La voie solitaire

Il faisait nuit. La lumière s’était soudainement éteinte, tout comme elle était apparue. Le temple lui-même avait cédé sa place aux murs défraîchis des bas quartiers d’Athkatla. Daren tenait toujours Aerie serrée dans ses bras, et son regard stupéfait croisa finalement le sien.

 

− Que s’est-il passé ?, murmura-t-elle à son oreille, légèrement inquiète.

 

Il n’en avait pas la moindre idée et lui répondit d’un haussement d’épaule circonspect. Un peu plus loin, le brouhaha familier de la Couronne de Cuivre résonnait dans les rues alentours. Ses compagnons devaient sans doute l’attendre depuis plusieurs heures. Combien de temps s’était-il écoulé depuis sa course effrénée vers le temple d’Amaunator ? Il lui avait semblé vivre comme dans un rêve, mais le ciel sombre lui indiqua que plusieurs heures le séparaient encore de l’aube.

 

− Les autres nous attendent à l’auberge, chuchota-t-il à Aerie en lui prenant la main.

− Les autres ?, répéta-t-elle en écarquillant les yeux. Que… que s’est-il passé Daren ? Après que Bodhi m’ait… m’ait capturée ?

− Tu ne te souviens de rien ?, s’étonna-t-il. Tu… tu étais pourtant là quand je…

− Je n’ai souvenir que de cauchemars incessants, répondit-elle en baissant les yeux. De tortures, et de mort… Je n’ai aucun autre souvenir.

− Bodhi est morte, et nous avons récupéré le Rynn Lanthorn.

 

Quelques secondes de silence suivirent sa dernière phrase. Aerie lui sourit amoureusement en inclinant la tête et l’embrassa tendrement.

 

− Et tu m’as sauvée… Tu oublies ce détail, ajouta-t-elle en l’embrassant à nouveau.

− Imoen…, souffla soudainement Daren.

 

L’âme de sa sœur était à présent libre. Les évènements de la nuit l’avaient perturbé au point qu’il n’avait pas réalisé leur victoire.

 

− Viens, allons-y ! Ils doivent nous attendre !

 

Deux ruelles plus loin, ils distinguaient l’enseigne vermoulue de la Couronne de Cuivre. Daren ne parvenait plus à penser. Il tirait Aerie par la main et courait comme un enfant sous la brise étoilée de la nuit, le cœur allégé de tous les tourments.

 

 

− Daren !, s’écria une voix à peine ils eurent franchis le seuil de la taverne.

 

Imoen s’était immédiatement redressée de sa chaise, et tendit un bras tremblant dans leur direction.

 

− A… Aerie ?

 

Les trois autres se levèrent à leur tour, aussi stupéfaits qu’Imoen. Daren tenait toujours la main de l’avarielle dans la sienne, et répondit d’un sourire fatigué à ses compagnons.

 

− Aerie !

 

Imoen s’élança vers elle, les deux bras tendus en avant, et se jeta à son cou en tournoyant. Aerie lui rendit son étreinte, et Daren devina quelques larmes sur la joue de sa sœur.

 

− Bouh te regarde avec admiration, Daren. Et Minsc aussi. Tu as sauvé notre sorcière, et tu mérites la considération de tous les héros. Et de tous les hamsters, bien sûr !

 

Solaufein, le visage dissimulé sous une large capuche, dévisagea étrangement Imoen et Aerie toujours enlacées, puis un sourire se dessina sur ses lèvres.

 

− Tes compagnons m’ont parlé de ton… ascendance, Daren, lui lança discrètement l’elfe noir. Les évènements sont plus compréhensibles comme ça je dois te dire, mais une chose est sûre : ton courage et ta détermination font honneur à ton sang.

 

Imoen pleurait à chaudes larmes et riait aux éclats en même temps. Son regard croisa celui de Daren, et un timide sourire naquit sur son visage enfantin encore bouleversé.

 

− Merci, Daren… Merci…

− Tu vas mieux, maintenant ?, lui répondit-il aussitôt.

 

Le visage de sa sœur s’assombrit, et elle hocha lentement la tête.

 

− Oui… Je me sens mieux, bien mieux. À nouveau… « entière », je sais que tu peux comprendre ce que je veux dire. Mais… nous retrouverons ton âme, Daren. Je te le promets.

