La fugue

Le chant d’un oiseau tira Daren de son sommeil. La pluie avait cessé, sans doute depuis plusieurs heures, et seules quelques gouttes perlant encore des branches au-dessus d’eux clapotaient au sol en une mélodie chantante. Une pâle lumière rougeâtre éclairait la toile de la tente qu’il partageait avec Minsc, et l’odeur de terre mouillée emplissait l’air d’une douceur fraîche et neuve. Tout à coup, Daren se redressa en prenant conscience de l’heure tardive. Il devait prendre le dernier tour de garde avant le lever du soleil, relevant ainsi Jaheira, mais la lumière extérieure lui indiqua que son heure était passée depuis longtemps. Saisissant son arme, il sortit en trombe de son abri, pour trouver un vieil homme en robe étonnamment blanche penché au-dessus de l’herbe humide.

 

− Qui êtes-vous ?, s’étonna Daren. Que faites-vous ici ?

 

Il balaya rapidement les lieux du regard, mais Jaheira ne se trouvait nulle part. Le vieil homme vêtu de blanc se releva en s’appuyant sur un long bâton de marche. Son visage était en parti caché par une capuche de la même couleur, et une longue barbe tout aussi immaculée lui couvrait le cou.

 

− Bonjour mon petit !, lança-t-il à Daren d’un ton joyeux. Comment ça va ce matin ?

 

L’intonation insolite du vieil homme décontenança Daren un instant. Son sourire amusé et le ton de sa voix rappelaient à Daren un souvenir flou qu’il ne parvenait pas à fixer. Reprenant ses esprits, il réitéra sa question plus posément.

 

− Je vous ai demandé qui vous êtes, et ce que vous faîtes ici, vieil homme.

 

Malgré son grand âge apparent, son interlocuteur souriait avec la malice de la jeunesse, et il tendit à Daren un papier plié qu’il tenait dans sa main.

 

− Tu peux m’appeler Terminsel, petit. Désolé de te réveiller en sursaut, mais je passais par là, et j’ai vu cette note emportée par le vent. Je crois que c’est important, et je n’aime pas que les gens perdent ce qui est important.

 

Daren resta bouche bée, sans parvenir à répondre. « Terminsel », ce nom ne lui évoquait rien. Et pourtant, il était persuadé d’avoir déjà rencontré ce vieillard vêtu de blanc auparavant. Le vieil homme insista une nouvelle fois en agitant le parchemin devant ses mains, et Daren le saisit presque machinalement.

 

− Bien !, reprit-il d’un ton enjoué. Je vais te laisser maintenant. Bonne chance, et bon courage !

 

Il contourna Daren, qui resta immobile, le papier dans les mains. Cette situation incroyable mêlée au fait qu’il venait juste de sortir de son sommeil lui avait presque fait croire à un rêve. Allait-il se faire réveiller dans quelques instants par Jaheira et commencer son tour de garde ? Il se retourna subitement en réalisant la situation.

 

− Attendez ! Que…

 

Il laissa sa phrase en suspens, car elle ne s’adressait plus à personne : le vieil homme vêtu de blanc avait disparu. Il déplia la note qu’il serrait toujours entre ses mains et la lut.

 

« Daren,

 

Adieu. Je ne pleurerai pas sur comment les choses devraient être, ce n’est pas mon genre. J’ai pris une décision; peut-être pas idéale, mais nécessaire. Je ne peux aller nulle part avec cette ombre sur moi, et je veux m’en débarrasser. Je retourne au Cercle des Ménestrels afin d’assister à mon jugement. Je veux plaider ma cause telle que nous l’avons vécue, quelques soient leurs accusations. S’ils ne veulent pas comprendre, et bien je souffrirai ce que je dois. Galvarey n’avait pas que des alliés, et je crois que cela peut faire pencher la balance en ma faveur. Sinon, au moins tout sera dit.

 

Je ne te demande pas de me suivre. Je fais cela pour moi, et il y aurait peu, voire rien à gagner pour toi. Tu peux encore être en butte à la violence, mais peut-être que leur intérêt pour toi se calmera s’ils capturent un « traître ».

Pour le meilleur ou pour le pire, je reprends donc ma liberté. J’espère te revoir en des temps meilleurs.

 

Je t’envoie tout l’amour de la Nature et le mien.

