La capture

Dehors, il faisait nuit. De là où ils étaient, ils percevaient le lointain remous des vagues accompagné de la traditionnelle odeur de varech qui recouvrait les docks à chaque marée basse. Daren avait grandi en bord de mer, et même s’il ne s’était pas absenté longtemps, il s’apercevait que l’odeur du large lui avait manqué durant leur périple souterrain en Ombreterre. Il savait qu’Imoen partageait ses souvenirs, mais à l’inverse, Solaufein semblait incommodé par les relents naturels et salés des algues mêlées à l’écume. Ils étaient seuls. En dehors des bruits de leurs propres pas qui résonnaient contre les murs, aucun autre son ne venait troubler le calme inhabituel des rues.

 

Sa sœur marchait en tête, le regard perdu dans les étoiles, étudiant sans doute l’alliance contrainte passée avec Aran Linvail. Habituellement, les docks d’Athkatla grouillaient encore de monde à cette heure-ci, regorgeant de marins, mendiants et autres prostituées à chaque angle de ruelle. Mais ce silence étonnant commençait presque à lui peser. Daren exagérait chacun de ses pas, faisant claquer le talon de ses bottes sur les pavés afin de vérifier le son qu’ils produisaient. C’était comme si un manteau opaque et invisible les avait tout à coup recouverts, étouffant tous les sons extérieurs. Un frisson lui parcourut soudainement l’échine. La température venait de baisser brusquement. Daren jeta un rapide coup d’œil à Minsc et Jaheira, marchant à sa droite, et il devina une buée naissante à chacune de leur expiration. Il avait beau faire nuit, même pour un mois de Marpenoth, l’atmosphère ne pouvait s’être rafraîchie aussi vite.

 

− Il fait froid d’un coup, non ?, demanda Imoen, le ton quelque peu inquiet. Vous ne trouvez pas ça bizarre ?

− Minsc et Bouh ont l’habitude des plaines gelées de Rashémanie, mais Bouh trouve quand même quelque chose d’étrange.

 

Un souffle glacial balaya les airs derrière lui, et Daren sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. Il se retourna aussitôt, par réflexe, et la silhouette qu’il aperçut le figea de stupeur.

 

− Vous devenez un obstacle de plus en plus infranchissable, déclara une voix féminine nonchalante, chose que je ne pourrais tolérer plus longtemps. Honnêtement, je ne sais tout simplement pas quoi faire de vous… Et surtout, je suis lasse de vous voir constamment dans mon ombre.

 

Bodhi en personne se tenait derrière eux, un sourire provocateur sur le visage. Daren sentit la colère l’envahir, tout d’abord imperceptible, puis grandissant à chaque seconde.

 

− Ce n’est pas moi qui ai fuit lors de notre dernière rencontre, Bodhi, répliqua Daren qui venait de tirer sa lame de son fourreau.

 

Ses compagnons s’étaient précipités à ses côtés, les armes à la main, mais personne n’était encore passé à l’attaque. Bodhi avait cessé de sourire, et elle reprit d’un ton menaçant.

 

− Il était simplement plus important que j’avertisse Irenicus de votre situation. Il a décidé que cela n’avait aucune importance, bien que ce soit assez intéressant…

 

Elle marqua une courte pause et passa sa langue rougeoyante sur ses lèvres. Une sensation d’angoisse rongeait Daren de l’intérieur, mais il ne parvenait pas à en déterminer la cause exacte. Comme si un évènement terrible mais invisible se préparait sous ses yeux.

 

− Quoi qu’il en soit, reprit-elle, je n’ai pas le temps de rester ici pour discuter de ce que vous ferez ou ne ferez pas. J’ai d’autres choses plus importantes dont je dois m’occuper. J’ai d’abord songé que ton heure était venue, Daren. Mais…

 

Elle termina sa phrase par un rire sonore et cristallin. Il pouvait ressentir sur sa peau l’aura maléfique qu’elle dégageait et qui attisait son essence divine. Bodhi fit quelques pas en avant, et posa son regard sur Imoen.