− Je dois t’avouer que tu me surprends chaque jour davantage, Daren, intervint Jaheira, d’un ton soulagé mais aussi légèrement agressif. Comment t’y es-tu pris pour réaliser ce… sauvetage ? Aerie était morte lorsque nous t’avons laissé seul avec son cadavre.

 

Daren ne releva pas sa dernière phrase. Il était bien trop heureux pour se quereller avec qui que ce fût, et aussi bien trop exténué. Il s’avança jusqu’à la table que venaient de quitter leurs compagnons sous les yeux des quelques curieux de la Couronne encore debout au beau milieu de la nuit et se désaltéra longuement avec la première chope à sa portée. Il expliqua les détails de son périple, dépliant la note déchirée qu’il avait glissée dans sa poche ainsi que la façon plus qu’insolite avec laquelle ils s’étaient retrouvés aux portes des bas quartiers une fois le miracle accompli.

 

− Amaunator, dis-tu…, finit par répondre la druide, pensive. C’est bien de lui dont il s’agissait lorsque vous avez vaincu l’Œil Aveugle, n’est ce pas ?

 

Aerie confirma d’un hochement de tête.

 

− Comme quoi… on dirait qu’il n’a pas complètement oublié tes actes…

 

Elle toussota légèrement, et conclut en baissant sa voix d’un ton.

 

− C’est maintenant la dernière ligne droite, annonça-t-elle. Dès demain, nous nous mettrons en route en direction du campement elfique.

 

Un nouveau vertige fit chanceler Daren, à tel point qu’il faillit s’effondrer de sa chaise. Maintenant que toute la tension accumulée depuis leur combat s’était dissipée, un épuisement tel qu’il n’en avait encore jamais ressenti lui ôta ses dernières forces. Epaulé par ses compagnons qui le conduisirent dans une chambre, il s’affala sur son lit, et s’endormit aussitôt.

 

Le soleil devait être levé depuis longtemps lorsqu’il s’éveilla, car malgré l’obscurité de la pièce dans laquelle il dormait, Daren pouvait sentir les rayons du soleil filtrer au travers des rideaux de sa chambre. Il rêvait encore, pourtant, à cette insaisissable et savoureuse frontière qui sépare les songes de la réalité. Une présence. Il sentait une présence dans son rêve, un personnage qui se détachait de la fiction familière qui berçait ses dernières minutes aux pays des songes. Malgré tous ses efforts pour sortir du lit dans lequel il se savait couché, le paysage autour de lui changea progressivement de couleur, laissant apparaître un horizon verdoyant.

 

« Réveillez-vous. »

 

Une voix spectrale s’éleva des feuilles qui recouvraient les épaisses branches. Daren se tenait debout sur la ramure d’un arbre, si épaisse qu’elle aurait pu soutenir une armée. Des milliers de branchages s’échappaient en autant de fleurs multicolores tout autour, toutes rattachées à un tronc gigantesque.

 

« Réveillez-vous et écoutez-moi. », reprit la voix.

 

Plus loin, se matérialisant de l’éther, la vision onirique d’une jeune femme splendide aux épais cheveux blonds en bataille se dirigeait vers lui à pas lents. Elle tenait une épée gravée dans une main et long sceptre de l’autre, sa tunique bleue flottant derrière elle.

 

− Je vois ce qui se passe, continua la jeune femme, et ce qui pourrait bientôt se passer. L’image vous apportera la vérité.

 

Elle marqua une pause et reprit.

 

− Pour vous, la vérité a encore deux interprétations différentes. Mais elle jaillira bientôt, car des deux camps qui s’opposent, les menteurs ont déjà parlé. Vous êtes en quête de votre identité, divisée, et brisée en éclat. Il vous manque une part de vous-même.

 

Qui était-elle ? Elle semblait connaître son histoire et son passé, bien que son visage ne lui dît rien. Daren ouvrit la bouche pour répondre, mais il ne parvenait pas à parler.

 

− Votre être s’emplit de mort et de ténèbres, continua-t-elle d’un ton lointain et monocorde. Tandis qu’un autre, Irenicus, tue de votre main. Regardez. Regardez les atrocités qu’il a perpétrées, et le mal qu’il entraîne dans son sillage.