 


Jaheira.
 »

 

 

Elle n’avait donc pas simplement disparu. Depuis leur combat contre cette Reviane, Jaheira n’avait cessé de penser à se rendre aux Ménestrels. Même si elle ne l’évoquait jamais, Daren savait qu’elle regrettait amèrement d’avoir quitté les siens, et plus encore d’être victime de cette traque injuste. Une partie de son existence s’était éteinte depuis la mort de Khalid, mais perdre coup sur coup son mari puis l’organisation à laquelle elle avait voué sa vie pesait trop, même pour les solides épaules de son aînée. Cependant, il n’était pas neutre dans cette histoire, et ces évènements s’étaient produits en partie par sa faute, ou du moins par sa nature. Il ne pouvait pas la laisser se sacrifier pour eux, et devait tenter quelque chose pour la sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouvait. Jaheira avait dû partir dans la nuit, juste avant l’aube, et elle n’avait qu’au plus quelques heures d’avance.

 

− Hmmm !, marmonna une voix pâteuse en sortant de l’une des tentes. C’est toi qui fais tout ce bruit ?

 

Imoen venait de sortir la tête hors de la tente et plissait les yeux à la lumière crue du soleil levant.

 

− Mais quelle heure est-il ?, s’étonna-t-elle soudainement. Daren ? Tu vas bien ?

 

Il se tourna vers sa sœur et la mit rapidement au courant de la situation. Le son de leur voix conjugué à l’heure plus que tardive réveilla leurs compagnons, et Daren raconta à nouveau sa rencontre incroyable avec le vieil homme ainsi que la disparition de Jaheira.

 

− Nous ne pouvons pas laisser faire une telle injustice !, s’écria le rôdeur à la fin de son explication. Bouh est l’ami de Jaheira, et il se demande pourquoi nous ne sommes pas déjà partis à son secours !

− Je suis d’accord avec Minsc, renchérit Imoen. Jaheira est peut-être rabat-joie et ronchonne au possible, mais elle a toujours été là pour nous. On ne peut pas laisser ces types lui faire la peau comme ça !

 

Même si lui-même était décidé à se rendre au cercle des Ménestrels, Daren voulait consulter ses compagnons avant de prendre une décision définitive.

 

− Et toi, Solaufein, qu’en penses-tu ?, ajouta-t-il.

 

L’elfe noir le dévisagea un instant, interloqué, puis répondit d’un haussement d’épaule.

 

− Vous connaissez votre amie depuis bien plus longtemps que moi, répondit-il. Mais si je vous ai proposé de voyager avec vous, c’est autant pour m’amender que pour vous soutenir dans des situations difficiles.

 

Le regard de Daren se porta ensuite sur Aerie. L’avarielle lui rendit son sourire, et prit discrètement sa main dans la sienne.

 

− Allons-y !, s’exclama-t-il soudainement. Rangeons tout ça, et mettons-nous en route ! Si on marche vite, nous serons en ville ce soir au plus tard.

 

Tous les cinq démontèrent leur campement et prirent la route d’Athkatla au pas de course.

 

L’air était vif et pur. L’orage de la nuit avait chassé les nuages et le ciel resplendissait d’un bleu éclatant et froid, rendant ainsi sa couleur azurée à l’océan. La température avait radicalement baissé depuis la veille, mais le rythme de leur marche suffisait à les réchauffer. En début de soirée, les portes de la cité de la monnaie étaient en vue, majestueuses, et ils s’y engouffrèrent mêlés aux marchands et colporteurs de toutes sortes en direction des docks de la ville.

 

− Jaheira ne doit pas avoir plus de quelques heures d’avance sur nous, rappela Imoen. Au pire, elle est arrivée cet après-midi.

 

Daren repensa au vieil homme vêtu de blanc qui lui avait tendu la lettre de la druide. Il était apparu sans crier gare, et avait disparu de manière encore plus invraisemblable. Il ne savait pas pourquoi, mais il lui faisait spontanément confiance, avec son sourire malicieux et son ton enjoué. Comme s’il l’avait déjà rencontré auparavant. Son esprit était cependant trop préoccupé par la situation présente, et il ne parvenait pas à rassembler ses souvenirs autour de ce « Terminsel », comme il prétendait se nommer.

 

− C’était ici, si je me souviens bien, intervint Aerie en désignant un bâtiment d’une couleur orange délavée, rongé par l’air salé de la mer.

 

Daren acquiesça, et se dirigea précautionneusement vers les portes closes du quartier des Ménestrels. Lorsqu’il y était venu la première fois, le bâtiment était gardé, contrairement à maintenant. Sans grand espoir, il tourna la poignée de la porte du hall, qui s’ouvrit sans encombre à la surprise générale.