 

− Ma pauvre et vide Imoen…

 

Elle éclata à nouveau de rire, et reprit.

 

− Il est amusant de voir à quel point tu es attaché à ton précieux frère… Quel seuil de souffrance ton cœur pourrait-il atteindre sans se briser ? Combien de temps t’accrocherais-tu à la vie si… je le tuais sous tes yeux ?

 

Daren déglutit. Allait-elle réellement l’attaquer en pleine ville, et prendre ainsi le risque d’alerter les Voleurs de l’Ombre ?

 

− Ma principale raison de vivre est de te voir avec un pieu dans le cœur, Bodhi !, lui cracha-t-elle au visage. Et tu ne toucheras pas un cheveu de Daren tant que j’aurais encore une goutte de sang dans les veines !

− Oui oui…, répondit la vampire en hochant la tête, mais même si ta hargne m’amuse petite fille, j’ai un autre petit jeu à proposer à Daren.

 

L’angoisse menaçait de le paralyser totalement. L’élément qu’il ne parvenait pas encore à discerner s’imposa à présent à lui. Son cœur le serra à tel point qu’il s’en trouva pris de nausée. Le pouvoir de l’Écorcheur se répandait dans ses veines.

 

− Considérons par exemple la jeune Aerie…

 

Aerie. Il se retourna si vite qu’il faillit en perdre l’équilibre. Mais le regard effaré de ses compagnons lui confirma ses pires craintes : l’avarielle avait disparu.

 

− Que lui as-tu fais ?, hurla Imoen, tremblante d’émotion.

 

Daren ne parvenait pas à parler. Il devait lutter de toutes ses forces pour rester conscient. Bodhi le fixa d’un air amusé et ignora la question d’Imoen.

 

− Cette petite te dévore tellement des yeux que c’en est à la limite du pathétique… Mais… Oh, on dirait que j’ai touché un point sensible ?

 

Le décor se mit à rougeoyer soudainement. Une brume pourpre à la limite du noir s’échappa du sol et recouvrit les pavés de la rue.

 

− Oh…, reprit Bodhi d’une petite voix faussement compatissante, c’est tellement cruel pour un couple quand quelque chose arrive à l’un d’entre eux…

− QU’AS-TU FAIT D’AERIE ??, explosa enfin Daren d’une voix rauque et puissante.

 

Un sourire mauvais se dessina sur le visage de la vampire.

 

− Ta petite amie deviendra bientôt une enfant de la nuit, Daren. Continue à me suivre… et tu perdras bien plus encore que tu ne pourrais l’imaginer…

 

Et avant qu’il ne pût répondre ou passer à l’attaque, elle se volatilisa en une brume bleutée qui s’éleva dans les airs. Le temps s’était arrêté. Daren avait la sensation de basculer en arrière dans un vide infini de néant et de douleur. Les cris de souffrances de milliers d’âmes torturées résonnaient à ses oreilles, et il sentait son corps muter sous la colère. Une main se posa sur son épaule, et Daren se retourna violemment en poussant un grognement à peine humain.

 

− Calme-toi, Daren !, s’écria la voix d’Imoen. Calme-toi !

 

Jaheira retira sa main de l’épaule de Daren en un sursaut inquiet. Lui-même ne pouvait pas se voir, mais il devinait que son visage n’était plus le même. Sa sœur se plaça juste devant lui, lui parlant sans cesse afin de le ramener petit à petit à la raison. Au prix d’un effort douloureux, Daren refoula l’essence de Bhaal.

 

− Nous devons partir sauver Aerie !, s’écria Minsc à son tour. Cette démone ne touchera pas à notre sorcière tant que Minsc et Bouh seront en vie !

− Daren, Minsc, et Imoen, partez aux catacombes tout de suite, ordonna Jaheira d’une voix déterminée. Solaufein, viens avec moi, nous retournons voir Aran Linvail pour le convaincre de lancer l’assaut tout de suite.

