Suldanessalar

Le campement elfique se trouvait en Téthyr, la région au sud de l’Amn. Malgré un temps dégagé et des températures clémentes, il leur fallu presque huit jours en suivant la côte pour atteindre leur destination. Au matin du huitième jour, ils pouvaient déjà distinguer à l’horizon la lisière de la forêt elfique, et atteindraient le campement au plus tard dans l’après-midi. Depuis leur départ, Imoen semblait aller de mieux en mieux. Elle riait souvent, et de bon cœur, et son visage avait reprit des couleurs plus vives. Son âme enfin à sa place ne manifestait pas de changements majeurs, mais elle avait retrouvé sa traditionnelle joie de vivre. Elle passait le plus clair de son temps à explorer le volumineux grimoire dérobé dans la cité elfe noir avant leur départ d’Ust Nasha, et à en commenter des passages à Aerie. Daren quant à lui se sentait abattu, souvent épuisé, et un mal de tête lancinent l’empêchait de se reposer pleinement. S’il n’avait pas eu la présence de l’avarielle à ses côtés, douce et attentionnée, il ne serait sûrement pas parvenu à effectuer le voyage aussi vite. La présence réconfortante de ses compagnons retardait la propagation du vide intérieur qui le rongeait, mais à mesure que les semaines s’écoulaient, la malédiction œuvrait en silence, toujours plus présente.

 

− Nous sommes presque arrivés, indiqua Jaheira en désignant quelques fumées à l’horizon. D’ici une heure tout au plus, nous serons au campement.

 

Daren vérifia rapidement le contenu de son sac à dos. L’artefact elfique s’y trouvait toujours, précieusement emballé.

 

− Vous croyez qu’ils s’attendent à nous voir ?, s’interrogea Imoen. Je veux dire avec leur lanterne là, et aussi vite ?

− Je n’en sais rien, répondit Jaheira d’un haussement d’épaule. Dans tous les cas, c’est la meilleure occasion pour nous de mettre la main sur Irenicus.

− Et… de le vaincre ?, ne put s’empêcher Daren.

 

Un silence suivit son intervention. Lors de leur dernier affrontement, les mages prisonniers de Spellhold leur avaient prêtés main forte, et malgré leur large supériorité numérique, il les avait aisément repoussés. Irenicus maniait une magie si puissante que triompher de lui semblait totalement hors de leur portée, même maintenant. Lui-même avait certes réussi à vaincre Bodhi, mais par un concours de circonstances très particulières, et bien trop hasardeuses pour espérer réitérer l’exploit. Cependant, les elfes leur porteraient sans aucun doute main forte, et ils pourraient jouer sur leur soutien pour remporter la victoire. Mais au prix de combien de vies ?

 

− Si comme je l’espère nous avons l’opportunité de l’affronter en extérieur, ajouta Jaheira d’un ton dur, la chance tournera peut-être de notre côté.

− Que veux-tu dire ?, demanda Imoen, intriguée.

 

Elle ne répondit pas, mais ni Imoen ni personne n’insista davantage. Une demi-heure plus tard, une petite patrouille en armure verte étincelante se dirigeait vers eux. Après une brève présentation, elle les escorta vers la tente de leur commandant, Elhan.

 

− Ah, vous voici de retour.

 

Elhan et ses lieutenants étaient assis autour d’une longue table sur laquelle cartes et pions étaient déployés.

 

− Ici règne une relative tranquillité depuis votre départ, continua-t-il. Selon moi, la destruction de notre temple aura suffi à combler d’aise les Elfes Noirs. Ils n’ont pas tenté de nouvelle incursion majeure, pour le moment.

− Nous avons aussi libéré le dragon d’argent qui veille sur les ruines de leur joug, ce qui a dû ralentir leur progression, ajouta Daren.

− C’est une bonne nouvelle. Mais dites-moi, vous revenez après seulement…

 

Imoen venait d’ouvrir le sac à dos de Daren, et sortit lentement l’artefact sous les yeux ébahis du commandant.

 

− Le Lanthorn !, s’écria Elhan qui manqua de s’étouffer. Vous avez récupéré le Lanthorn !

 

En un éclair, il se précipita sur Imoen et lui arracha la lampe bleutée des mains. Elhan en caressa les contours cristallins et le posa délicatement sur la table, les mains tremblantes d’excitation.

 

− Enfin…, soupira-t-il. Enfin cette diabolique vampire en est dépossédée ! Ma foi, le cours des évènements est en train de changer !