 

− Tu es sûre que c’était bien là ?, demanda Imoen à Aerie. Ça me semble étrange que ce soit ouvert…

− J’en suis sûr moi aussi, trancha Daren. Même si ça me semble un peu facile, attendons-nous plutôt à quelque chose…

 

Ils pénétrèrent tous les cinq dans le grand hall de l’ordre Ménestrel. La décoration à la fois sobre et stupéfiante n’avait pas changé depuis sa dernière visite, et l’imposante statue de Mystra, la déesse de la magie, trônait toujours au fond de la salle parsemée de colonnes, entourée de deux escaliers en colimaçon qui montaient aux étages.

 

Sarn !, chuchota tout à coup Solaufein. Vernosh !

 

L’elfe noir ferma les yeux et forma un signe magique de ses mains. Les quatre autres restèrent figés, aux aguets, mais rien ne se produisit.

 

− Je… je sens une présence, chuchota-t-il à nouveau. Menaçante. Restons sur nos gardes.

 

Daren posa un doigt sur ses lèvres, acquiesça d’un hochement de tête, et fit signe à ses compagnons de rester dans le hall.

 

− Je vais monter voir ce qui se passe là haut, murmura-t-il. Restez ici, et prévenez-moi s’il se passe quoi que ce soit d’anormal.

 

Le silence oppressant des lieux agissait comme un lent poison sur ses nerfs. À mesure qu’il gravissait les marches, il entendait son cœur battre de plus en plus fort et de plus en plus vite. Sa main tenait fermement la garde de l’épée de Sarevok, prête à donner la mort à la moindre menace. Les escaliers débouchèrent sur une porte entrouverte d’où s’échappaient quelques crépitements. À pas de loup, Daren s’avança et passa la tête dans l’entrebâillement. Au milieu d’une pièce qui ressemblait à une bibliothèque, devant l’âtre d’une cheminée, une jeune femme aux longs cheveux châtains bouclés priait en silence.

 

− Jaheira ! C’est bien toi ?

 

Sa voix porta plus qu’il ne s’y était attendu, et la jeune femme sursauta en se retournant brusquement. Passant de la surprise à la colère, puis de la colère au soulagement, la druide accourut vers lui, des larmes coulant de ses yeux, et le serra longuement dans ses bras.

Daren resta quelques secondes immobile, interloqué. Jamais Jaheira n’avait fait preuve d’un tel étalage de sentiments, et il ressentait en cet instant précis un mélange insolite de soulagement, d’incrédulité, de mal-être et d’apaisement. Jaheira relâcha aussi soudainement son étreinte et sécha ses larmes du revers de sa main.

 

− En temps normal, je t’aurai tué pour avoir essayé de me suivre, commença-t-elle en pleurant et riant à la fois, si je n’avais pas été aussi heureuse de te revoir !

− Que se passe-t-il ici ?, demanda Daren. Pourquoi n’y a-t-il personne ?

 

La druide écarquilla les yeux, reprenant soudainement son sérieux.

 

− Quoi ? Que veux-tu dire par « plus personne » ?

− Le bâtiment est désert, la porte n’était même pas fermée.

− Alors c’était bien ce que je pensais… Dermin − tu te rappelles de lui ? − était assez surpris de me voir arriver ici seule, et il m’a dit que mon procès aurait lieu d’ici quelques jours. Il a ajouté qu’en attendant, je devais rester ici et que…

 

Elle s’arrêta, visiblement perdue dans ses réflexions.

 

− Et que ?, répéta Daren.

 

Jaheira releva son visage préoccupé vers lui, les sourcils froncés.

 

− J’espère qu’il n’est pas trop tard !, s’exclama-t-elle soudainement. Viens ! Suis-moi !

− Est-ce que tu pourrais au moins m’expl…

− Pas le temps !, le coupa-t-elle. Descendons ! Vite !

 

Sans poser davantage de questions, il suivit la druide qui dévalait les marches vers le grand hall, et faillit la heurter alors qu’elle s’arrêta net au milieu de sa descente en découvrant avec stupeur le spectacle qui les attendait au rez-de-chaussée.

 

− Dermin !, tonna la druide dont la voix se perdit en écho dans l’immensité de la pièce.

 

Encerclés par une trentaine d’hommes d’armes, l’arbalète au poing, ses compagnons s’étaient fait prendre au piège, leurs armes posées au sol et leurs mains sur la tête.

 

− Toujours l’œil aussi vif, Jaheira…, répondit Dermin d’un ton nonchalant. Mais tu choisis de plus en plus mal tes alliés. La trahison ne te suffit pas, il faut aussi que tu fréquentes un meurtrier ? J’avais une meilleure opinion de toi…

− Tais-toi !, hurla la demi-elfe. Ceci est une affaire réglée ! Ne me force pas à m’occuper de toi !