 

La brume rouge sombre recouvrait encore sa vision, mais au moins parvenait-il à se contrôler partiellement. La perspective d’un combat à mort contre cette vampire qui venait de capturer sa bien-aimée le faisait encore frissonner, mais il devait se retenir, au moins jusqu’à leur confrontation.

 

− Daren, Minsc, allons-y, leur lança Imoen.

 

Elle se tourna vers lui, le visage inquiet, et ajouta.

 

− Tu… tu te sens bien ?

 

Daren ne put qu’émettre un nouveau grognement, moins violent que le précédent, mais il était toujours dans l’incapacité de parler. Il porta son bras dans son champ de vision, découvrant encore la trace des griffes de l’Ecorcheur qui s’agitaient encore à la place de sa main droite. Imoen le dévisagea un instant, un mélange d’empathie et de crainte dans les yeux, et s’élança en direction du cimetière de la ville.

 

Ils sillonnèrent tous les trois les rues de la ville à vive allure. Daren sentait son sang bouillir et peinait à conserver une apparence humaine, mais l’image d’Aerie lui permettait de poursuivre au-delà de sa haine. Sans doute s’élançaient-ils tête baissée dans un piège adroitement tendu par leur adversaire ? Bodhi devait avoir prévu qu’ils partiraient à la rescousse de leur amie, et il était tout à fait possible que le seul but de cet enlèvement fût justement leur venue, à lui et à Imoen. Et ils allaient s’y précipiter. Dans son état actuel, Daren ne pouvait réfléchir à une aucune stratégie. Même si ses compagnons avaient tenté de le retenir, rien n’aurait pu lui faire faire demi-tour. Il ne ressentait aucune fatigue. Il courait, aussi vite qu’il pouvait, vers la mort certaine qui l’attendait dans les sous-sols du cimetière.

 

La lune voilée derrière les nuages éclairait faiblement les tombes silencieuses. Même si l’air frais et les paroles rassurantes et continues d’Imoen avaient réussi à l’apaiser, il n’en restait pas moins à vif, l’essence de Bhaal prête à jaillir au moindre effluve de colère. Daren se rappelait plus ou moins l’entrée qu’ils avaient empruntée, de jour, lors de leur précédente incursion dans l’antre de Bodhi, et il s’y engouffra suivi de Minsc et de sa sœur. Imoen avait déployé sa magie lumineuse, leur permettant de s’éclairer dans les sous-sols sombres des cryptes abandonnées. Leurs premiers pas dans les catacombes avaient été guidés par un membre des Voleurs de l’Ombre qui les avaient conduits jusqu’eu cœur du repaire des vampires. Mais cette fois-ci, ils allaient devoir compter sur leur propre sens de l’orientation.

 

− Bouh se rappelle de l’odeur ici, et il pense que nous devrions prendre par là, indiqua Minsc d’une voix un peu trop forte en pointant un index large vers la droite.

− Je… je n’aime pas cet endroit, murmura Imoen d’un ton mal assuré.

 

Elle atténua l’intensité de la sphère de lumière qu’elle tenait entre ses mains, lui faisant prendre une nuance bleue grise, et suivit le rôdeur dont le hamster s’agitait furieusement sur les épaules. La même sensation de malaise et d’angoisse qui les avait envahis lors de leur première venue s’empara de Daren à nouveau. Minsc leur indiqua plusieurs fois le trajet dont il se souvenait, ce dont Daren était parfaitement incapable en l’état, ne parvenant pas à se concentrer sur autre chose que sa propre intégrité. L’image d’Aerie torturée et meurtrie par Bodhi ne quittait plus son esprit tourmenté, et seule la perspective d’une vengeance rapide et sanglante le poussait encore à avancer. Cependant, il avait aussi conscience qu’en laissant libre cours au pouvoir de l’Écorcheur, il risquait aussi de blesser ses compagnons. Ils erraient dans une course folle parmi les tombes anciennes, dans un labyrinthe de stèles et d’ossements, avec la sensation de plus en plus nette d’être observés et suivis. Après quelques minutes, une porte massive de métal sombre décorée de symboles menaçants leur bloquait à route. Ils étaient arrivés.