 

Elle agita un bras, et le décor changea à nouveau. Une ville, perchée dans les arbres, apparut sous ses yeux. De hautes tours majestueuses reliées aux branches par d’harmonieux escaliers de bois blancs rivalisaient de beauté avec des ponts sculptés suspendus au-dessus du vide. Un terrible mais familier spectacle mit soudainement fin à cette vision enchanteresse. Une foule, apeurée, s’enfuyait à grands cris tandis qu’au centre de la scène, un mage impitoyable foudroyait par dizaine les êtres innocents qui imploraient sa clémence. Irenicus, une aura mortelle multicolore autour de lui, réduisait à néant les elfes terrifiés de sa magie destructrice.

 

La ville s’évanouit comme elle était apparue, et Daren sentit à nouveau l’arbre géant sous ses pieds. Maintenant qu’il la voyait de plus près, la jeune femme était une elfe elle aussi, une elfe magnifique, charismatique, et dont la stature révélait une prestance indéniable.

 

− Il s’est emparé de votre destin pour ne pas avoir à affronter le sien, conclut-elle. Vous devez mettre un terme à cela. Pour votre bien, et le leur, vous devez reprendre ce qui vous a été volé. Ces personnes mourront sans votre aide, mais vous sombrerez vous aussi rapidement dans le néant. Vous avez le pouvoir d’être votre pire ennemi, ou votre propre sauveur…

 

Un éclat lumineux voila sa vision. Les rayons du soleil perçaient au travers des feuillages pourtant épais, et Daren dut poser une main devant ses yeux pour supporter la luminosité. Lorsqu’il rouvrit ses paupières, le visage doux et apaisant d’Aerie lui souriait calmement, auréolé de la lumière extérieure qui filtrait au travers des rideaux de sa chambre.

 

L’avarielle se pencha au dessus de lui et l’embrassa. Préférant laisser de côté ses rêves pour le moment, il la saisit par surprise par la taille et l’attira à lui. Aerie poussa un petit cri mais se laissa doucement porter, et l’enlaça amoureusement en retour en couvrant son cou d’une multitude de baisers. Elle ne portait qu’une fine robe bleue qui cachait à peine ses formes, et Daren remonta délicatement son bras le long de son dos, effleurant ses épaules, lorsqu’Aerie se raidit subitement. Sous le mince tissu, il pouvait sentir deux larges cicatrices, sans doute à la base de ses ailes perdues.

 

− Excuse-moi, balbutia-t-elle en se dégageant aussitôt, au bord des larmes, Daren, je…. je suis vraiment désolée…

− Cela ne fait aucune différence pour moi, Aerie, la rassura Daren. Je t’aime, avec ou sans tes ailes.

 

Elle lui sourit timidement, et quelques coups brefs retentirent derrière eux, provoquant aussitôt un sursaut de l’avarielle.

 

− C’est moi, chuchota Imoen en entrouvrant la porte. Je peux entrer ?

 

Aerie se redressa précipitamment, se recoiffant et lissant tant bien que mal sa robe. Imoen entra à son tour, un large sourire sur le visage, et lança un clin d’œil complice à Aerie dont les joues s’empourprèrent encore davantage.

 

− Je dérange, peut-être ?, ironisa-t-elle, à la limite de pouffer de rire.

− Non, répondirent-ils en chœur.

 

Imoen dévisagea quelques secondes son frère et l’avarielle, et elle haussa les sourcils d’un air entendu.

 

− Si si, je vois bien que je gêne. C’était juste pour vous dire que nous allons bientôt partir. Bon, je vous laisse, les tourtereaux. Ne traînez pas !

 

Elle sortit de la chambre et referma la porte derrière elle. Un silence soudain s’installa dans la pièce. Daren croisa le regard de d’Aerie, et ils éclatèrent de rire en même temps.

 

− Je vais rejoindre les autres. À tout à l’heure.

 

Elle quitta la pièce à son tour et Daren se leva pour tirer les rideaux, laissant le soleil baigner le plancher de sa lumière. Il se prépara rapidement, et descendit en direction de la taverne.

 

− Ah, te voilà, l’interpella Jaheira, assise autour d’une table aux côtés de ses compagnons.

 

Il se fraya un passage à travers la foule coutumière de la Couronne de Cuivre. Il devait être plus de midi, et son estomac se tordait douloureusement, attisé par les effluves prometteurs des cuisines. Daren s’assit entre Minsc et Solaufein, et entama sans attendre les restes d’un rôti baignant dans une sauce appétissante.

 

− Maintenant que nous avons le Rynn Lanthorn en notre possession, expliqua Jaheira, il nous faut regagner le campement elfique au plus vite. Nous avons vaincu Bodhi, mais nous n’avons pas pour autant la certitude qu’Irenicus ne soit pas déjà au courant de notre victoire. Cela reste néanmoins une possibilité, et nous devons jouer sur ce possible effet de surprise.

