temps de se retourner qu’un carreau d’arbalète lui frôla l’oreille.

 

− Des intrus dans le temple !, hurla la sentinelle. Alerte ! À vos…

 

Un éclair de lumière rouge ramena soudainement le silence. Deux drows armés venaient de les attaquer à vue, et avant même qu’il n’eût le temps de réfléchir à la situation, Daren dégaina son arme et rejoignit Minsc qui venait d’engager le combat. Son regard croisa celui d’Aerie qui le dévisageait d’un air horrifié en le désignant du doigt, mais le sort de mutisme l’empêchait de s’exprimer davantage. En quelques secondes, les deux sentinelles drows étaient maîtrisées, et Imoen mit fin à son sortilège d’un claquement de main.

 

− Daren !, souffla Aerie.

− Que s’est-il passé ?, demanda-t-il d’un air inquiet. Pourquoi ces deux…

 

Il s’arrêta avant d’avoir fini sa phrase. Les longs cheveux de l’avarielle retombaient sur ses épaules, mais quelque chose avait changé. Au lieu d’une couleur argentée, ils venaient de reprendre leur ton blond naturel. Daren se tourna vers le rôdeur, qui sembla soudainement plus grand. La tâche violette sur son front et son visage était bien plus nette à présent, et sa peau reprenait petit à petit une couleur pêche si traditionnellement humaine. Daren leva une main devant ses yeux, et son cœur se mit à battre douloureusement fort. L’illusion du dragon venait de disparaître.

 

− Ne paniquons pas, ne paniquons pas, murmura Imoen en expirant fortement.

− Nous ne devons pas rester ici, trancha Jaheira. Il ne nous reste qu’un seul espoir : la fuite.

− Mais…, intervint Aerie. Et si les portes sont toujours fermées ? Comment allons-nous…

− Jaheira a raison, répondit Daren. Nous devons essayer.

 

Il tira son arme de son fourreau, imité par la druide et le rôdeur. S’ils devaient mourir aujourd’hui, ils ne se rendraient pas sans combattre.

 

− Allons-y !

 

Les portes du temple de Lolth n’étaient pas gardées, et ils sortirent sans autre combat du bâtiment. Même s’ils n’avaient que peu d’espoir de pouvoir s’enfuir, ils devaient atteindre les portes de la cité le plus vite possible. À l’extérieur, l’obscurité omniprésente l’obligea à avancer à tâtons quelques secondes. En même temps que leur apparence, ils venaient de perdre la vision nocturne des elfes. Toutefois, une fois ses yeux accoutumés aux ténèbres, il devina la rue devant lui, éclairée très faiblement par quelques sources lumineuses placées sur les hauteurs.

 

− Là !, s’exclama la druide. Une patrouille !

 

Jaheira leva les deux bras devant elle, et des lianes surgirent du sol pour immobiliser les gardes elfes noirs. Derrière lui, deux globes de feu fusèrent simultanément vers leur cible, et embrasèrent les drows dans une puissante déflagration.

 

− Continuons à avancer !, s’écria la druide.

 

Minsc, Imoen et lui-même suivaient de près les deux elfes dans une course folle. La plupart des elfes noirs qu’ils croisaient n’avaient qu’à peine le temps de se retourner à leur passage. Daren sentait l’essence de Bhaal effleurer sa peau, attisée par la peur et la tension. À chaque mort sur leur route, il sentait l’Ecorcheur s’éveiller en lui, brouillant ses sens habituels et aiguisant ses réflexes. Une petite voix au fond de son esprit, la voix de sa sœur, lui susurrait qu’il n’avait qu’à se laisser aller à son pouvoir pour s’en sortir vivant. « Qu’importe une éternité de néant, lorsque tu peux détruire tout ceux qui te nuisent ». La voix reprenait ce refrain d’un ton guilleret et lancinant, l’arrachant petit à petit à la réalité.

 

Doer Usstan !

 

Daren sursauta. Une silhouette sombre apparut soudainement de l’un des pylônes qui renfermait les escaliers vers les étages supérieurs.

 

Doer Usstan ! Ghil !

 

Daren posa une main sur l’épaule de Minsc qui s’apprêtait déjà à lever son arme. Il connaissait cette voix, et n’avaient de toute façon qu’un seul allié en ce lieu hostile.

 

− Solaufein !, s’écrièrent ses compagnons d’une même voix.

− Je vais vous aider à vous enfuir, reprit l’elfe noir en langage commun. Montez par ici, et rendez vous à la passerelle Sud.