 

Daren avait finalement réussi à amoindrir sa fureur, et se tourna vers sa sœur.

 

− C’est le passage qui mène au cœur de leur repaire, lui expliqua-t-il. Et il faut un sortilège pour l’ouvrir, enfin c’est comme ça qu’Aerie s’y était prise.

 

Imoen considéra quelques instants l’imposante structure métallique, effleurant sa surface de son index. Tout à coup, elle se retourna, les yeux écarquillés et un doigt sur les lèvres.

 

− Daren…, souffla-t-elle. Il… il y a quelque chose, là, dans l’ombre !

 

Deux, puis trois, puis une demi-douzaine de nuages bleutés se matérialisèrent autour d’eux. La sensation de froid s’exacerba aussitôt, et les six vampires qui venaient de prendre forme se positionnèrent en arc de cercle, leur coupant toute retraite.

 

− Tu vois, Tanova, il n’y avait aucun lieu de s’inquiéter, siffla l’une des créatures. Ces mortels sont si prévisibles…

 

Un autre vampire se frotta avidement les mains en dévisageant les trois compagnons. Tous les trois étaient dos au mur, acculés contre les deux pans de métal de la porte. Daren tenait serrée la garde de son épée dans sa main droite. Même avec Minsc et Imoen à ses côtés, affronter six des leurs en même temps allait sans doute s’avérer particulièrement délicat. Leur seule véritable chance de salut résidait en son pouvoir incontrôlé, il le savait. Mais il risquait du même coup de blesser voire de tuer ses compagnons, ainsi que de basculer lui-même définitivement dans le néant infini du Seigneur du Meurtre. Comme le lui avait prédit Irenicus… Jaheira et Solaufein pouvaient arriver en renforts d’ici quelques minutes, comme d’ici quelques heures, et ils ne devaient pas compter sur leur intervention trop incertaine pour se tirer d’affaire. Même s’il pouvait être judicieux de gagner autant de temps que possible, la vie d’Aerie était aussi en jeu, et chaque minute perdue la rapprochait d’un destin plus que funeste.

 

− La Maîtresse sera ravie d’apprendre que nous en avons fini avec vous, ricana une autre. Nous allons nous repaître de votre sang.

 

Les mains d’Imoen commençaient déjà à crépiter de magie. Minsc et Daren se positionnèrent dos à dos, faisant face chacun à trois adversaires. Le combat était imminent, et les sbires de Bodhi allaient passer à l’attaque.

Une puissante magie illumina les murs un instant. Imoen déploya ses deux mains en avant et décocha une boule d’énergie qui projeta l’un des vampires contre le mur. Les cinq autres s’élancèrent à l’assaut au même moment, et Minsc et Daren s’interposèrent entre eux et la magicienne. Ils faisaient face chacun à deux adversaires, et Daren porta le premier coup en fauchant le bras de l’un des vampires du tranchant acéré de sa lame. Au même moment, un grognement rauque et menaçant résonna entre les murs anciens.

 

Guenhwyvar ! À toi !

 

De nombreux bruits de pas firent échos à ceux de la bataille qui venait juste de commencer. Un animal bondit alors de l’ombre, renversant au passage deux autres créatures. Un félin, le pelage aussi noir que les ténèbres qui les entouraient, fixait de ses deux yeux jaunes le vampire qu’il venait de mettre à terre, sa gueule ouverte dévoilant des crocs menaçants.

 

− Juste à temps, on dirait ?, reprit la voix.

− Besoin d’un coup de main, gamins ?, renchérit une autre, grave et rocailleuse.