− Oh ?, ironisa Dermin. Comme tu as été « forcée » de négocier avec les Ménestrels qui sont morts ici-même ? Enfin, tu as cependant réussi à me l’amener ici, et je t’en remercie.

− Quoi ??, s’écria à nouveau Jaheira. Alors comme ça, tu as profité de ma… de mon repenti pour me faire jouer le rôle d’appât ?

− Ta naïveté est touchante, Jaheira, mais la cause des Ménestrels nécessite parfois quelques entorses aux règles de bienséances, tu le sais.

 

Daren écoutait leur échange d’un air ébahi. Cet homme qui semblait avoir été le mentor de Jaheira avait donc profité de sa faiblesse pour lui tendre un piège dans lequel il venait de sauter à pieds joints, et en y impliquant ses compagnons. Il se sentait à la fois manipulé et coupable d’avoir été aussi naïf, et de mettre ainsi en danger la vie de ceux qui lui étaient chers. S’il avait été moins impulsif, il aurait pu réfléchir à un plan plus élaboré qui lui aurait donné l’avantage. Un détail le ramena cependant à la réalité : bien que prisonnière avec ses compagnons, sa sœur le fixait droit dans les yeux avec insistance, un large sourire sur le visage, et lui décocha un clin d’œil complice.

 

− Tu sais très bien ce qui s’est passé, reprit Jaheira. Galvarey n’était pas un Ménestrel, du moins il n’en suivait pas les principes : ses actes l’ont trahis, et tous ceux qui le suivaient ! Après avoir vu le Cercle, ses relations politiques… il utilisait tout simplement le nom de « Ménestrel » pour sa promotion personnelle. Dis-moi, que t’a-t-il offert ?

 

Daren n’écoutait plus la conversation que d’une oreille, et alors qu’il observait plus attentivement la scène, un déclic se fit soudainement : Minsc, Imoen et Aerie étaient encerclés par ces hommes armés, mais il ne voyait aucune trace de Solaufein parmi eux.

 

− Tu ne sais plus ce que tu dis Jaheira, répliqua Dermin d’un ton méprisant. Ta relation avec ce… « Daren » a obscurci ton esprit.

 

À l’évocation de son nom, son attention se fixa à nouveau sur l’échange entre Jaheira et son ancien maître.

 

− Alors j’en suis fort aise !, reprit la druide, plus déterminée que jamais. Considère-moi comme une traîtresse, mais j’ai gardé l’esprit des Ménestrels. C’est toi le traître, et si tout le monde connaissait la vérité, il en serait autrement !

− Même si nous n’avons pas les détails, il est reconnu que tu as tué tes frères, et que tu fréquentes un meurtrier notoire ! Il n’existe aucune preuve contraire à ceci !

− Non, bien sûr que non…, pouffa la druide. Malgré tes embuscades, tu réussiras toujours à prétendre que tes actions étaient très nobles… Que t’est-il arrivé, Dermin ? Je ne te reconnais pas…

 

Dermin secoua lentement la tête en soufflant lentement.

 

− Cela devient lassant… Nous aurions fait du bon travail, Jaheira, mais d’un point de vue plus profitable.

− En emprisonnant des innocents sans les juger sur leurs actes, je suppose ?, s’indigna-t-elle.

− « Innocent » ? C’est ainsi que tu parles de ton « Daren » ? C’est un enfant de Bhaal, Jaheira ! Une créature issue du Meurtre et du Mensonge ! Qu’il soit innocent ou non n’importe pas !

 

Daren choisit ne pas intervenir dans cette discussion, préférant se préparer à l’inévitable bataille où ne pouvait que mener cet entretien. De là où il était, il pouvait atteindre en sautant l’un des lustres qui éclairait le hall, et en se laissant habilement tomber, se retrouver juste devant ses compagnons.

 

− Dans les innocents, il y a aussi des Ménestrels qui sont morts en croyant lutter pour la bonne cause. La cause de Galvarey. Ta cause.

− Des pertes regrettables… Mais je…

− Même les Harpistes ont déserté ce lieu, Dermin. Comment peux-tu l’expliquer si cet endroit abritait bien de véritables Ménestrels ? Tu arrives peut-être à convaincre ces hommes de ta loyauté, mais moi pas. Je crois que tu n’es plus le même depuis trop longtemps, Dermin.

 

Il ne répondit pas tout de suite. Jaheira avait reprit la main, et ses paroles justes et ciblées venaient de toucher un point sensible.