 

Tous les six montèrent les marches quatre à quatre. Sur les hauteurs, on ne croisait pas autant de monde qu’en bas, et Solaufein connaissait chaque passerelle de sa cité natale. D’ici, les quelques sources lumineuses éclairaient plus distinctement les environs, et leur avancée s’en trouva facilitée. Jonglant habilement entre les différents étages, le soldat parvint à leur faire emprunter des passages déserts en direction de leur objectif. De là où ils étaient, ils percevaient aisément l’agitation en contrebas. Leur évasion n’était pas passée inaperçue, et les soldats d’Ust Nasha étaient maintenant à leur recherche.

 

− Les portes doivent à nouveau être ouvertes, expliqua Solaufein entre deux foulées. Si vous avez tué la Mère Matrone, vous avez mis en même temps fin au sortilège qui maintenait les portes closes.

 

Un nouvel espoir venait de prendre vie. Ils couraient depuis presque une heure, et Daren pouvait apercevoir la place principale par laquelle ils étaient arrivés.

 

− Nous allons arriver sur les murailles, continua le soldat. Ensuite, il vous faudra sauter, ou escalader le mur extérieur.

− Et toi ?, demanda Imoen. Que vas-tu faire ?

 

L’elfe noir ne répondit pas, et continua sa course en direction de la passerelle Sud. Quelques minutes plus tard, ils faisaient face à une solide porte verrouillée et barrée.

 

− Derrière cette porte, vous pourrez sauter hors de la cité. J’occuperai les gardes autant que possible, le temps de couvrir votre descente.

− Poussez-vous !, intervint Jaheira, dont les mains commençaient à luire d’une lumière verte.

 

La porte de bois se déforma dans un craquement inquiétant. Les planches clouées en travers se tordirent en faisant sauter le métal qui les y fixait. Plusieurs fissures se dessinèrent verticalement, et malgré l’étonnante épaisseur de l’obstacle, elle sembla fondre aussi aisément que du beurre au soleil. Minsc enfonça ce qui en restait d’un violent coup de pied, et la porte s’ouvrit avec fracas sur le chemin de ronde.

Devant eux, une demi douzaine d’elfes noirs médusés regardèrent impuissants les évadés franchir le passage auparavant clos. Avant qu’ils n’eussent le temps de réagir, Solaufein s’avança et décapita le premier de ses deux lames simultanément.

 

− Sautez ! Maintenant !

 

Daren pencha la tête au dessus des créneaux de pierre. Plus de cinq mètres le séparaient du sol, et s’il devait sauter de cette hauteur, il serait au mieux sérieusement blessé en arrivant en bas. Un bruit sourd attira son attention et tout à coup, de nombreuses branches solidement attachées à la paroi apparurent devant lui.

 

Jaheira, suivie de Minsc, agrippèrent les prises qui dépassaient de la muraille et entamèrent la descente. Daren jeta un dernier regard à l’elfe noir qui se battait contre quatre adversaires, tandis que de nouveaux renforts venaient leur prêter main forte. À ses côtés, Aerie et Imoen hésitaient elles aussi, partagées entre une fuite salvatrice et porter secours à celui qui allait se sacrifier pour eux.

 

− Solaufein !, s’écria soudainement Imoen. Attention, derrière toi !

 

Submergé par le nombre, l’elfe noir venait d’être débordé par l’arrière et le garde menaçait de le blesser mortellement. Sans hésiter, Daren tira son épée et le transperça avant qu’il n’eût le temps de porter son coup. Au même moment, Solaufein fit un bond prodigieux en arrière et déploya un bouclier étincelant entre eux et leurs adversaires. Aussitôt, il entama de nouvelles incantations, et Daren sentit un bras le tirer en arrière. Sa sœur venait de le faire tomber à la renverse du haut de la muraille de la cité d’Ust Nasha. La dernière chose qu’il eut le temps de voir avant de fermer les yeux fut la silhouette de l’avarielle au-dessus de lui.

 

De trop nombreuses secondes s’étaient écoulées sans heurt pour qu’il ne se fût pas passé quelque chose. Daren sentait toujours le bras d’Imoen le serrant fermement contre elle, mais ils n’avaient pas encore touché le sol. Au moment de rouvrir les yeux, il sentit ses pieds se poser sur la roche avec douceur. Au-dessus de lui, l’avarielle glissait sur les airs elle aussi, tombant aussi lentement qu’une plume portée par le vent. Au même moment, derrière eux, Solaufein apparût dans un éclat de lumière dorée.