 

Daren connaissait ces voix. Mais avant même qu’il n’eût le temps de se poser davantage de questions, un nain, un homme, une femme, une petite personne et un elfe noir s’avançaient à la faible lueur magique qui éclairait encore les lieux.

 

− Drizzt !, s’écria Imoen d’une voix suraiguë.

 

La panthère fit un bond en arrière et retourna auprès de son maître. Par il ne savait quel miracle, Drizzt Do’Urden, le célèbre rôdeur exilé d’Ombreterre, venait à leur secours. En quelques secondes, la situation venait tourner en leur faveur. Daren, Minsc et Imoen se préparèrent à lancer l’assaut, attendant un signal de leur nouvel allié.

 

− Nous discuterons plus tard, reprit Drizzt.

− Vous n’êtes que des insectes, mortels, siffla l’un des vampires à l’attention de l’elfe noir.

 

Un éclat argenté fusa des ténèbres, tranchant le cou de l’une des créatures. La jeune femme blonde venait de décocher une flèche en un éclair, décapitant ainsi l’un de leurs ennemis d’un seul tir. Drizzt et ses compagnons venaient de passer à l’attaque, et avant que les vampires n’eussent le temps de réagir, deux nouvelles créatures disparurent en un nuage bleuté et s’enfuirent dans les couloirs. Daren contemplait les redoutables techniques de combats des équipiers de l’elfe noir, ne sachant comment intervenir sans les gêner. Seul Minsc continuait à se battre contre son adversaire, qu’il terrassa aisément. L’homme blond à la tunique en peau de bête maniait une masse gigantesque, qui broyait ses adversaires avec une redoutable efficacité. La petite personne quant à elle décochait des carreaux de son arbalète avec une précision stupéfiante. Surpris par la vélocité de l’attaque, les créatures ne purent que parer tant bien que mal les assauts conjugués de Drizzt et de ses compagnons avant de succomber sous leurs coups. En quelques secondes, tous les vampires fuyaient la bataille en une multitude de brumes bleu pâle.

 

− Drizzt !, s’écria Daren une fois le combat terminé. C’est… Par quel miracle… ?

− Il n’y a aucun miracle là-dedans, le coupa-t-il en rengainant ses deux cimeterres. L’elfe noir qui voyage avec vous m’a expliqué votre situation avant que nous nous quittions l’autre jour, et nous avons décidé de venir vous porter main forte.

 

Solaufein. Daren se remémorait leur rencontre avec la célèbre troupe du Val Bise. Leur compagnon s’était longuement entretenu avec le rôdeur drow dans sa langue natale.

 

− Que… que vous a-t-il dit ?, reprit Daren.

− Suffisamment pour nous donner envie de vaincre la créature que vous affrontez. Mais, où est votre compagnon à ce propos ?

− Une de nos amies a été enlevée, et nous sommes partis en catastrophe à sa recherche, répondit Imoen. Deux d’entre nous, dont Solaufein, sont partis prévenir des… alliés.

 

Les dernières lueurs de la magie d’Imoen s’évanouirent dans les ténèbres, mais elle renouvela rapidement son incantation.

 

− Quelle est cette porte ?, demanda la petite personne d’un air curieux.

− Aerie…, notre amie, est prisonnière dans le repaire de la vampire, derrière ces portes, expliqua Daren. Il faut une magie particulière pour l’ouvrir, mais je ne sais rien de plus.

 

Il posa sa main contre la paroi métallique et poussa vainement de toutes ses forces. L’image de l’avarielle s’entaillant le pouce pour recouvrir de sang les symboles maléfiques qui ornaient la porte lui vint à l’esprit, et il dégaina son arme en la portant au-dessus de la paume de sa main.

 

− Attends, gamin, l’interrompit la voix rocailleuse du nain.

 

Le compagnon de Drizzt saisit à pleine main un marteau de couleur rouge sombre et s’avança vers les deux battants d’un air déterminé.

 

− Reculez-vous ! Je vais vous montrer comment on ouvre une porte, moi !