 

− Ah, ton intelligence est toujours ta plus dangereuse qualité, Jaheira. Je t’ai dit de la cultiver, mais je ne savais pas que je verrais un jour les fruits de mes leçons.

− Épargne-moi d’autres sermons, Dermin. Je ne me sens plus coupable devant toi, ni devant aucun membre de cette croisade de fous. C’est vous les traîtres, pas moi, j’en suis intimement convaincue. Je regrette juste la mort de ceux que tu as si bien réussi à manipuler…

 

Un long silence plana dans le grand hall. Le combat était proche, Daren pouvait presque en sentir le picotement sur sa peau. Son essence de Bhaal refaisait surface à l’approche de la tension palpable qui régnait.

 

− Maintenant !, s’écria soudainement Imoen.

 

Les deux magiciennes libérèrent leur magie simultanément, et elles disparurent en même temps que Minsc dans une formidable explosion de fumée. Au même moment, Daren s’agrippa au lustre et se balança jusqu’au milieu de la pièce, évitant ainsi quelques tirs d’arbalètes.

 

− Tuez-les !, hurla Dermin. Tuez-les tous !

 

Imoen, Aerie et Minsc réapparurent aussitôt, éparpillés dans le grand hall. La diversion de sa sœur avait eu pour but de récupérer leurs armes et de les sortir du joug des arbalètes pointées sur eux. Ils étaient à un contre cinq, et malgré leur entraînement, la victoire n’était pas acquise d’avance. Daren combattait trois adversaires simultanément, et devait sans cesse se repositionner derrière des colonnes pour ne pas être la cible de carreaux. Il pouvait presque sentir sa lame trembler sous l’excitation de la bataille, et elle tuait ses adversaires avec une redoutable efficacité. Un peu plus loin, Jaheira et Dermin venait d’engager un duel mêlant arme et magie, et les deux magiciennes repoussaient tant bien que mal les coups de leurs assaillants. Alors qu’il se mettait en retrait du combat pour reprendre son souffle, une puissante douleur à l’épaule lui arracha un cri, et il tomba en avant. Quatre hommes, épées au poing, s’étaient faufilés derrière lui, camouflés par les restes de fumée du sort de téléportation d’Imoen.

 

− C’est l’enfant de Bhaal !, s’écria l’un d’eux. Tuez-le !

 

Daren tenta de se relever, en vain. Il avait sans doute reçu un coup d’épée dans le dos et son épaule saignait abondamment, l’empêchant de se redresser. Un grondement familier résonna dans tout son être, et une brume écarlate auréola petit à petit le sol de marbre de la pièce. Il était à la merci de ces hommes, et sans une réaction rapide de sa part, ils allaient le mettre en pièce. L’essence de l’Ecorcheur s’insinuait en lui et déjà, il sentait sa peau s’étirer sous la pression. En se retournant vers ses agresseurs, il ne put qu’émettre un grognement rauque et terrifiant. Sans doute avait-il déjà entamé sa transformation, car leur visage déconfit trahissait maintenant la peur et la crainte. Attisé par le sang et la mort, son pouvoir grandissait de plus en plus vite. Il peinait déjà à distinguer ses alliés de ses ennemis, et une rage difficilement contrôlable l’agitait de tremblements.

 

Lil alurl velve zhah, lil velkyn uss !

 

Surgissant du néant, Solaufein exécuta un impressionnant enchaînement de ses deux sabres. En quelques secondes, deux têtes volèrent au-dessus de la mêlée et les quatre corps sans vie des mercenaires s’effondrèrent, transpercés de toutes parts.

 

− Daren, que se passe-t-il ? Tu te sens bien ?

 

Solaufein le dévisageait d’un regard inquiet, mais alors même qu’il était hors de danger, Daren ne parvenait pas à retrouver son calme. Au contraire, la vue de ces nouveaux cadavres sauvagement massacrés hâtait encore davantage le processus de mutation.

 

− Ne… reste… pas… là…, parvint-il à émettre dans un gémissement de douleur et de folie.

 

D’un effort surhumain, Daren sortit une dague de sa ceinture et la planta sauvagement dans sa cuisse. Il ne sentait déjà plus sa douleur à l’épaule, mais prendre son corps ainsi par surprise le ramena vers la réalité. Il souffrait atrocement de ses blessures, mais préférait se concentrer sur son état plutôt que de céder à nouveau au pouvoir de Bhaal. La tension maléfique se dissipa lentement, et il sombra alors dans l’inconscience, terrassé par la douleur.

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