 

− Ne restons pas ici. Ils vont envoyer une patrouille à nos trousses. Je vais nous conduire à l’abri, suivez-moi !

 

Solaufein les guida au pas de course sur la lande désolée de l’Ombreterre, jusqu’à une caverne isolée.

 

− Nous sommes hors de danger maintenant, expliqua-t-il, le souffle court.

 

Ils venaient de courir pendant près d’une heure, et Daren peinait lui aussi à retrouver son souffle. Aerie s’effondra dans les bras de Minsc, le visage rougit et des larmes de douleur se mêlant à la sueur perlant de ses tempes. De longues minutes s’écoulèrent ainsi sans autre bruit que les habituels échos lointains des Tréfonds Obscurs.

 

− Merci, Solaufein.

 

Daren s’avança vers l’elfe noir et lui tendit une main chaleureuse. Minsc posa à son tour la sienne sur l’épaule du soldat.

 

− Tu t’es bien battu, elfe noir. Même si Bouh est méfiant envers ceux de ta race, il sait aussi reconnaître le courage lorsqu’il le voit !

 

Solaufein serra longuement la main de Daren, les yeux perdus dans le vague.

 

− Je suis heureux de t’avoir rencontré, Daren.

 

Il marqua une pause et s’assit.

 

− Tu sais, j’avais prévu de rester à Ust Nasha et de chercher les drows qui partageaient mon point de vue. Les tensions étaient déjà grandes avant ton arrivée… Cette guerre contre les elfes de la surface a excité la soif de sang de bon nombre d’entre nous. Cette homme, Irenicus je crois, nous avait promis une victoire facile, mais maintenant que…

Irenicus ?, le coupa Imoen. Tu as bien dit « Irenicus » ?

 

Leurs soupçons étaient donc fondés. Le sorcier, et sans aucun doute sa sœur, étaient à l’origine de la guerre contre les elfes de la surface.

 

− Oui, il me semble, répondit Solaufein quelque peu interloqué. Vous le connaissez ?

− Ce n’est rien de le dire, intervint Jaheira. Cette ordure a tué mon mari, la protégée de Minsc, et a volé les âmes d’Imoen et de Daren.

 

Solaufein baissa les yeux avant de reprendre timidement la parole.

 

− Je… je ne connais rien des civilisations de la surface, commença-t-il, et… j’avais pensé… que je pourrais vous accompagner quelques temps ?

 

Personne ne répondit. Il venait de leur sauver la vie au péril de la sienne, et sans son aide, ils seraient sans doute aux mains des elfes noirs à subir mille tortures. Daren ne voyait aucun inconvénient à ce qu’il les accompagnât, mais il pouvait sentir sans même le voir Jaheira le défier de son regard noir.

 

− Les drows ne sont pas l’espèce la plus appréciée de la surface, répondit la druide d’un ton froid. Même parmi les peuples les plus tolérants, vous restez des brutes sanguinaires dénuées de toute pitié, qui ne pensent qu’à se battre et à tuer. Si tu nous accompagnes, tu nous mettras tous en danger, tu en es conscient ?

 

Le silence se fit à nouveau. Daren savait que son aînée avait une nouvelle fois raison, mais il ne pouvait se résoudre à exclure leur nouveau compagnon aussi radicalement.

 

− Je peux comprendre ça, je pense, répondit-il finalement. Vous avez sans doute raison de vous méfier des nôtres…

− Toutefois…, ajouta la druide, tu nous as aussi sauvé la vie, et nous avons une dette envers toi. Si telle est ta volonté, et si mes compagnons n’y voient pas d’objection, tu pourras nous accompagner à la surface.

− Mon peuple s’est égaré de sa voie, répondit Solaufein, et je me demande simplement quelle est la mienne, maintenant que j’ai renié les miens. Lorsque j’aurai répondu à cette question, je n’aurai plus besoin de… guide.

 

Daren présenta ses nouveaux compagnons à l’elfe noir, qui semblait à la fois radieux mais aussi quelque peu intimidé.

 

− Nous devons retrouver Adalon, rappela Aerie, et lui apporter ses œufs.

− Vous voulez parler du dragon argenté ?, interrogea Solaufein.

 

Elle acquiesça.

 

− Il nous a promis de nous faire sortir d’ici une fois ses œufs retrouvés, compléta Imoen.

− Je peux vous conduire près de son antre, répondit-il, mais il ne serait pas très prudent que je vous y accompagne.