 

Daren, Minsc et Imoen rejoignirent Drizzt Do’Urden et ses compagnons, laissant le champ libre au guerrier. Il frappa légèrement le sol plusieurs fois, et une vibration grave et sourde résonna dans les couloirs, augmentant d’intensité au fur et à mesure que le poids de la masse se mettait à luire d’une couleur argentée. Tout à coup, plusieurs éclairs se mirent à zigzaguer autour de l’extrémité métallique, se reflétant contre la paroi lisse de la porte de fer. Daren, sa sœur et Minsc fixaient d’un air ébahi le nain dont l’arme auréolait la barbe rougeoyante en crépitant vivement, mais l’elfe noir et ses compagnons observaient la scène d’un air détaché, attendant simplement qu’il terminât ce qu’il avait entrepris. Tout à coup, le nain leva ses deux bras au-dessus de sa tête, et fracassa son marteau sur les pans d’acier. Un choc sourd et puissant fit trembler le sol et les parois, et Daren crut même un instant que le plafond trop ancien allait s’effondrer sur eux. La détonation avait soulevé tant de poussière qu’il était impossible de distinguer quoi que ce fût, malgré la magie d’Imoen. Une puissante onde de choc le poussa en arrière, et Daren dut poser un genou à terre pour ne pas perdre l’équilibre. Quelques secondes d’un silence surnaturel s’ensuivirent, et une toux rauque s’éleva de la fumée devant eux.

 

− Foi de Moradin ! Ces tunnels sont mal entretenus !

 

La poussière retomba finalement au sol et le nain en sortit, une main au-dessus de yeux et la barde grisonnante.

 

− Toujours à râler, Bruenor !, ironisa la guerrière aux cheveux roux.

− Pour une fois que tu fais du bon travail…, renchérit d’un air dégagé l’homme blond à la tunique en peau de bête.

− Je voudrais bien vous y voir, vous deux !, grogna-t-il à nouveau.

− Merci ! Merci de tout cœur, le remercia Daren en s’inclinant.

 

Bruenor haussa les épaules d’un air gêné, et répondit d’un grommellement amical.

 

− Minsc est admiratif de la finesse de ta stratégie, complimenta le rôdeur. Bouh lui-même n’aurait pas trouvé plus efficace.

− Attendez…, reprit soudainement la jeune femme, un doigt sur les lèvres. J’entends un bruit.

 

Le cœur de Daren s’accéléra. L’euphorie d’avoir trouvé de nouveaux alliés lui avait presque fait oublié l’objet de leur venue ici et les ennemis qu’ils affrontaient. La porte de métal noire, éventrée en plein cœur, n’obstruait plus le passage entre les catacombes et l’antre de Bodhi.

 

− Je crois que Cattie a raison, ajouta la petite personne. Nous avons de la compagnie.

 

Une dizaine de brumes bleutées flottèrent dans leur direction des trois couloirs qui menaient à l’intersection, et un à un, de nouveaux vampires se matérialisèrent devant eux.

 

− Continuez votre quête, et sauvez votre amie capturée, ordonna Drizzt en dégainant à nouveau ses armes de sa ceinture. Nous nous chargeons du reste.

− Mais…, commença Daren.

− Tu es sourd, gamin ?, grogna Bruenor. On s’occupe de ces macchabées, on t’a dit.

 

Le guerrier blond inclina légèrement la tête, faisant au passage craquer plusieurs articulations, et sortit la masse gigantesque de son dos en roulant ses épaules.

 

− Enfin de l’action, soupira-t-il. J’ai bien cru que j’allais m’endormir…

− Bonne chance, lança l’elfe noir en faisant tournoyer son arme dans sa main droite.

− Merci. Vous aussi.

 

Daren jeta un dernier regard à la petite troupe qui venait de leur sauver la vie, et se faufila entre les deux pans enfoncés qui conduisaient dans l’antre de la vampire. Et à sa chère Aerie retenue entre ses griffes.

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