 

Daren et ses compagnons s’échangèrent un regard soupçonneux : à aucun moment ils n’avaient précisé la nature de leur adversaire. Elhan leur cachait une partie de la vérité, ils en étaient sûrs. Lors de leur première rencontre, il s’était déjà montré plus qu’évasif sur ses intentions. Daren se remémorait aussi les paroles de Bodhi lors de leur affrontement, et si Elhan prétendait ne pas la connaître, elle semblait au contraire tout savoir de lui.

 

− Nous vous avons donné son nom, répliqua Jaheira d’un ton suspicieux, mais je n’ai pas le souvenir de vous avoir révélé qu’il s’agissait d’un vampire.

 

Elhan sembla déstabilisé. Il ouvrit la bouche plusieurs fois, mais aucun son ne sortit. Il mentait, à l’évidence, mais en quelques secondes, il retrouva son assurance.

 

− Peut-être n’avez-vous effectivement rien dit, reprit-il d’un ton plus posé, mais vous m’avez réclamé des pieux, et il était aisé d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Peut-être pourrions…

− À ceci près, le coupa à nouveau Jaheira en haussant le ton, que nous n’avons jamais demandé ces pieux, et que vous nous les avez proposés de vous-même ! Pourquoi mentir encore ?

− Sans parler du fait que Bodhi s’est montrée particulièrement loquace avant de mourir, ajouta Daren à son tour. Je crois que vous nous devez des explications.

 

Le commandant lança un regard affolé à ses lieutenants, qui évitèrent soigneusement le sien. Il respirait de plus en plus vite, serrant les poings plus que de mesure. Tout à coup, il frappa un grand coup sur la table et renversa une coupe de vin posée trop près du bord qui rebondit plusieurs fois avant de s’immobiliser au sol dans une flaque rougeâtre.

 

− Il n’est pas un elfe qui connaisse cette Bodhi !, tonna-t-il. Pas plus qu’Irenicus « l’Exilé » ! Ces créatures ne sont plus rien à nos yeux, et vous auriez tout intérêt à fermer aussi les vôtres !

 

Daren et Jaheira s’échangèrent un nouveau regard. Peut-être allaient-ils en apprendre davantage sur ses motivations ?

 

− Tiens donc, ironisa la druide, Irenicus est à présent « l’Exilé » ? S’il vous est pareillement étranger, comment est arrivé ce surnom ?

− Si vous souhaitez de l’aide, intervint Imoen, il vous faudra être plus franc, Elhan.

 

L’elfe fulmina à nouveau et répondit en hurlant.

 

− Non ! Vous n’avez pas à savoir ! Vous…

 

Il s’arrêta soudainement, ferma les yeux, et souffla. Après quelques secondes, il les rouvrit et répondit d’une voix plus posée.

 

− Je ne peux rien vous dire, cela n’est pas mon rôle. Irenicus et Bodhi, les deux Exilés, sont d’abominables créatures. Le crime dont ils se sont rendus coupables est épouvantable, et leur châtiment n’a été que justice.

− Et ils sont de retour pour se venger, en somme, conclut Jaheira en haussant les épaules. Rien d’extraordinaire à cela. Je ne vois vraiment aucune honte là dedans.

− Vous ne comprenez pas, répondit-il d’un ton las en secouant lentement la tête, et je n’ai pas la moindre intention de vous éclairer davantage. Si vous souhaitez en apprendre plus, adressez-vous aux réels protagonistes de toute cette affaire.

 

Il s’assit à nouveau et d’un geste, congédia ses lieutenants. Elhan semblait perdu dans de douloureux souvenirs, mais comme l’avait prédit Bodhi, s’expliquer sur la situation présente lui paraissait bien plus difficile encore.

 

− Demin, la grande prêtresse, saura vous renseigner, confia-t-il à contrecoeur. Il va nous falloir ouvrir un chemin vers la cité pour parvenir jusqu’à elle. Mais nous avons le Rynn Lanthorn, donc rien n’est perdu.

 

Il se releva soudainement, saisit le Rynn Lanthorn par son anse, et invita Daren et ses compagnons à sortir. Une fois à l’extérieur, il donna quelques ordres brefs à ses hommes en langage elfique.

 

− Nous partirons d’ici une heure environ, expliqua-t-il. Tenez-vous prêts, je viendrais vous chercher une fois que j’aurai rassemblé mes hommes.

 

Elhan s’éloigna au pas de course en direction d’autres tentes un peu plus loin, le Lanthorn toujours fermement serré dans sa main droite.

 

− Hé bien… !, s’exclama Imoen en se laissant tomber sur une roche arrondie tapie de mousse.