− En effet, admit Jaheira. Que proposes-tu ?

− Je connais ces ruines qu’il protège, expliqua-t-il. Elles sont l’un des passages qui mènent vers la surface, et c’est par ici que les miens ont commencé leur combat contre les elfes. Si le dragon doit vous y conduire, je peux vous retrouver là-bas.

 

Quelques minutes plus tard, ils approchaient de l’antre majestueux d’Adalon, et l’elfe noir les salua avant de disparaître dans les ténèbres de l’Ombreterre en direction de leur point de rendez-vous. Ils descendirent à nouveau les hautes marches qui s’enfonçaient au cœur de son repaire. Fièrement dressée sur ses pattes arrière, Adalon attendait leur venue.

 

− Soyez les bienvenus, mortels, gronda la puissante voix du dragon. Quelles nouvelles apportez-vous ?

 

Imoen sortit le drap contenant les œufs d’argent et le déplia devant elle. Adalon poussa un long soupir de soulagement, si puissant qu’il en souleva leurs cheveux.

 

− Je suis heureuse de votre succès, s’exclama-t-elle.

 

Elle approcha l’une de ses immenses ailes d’argent, l’incurvant pour former un gigantesque réceptacle. Imoen déposa délicatement les trois œufs sur l’aile de leur mère et celle-ci les déposa en hauteur, dans ce qui devait être un nid de pierre.

 

− Je n’ai qu’une parole, reprit le dragon, et je vais vous conduire hors de l’Ombreterre, sur les traces de vos ennemis.

− Qu’allez-vous faire concernant la guerre contre les elfes de la surface ?, osa demander Daren.

− Maintenant que mes œufs sont à l’abri, je vais châtier ces imprudents comme il se doit !, répondit-elle dans un rugissement. Les elfes s’occuperont de ceux qui auront franchis les limites de mon territoire. Mais avant de continuer, je dois me rendre plus… présentable.

 

La terre se mit à trembler. Le corps tout entier du dragon se transforma en glace, et tout aussi soudainement, se fendit de toutes parts et explosa en une pluie de cristal. Sous cette ondée d’argent, une jeune elfe aux traits fins et à la chevelure immaculée prononçait une incantation. Le dragon de plusieurs mètres de haut venait de se métamorphoser sous leurs yeux.

 

− Je vais vous reconduire à la surface, mortels.

 

Avant même qu’ils ne pussent répondre, Adalon termina le sortilège et un halo de lumière dorée les aveugla. Daren sentit ses pieds décoller du sol et une force irrésistible l’attirer vers l’avant. Tout autour de lui disparut en un instant, et la voix cristalline du dragon le ramena à la réalité.

 

− Vous êtes proche de la lumière. Franchissez les portes du sanctuaire et partez, maintenant. Nous ne nous reverrons plus. Adieu, mortels.

 

Devant eux, un portail cerclé de runes donnait sur les premières marches d’un escalier. Adalon reprit sa forme draconique, et s’éleva dans les airs d’un simple battement d’aile.

 

− Montons, proposa Jaheira. Je sens que la surface n’est plus très loin.

 

Daren jeta un dernier regard à l’Ombreterre, espérant la quitter pour la dernière fois, et franchit avec ses compagnons les portes du temple. Un espoir neuf et tenace venait de balayer en quelques secondes les blessures et la fatigue accumulées ces derniers jours, et tous les cinq auraient couru jusqu’à l’épuisement pour respirer à nouveau l’air pur du monde d’en haut. L’escalier montait sur plusieurs mètres, tournant sans relâche sur lui-même. À chaque enjambée, Daren pouvait presque entendre le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles dans les arbres résonner dans son esprit. Personne n’avait pris la parole durant leur ascension, mais un sourire impatient se lisait sur chaque visage.

 

Après plus d’un quart d’heure de montée effrénée, les marches s’arrêtèrent dans la partie basse d’un bâtiment. Les symboles gravés à même le sol dallé et les décorations des colonnes laissaient présager une architecture elfique.

 

− Daren ! Par ici !

 

Solaufein venait de les rejoindre, mais la préoccupation se lisait sur son visage. Au-dessus d’eux résonnaient les bruits étouffés d’une bataille.

 

− Que se passe-t-il là haut ?, demanda Daren.

− C’est ici que se déroule l’assaut, expliqua-t-il. Je vais vous aider à franchir les lignes drows, mais je vous retrouverai plus tard, à la surface. Suivez-moi.