 

Daren termina son repas aussi vite qu’il put. Il s’était levé tard, et ses compagnons étaient prêts depuis longtemps. Moins d’une heure plus tard, ils franchissaient les portes majestueuses de la Cité de la Monnaie sous un ciel froid et dégagé. Leur voyage allait durer au mieux sept ou huit jours, si la météo leur était clémente.

 

 

Ils venaient à peine de quitter Athkatla. Solaufein, l’air grave et légèrement tendu, s’arrêta et se tint immobile, en retrait.

 

− Solaufein ?, l’interrogea Imoen. Qu’est-ce qui se passe ?

− Je… Je ne viens pas avec vous.

 

L’elfe noir ferma les yeux quelques secondes et prit une profonde inspiration. Tous les cinq le dévisageaient d’un air surpris.

 

− Je ne peux vous accompagner là où vous aller, répéta-t-il.

 

Daren n’avait jamais réfléchi à ce problème mais réalisa à l’instant la situation délicate dans laquelle ils allaient se retrouver. Lui-même s’était facilement habitué à la présence du drow à leurs côtés, et lui faisait autant confiance qu’en ses autres compagnons. Et à la vue de leurs visages surpris, ce devait sans aucun doute être leur cas à eux aussi. Cependant, comment expliquer aux elfes et à Elhan que l’un des anciens lieutenants de ceux qui avaient jurés leur perte se fût subitement rangé de leur côté ? Lors de leur première rencontre, Solaufein était resté invisible, à l’écart, mais s’ils devaient cette fois les conduire à Irenicus, ils ne pourraient dissimuler plus longtemps le fait qu’ils voyageassent avec une créature parmi les plus craintes des peuples de la surface.

 

− Je vois…, finit par répondre Jaheira d’une moue contrariée.

− Nous pourrions peut-être négocier avec eux, intervint Aerie, et les convaincre que tu n’es plus leur ennemi ? Tu as largement fait tes preuves, et ce ne serait que justice.

− Tu es touchante de naïveté, Aerie, railla la druide. Mais vu avec quel mépris nous avons été nous-même accueillis l’autre fois, je doute même que nous franchissions les premières lignes de leur campement en vie si un elfe noir nous accompagne…

− C’est une partie de ma raison, mais ce n’est pas seulement ça, compléta Solaufein.

− Que veux-tu dire ?, s’étonna Jaheira.

 

Imoen, qui n’avait pas encore pris la parole, s’avança lentement vers l’elfe noir.

 

− C’est ce qu’il t’a dit, c’est ça ?

 

L’elfe noir écarquilla les yeux un instant, surpris, puis hocha de la tête.

 

− De quoi parles-tu, Imoen ?, l’interrogea Daren. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Si Solaufein se montre assez discret, il pourra nous suivre là où Elhan nous conduira sans qu’il ne s’en aperçoive, et nous pourrons…

 

Il s’arrêta au milieu de sa phrase, sentant ses propos décalés, et laissa l’elfe noir s’expliquer lui-même.

 

− « Il faut te trouver un chemin par toi-même. Ne regarde ni moi, ni mon passé, mais trouve ta propre vérité », récita-t-il. Ces paroles, c’est Drizzt Do’Urden qui me les a livrées alors que je lui demandais des conseils sur mon… avenir parmi les habitants de la surface.

 

Solaufein porta ses mains derrière son cou, et détacha une chaîne argentée au bout de laquelle était suspendue un visage scintillant.

 

− Je te remercie Daren, ainsi que vous tous qui avez eu la pitié et le courage de m’accepter parmi vous. J’ai appris tant de chose en si peu de temps, même si je sais que mon apprentissage ne fait que commencer, et je vous en remercie du fond du cœur. Mais…

 

Son regard se posa sur chacun de ses compagnons un à un, et un sourire nostalgique mais déterminé se dessina sur ses lèvres.

 

− … mais je dois suivre ma propre destinée.

− Tu… tu es sûr de ton choix ?, demanda Daren, sans grand espoir.

− Aussi sûr que peut l’être un drow perdu sous le soleil de la surface, répondit-il en haussant les épaules.