 

Le soldat leur désigna un nouvel escalier et s’engouffra sous l’arcade de pierre. Le bruit des combats se faisait de plus en plus proche à mesure qu’ils progressaient, et Daren pouvait maintenant entendre des voix qu’il ne comprenait pas. Quelques marches plus haut, ils arrivaient dans une nouvelle tombe.

 

Solaufein jabbuk ?, s’éleva une voix dans l’obscurité.

A’dos quarth !, renchérit un autre.

 

Solaufein dégaina ses deux lames simultanément et se dirigea vers les deux elfes noirs.

 

Lil waela lueth waela ragar brorna lueth wund nind, kyorlin elghinn !, s’exclama-t-il.

 

Et avant qu’ils ne pussent donner l’alerte, il les blessa mortellement de ses armes acérées. En une fraction de seconde, les deux drows s’effondrèrent au sol.

 

− Je ne peux pas vous accompagner plus haut, dit-il en retournant. Les elfes me tueraient à vue. Vous n’êtes plus très loin de la surface, je vous retrouverai hors des fortifications elfiques.

 

Solaufein forma quelques signes magiques et disparut dans une lumière jaune vif.

 

− Dépêchons-nous !, conclut Jaheira. Nous ne devons plus être très loin.

 

Ils continuèrent à monter de nouvelles marches vers la surface. Les bruits de bataille se firent plus présents et deux étages plus haut, une dizaine de drows faisaient face à trois elfes en armure verte étincelante.

 

− Lolth tlu malla ! Jal ultrinnan zhah xundus !

− Bouh en a plus qu’assez de ces elfes maléfiques !, tonna le rôdeur. Minsc et Bouh se dressent ici pour la justice !

 

Les dix combattants de l’ombre se retournèrent en même temps, surpris par le colosse qui commençait déjà à charger.

 

− Au large, infamie !, hurla-t-il en brandissant son épée. Place aux héros !

 

Daren et Jaheira sortirent leurs armes à leur tour et coururent porter main forte au rôdeur. Imoen dégaina une arbalète et arma un carreau qu’elle tira en un éclair. Stupéfaits par la vélocité de l’assaut, les elfes noirs tombèrent aisément sous leurs coups conjugués. De l’autre côté, pris en tenaille par les elfes, leur nombre diminuait vite. En à peine une minute d’affrontement, Daren et ses compagnons avaient vaincus leurs adversaires.

 

− Qui êtes-vous ?, leur lança l’un des elfes. Vous ne ressemblez pas à ces créatures des ténèbres !

− Nous sommes vos alliés, répondit Daren en levant ses deux mains.

− Vous devez vous présentez à Elhan immédiatement, ajouta un autre soldat. Suivez-nous jusqu’au campement !

− Nous sommes du même côté, renchérit Jaheira.

− Aucun allié ne remonte des Tréfonds Obscurs, reprit le premier d’un ton dur. Vous devez rencontrer notre commandant sans attendre !

− Déposez vos armes et suivez-nous, conclut le troisième.

− Mais nous vous avons défendu contre les elfes noirs !, s’exclama Daren. Vous pouvez nous faire confiance !

 

Le soldat le dévisagea longuement. Au-dessus d’eux, d’autres bruits de combat mirent fin à la conversation.

 

− Nous n’avons pas le temps de bavarder, reprit un autre. Suivez-nous, et dépêchez-vous !

 

Celui qui semblait être le chef de cette escouade escalada rapidement les quelques marches qui les séparaient des étages supérieurs, et les deux autres fermèrent la marche derrière eux. L’attitude de ces elfes était si froide que Daren jeta un rapide coup d’œil à sa main, vérifiant ainsi que l’illusion du dragon d’argent s’était effectivement dissipée. Dans les pièces au-dessus d’eux, ils pouvaient apercevoir les lueurs colorées des éclats de magie fusant dans les corridors obscurs alentours. Toutefois, le soldat les conduisit en lieu sûr.

− Nous sommes arrivés. Suivez-moi.

 

La lumière orangée du soleil couchant perçait à travers les interstices de la pierre usée qui les séparait encore de l’extérieur. L’elfe poussa les deux battants de bois, et Daren dut poser une main sur ses yeux, aveuglé par la lumière crue. Une chaleur apaisante l’envahit alors qu’il posait un pied sur l’herbe verdoyante, et une bourrasque de vent salé emplit ses sens depuis trop longtemps emprisonnés sous terre.

 

Ils étaient de retour à la surface, et en vie.

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