− Tu as été un redoutable allié, Solaufein, intervint Jaheira. Et je suis satisfaite que nous ayons pu t’ouvrir les yeux avant que ton cœur ne soit définitivement obscurci par les ténèbres de l’Ombreterre. Mais tes propos sont emplis de sagesse, et chercher sa propre voie est un acte de courage indéniable. Je ne dirais pas que je regrette ton choix Solaufein, car rien n’arrive sans une bonne raison, mais je suis néanmoins heureuse d’avoir combattu à tes côtés.

 

La demi-elfe salua le drow d’une poignée de main solennelle. Daren n’aimait pas les adieux, mais ne pouvait que comprendre les motivations de leur ami.

 

− Minsc et Bouh sont fiers d’avoir botté les fesses du Mal à tes côtés, elfe noir ! Tu te bats aussi bien qu’un hamster enragé, et Bouh sait que les ennemis du Bien n’auront qu’à bien se tenir lorsqu’ils croiseront ton chemin !

− Ta force et ta détermination resteront un symbole dans mes futurs actes, Minsc, lui répondit Solaufein en souriant.

 

Aerie s’approcha du drow à son tour, quelque peu embarrassée.

 

− J’ai… j’ai beaucoup appris en te rencontrant, Solaufein, le remercia-t-elle. Pour moi, tous les elfes noirs étaient des brutes sanguinaires et assoiffées de sang, mais je suis heureuse de voir que je m’étais trompée. Bonne chance Solaufein, et que ta Déesse aux Cheveux d’Argent te garde.

 

Imoen, un sourire triste sur le visage, s’approcha du drow et l’embrassa fugacement sur la joue.

 

− Je ne peux pas dire que je sois vraiment surprise, expliqua-t-elle. Je m’en doutais, dès que j’ai entendu Drizzt te parler. Mais je ne peux pas dire que ça me rende folle de joie non plus… Et je ne pense pas être la seule.

− Je comprends, répondit Solaufein, mais…

− Pas la peine de te justifier davantage mon grand, le coupa-t-elle aussitôt. Tu as les meilleures raisons du monde de faire le choix que tu as fait, mais c’est juste que… je sais que tu vas nous manquer, et je ne parle pas uniquement en tant que compagnon d’armes.

 

Elle avait raison. Solaufein s’était montré plutôt discret depuis leur départ, mais s’était aussi révélé un compagnon fidèle et loyal, et dans un certain sens plus sincère que la plupart des habitants de la surface.

 

− Merci Imoen. Tu es une jeune fille brillante, et je te remercie de ton ouverture d’esprit.

− Bon voyage, Solau. Je suis sûre qu’on entendra parler de toi dans tout Féérune avant longtemps !

 

L’elfe noir se tourna finalement vers Daren, en tenant toujours son amulette dans sa main droite. Il était le seul à ne pas encore lui avoir fait ses adieux, mais avant qu’il ne prît la parole, le drow lui tendit son collier.

 

− Prends-le, c’est pour toi. C’est une effigie d’Eilistraée que je garde précieusement depuis de trop nombreuses années.

− Mais…, balbutia Daren, pris au dépourvu. Je…

− C’est grâce à ta venue à Ust Nasha que ma vie a pris un sens. Et je n’ai plus besoin de me contenter de prier en silence ma rédemption devant un quelconque bijou, à présent. Ce pendentif était mon seul espoir dans ce monde de ténèbres, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Prends-le. C’est mon cadeau d’adieu en quelque sorte.

 

Daren saisit le collier argenté et déposa l’effigie de la déesse au creux de sa main. Quelques larmes montèrent à ses yeux, mais il les retint d’une profonde inspiration. Il n’avait aucune raison d’être triste, même si l’attention de l’elfe noir à son égard le toucha bien plus qu’il ne le soupçonnait.

 

− Que comptes-tu faire, maintenant ?, demanda-t-il enfin.

− Je vais parcourir le monde, à la recherche d’une rédemption pour tout le mal que j’ai commis. Je sais qu’où que j’aille, je ne serais pas accueilli à bras ouverts. Mais contrairement à ma précédente vie, je suis libre de mes actes, et ma voie m’appartient.

 

Il salua longuement Daren, un profond respect ancré dans son regard, et s’enfonça dans les terres en direction de l’Orient.

 

− Adieu, mes amis, et qu’Eilistraée vous garde.

 

Daren, Imoen, Aerie, Minsc et Jaheira saluèrent une dernière fois l’elfe noir, qui rajusta sa capuche avant de s’éloigner vers l’horizon.

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