− Le plus dur reste encore à faire, ajouta Jaheira. Même si parvenons à Suldanessalar, débusquer Irenicus, et le vaincre, ne sera pas chose aisée.

− De toute façon, intervint Daren, nous n’avons pas le choix.

 

Il marqua une légère pause, et reprit en baissant le ton.

 

− Enfin… je n’ai pas le choix.

 

Une main large se posa sur son épaule, accompagnée de la voix chaleureuse de Minsc.

 

− Bouh ne laissera jamais Daren seul face au danger. Irenicus a commis les pires injustices, et Minsc n’aura de repos tant qu’il n’aura pas imprimé la marque de la Botte de la Justice sur son derrière !

− Ne t’en fais pas, renchérit Imoen. Nous trouverons un moyen, j’en suis sûr.

 

Sa dernière phrase resta en suspens, et personne n’ajouta mot. Rester sur une note optimiste apporta à tous un réconfort et une confiance neuve dont ils allaient avoir grandement besoin pour vaincre le sorcier. Une heure s’écoula, calme et silencieuse, uniquement ponctuée par quelques allées et venues des soldats transportant armes et provisions. Quelques bruits de pas rythmés retentirent à l’extérieur de la tente et le commandant elfe s’avança dans leur direction, le Rynn Lanthorn solidement fixé à sa ceinture.

 

− Vous êtes prêts ?, leur lança-t-il en ajustant sa cotte de maille.

 

Elhan porta ses doigts à ses lèvres et émit plusieurs sifflements sonores.

 

− Mettons-nous en route, à présent. Mes soldats resterons ici pour la plupart afin d’arrêter les elfes noirs, car il nous faut à tout prix éviter de lutter sur deux fronts. Nous aurons suffisamment à faire avec ce qui nous attend au cœur de la cité.

 

Quatre chevaux immaculés surgirent des feuillages et s’approchèrent de leur maître. Elhan caressa le pelage soyeux du plus grand d’entre eux, qui inclina docilement la tête.

 

− Montez, et suivez-moi. Le Lanthorn saura nous guider jusqu’à Suldanessalar. Tout ce que j’espère, c’est que l’Exilé aura laissé la cité sur pied…

 

Daren escalada maladroitement la haute selle et se cramponna tant bien que mal à l’épaisse crinière de sa monture. Une fois stabilisé, il tendit une main à Aerie qui se hissa juste derrière lui. Il n’avait que rarement eu l’occasion d’apprendre à monter à cheval durant son enfance, même s’il en connaissait les rudiments. Jaheira et Imoen se choisirent elles aussi une monture, et Minsc s’installa sur la dernière. Elhan était déjà en selle, et quelques uns de ses hommes le rejoignirent. Il prononça alors quelques incantations, provoquant tout d’abord un léger tintement en provenance du Rynn Lanthorn, puis une raie de lumière floue devant eux.

 

− Allons-y ! En route !

 

Daren donna un léger coup de talon à sa monture, qui suivit aussitôt les autres. Il n’était pas habitué à voyager à cheval, mais à en juger par l’étreinte de plus en plus forte derrière lui, il n’était pas le seul. Ils suivirent Elhan à vive allure pendant plus d’une heure, s’enfonçant dans la forêt du Téthyr, lorsque sans prévenir, celui-ci s’arrêta et mit un pied à terre. Le commandant intima à ses hommes à l’imiter en silence et, à pas lents, s’approcha du tronc volumineux d’un arbre sans doute multi centenaire. Daren repensa à son rêve étrange avant leur départ, à cette cité bâtie dans les branchages d’un arbre géant. Mais l’épaisseur et la hauteur du tronc dont il avait souvenir n’était d’aucune commune mesure avec celui-ci. Lui et ses compagnons descendirent à leur tour de leur monture et s’approchèrent de l’arbre.

 

− Nous y sommes, je le sens, chuchota Elhan. Écoutez le Lanthorn. Tenez-vous en arrière pendant que j’ouvre la voie.

 

L’artefact émettait un son aigu et discret, mais parfaitement audible. S’il avait fermé les yeux, il aurait pu croire au chant d’une multitude d’enfants. Le commandant elfique s’agenouilla devant le tronc majestueux et entama quelques prières dans un langage que Daren ne connaissait pas. Le chant du Lanthorn s’intensifia alors et résonna bientôt dans toute la forêt comme une onde calme et apaisante. La lumière qu’il émettait changea petit à petit de couleur, prenant un ton argenté, puis virant finalement vers un jaune vif. Un ovale ondulant doucement se dessina au centre du tronc, et les premiers reflets déformés d’une cité majestueuse se dessinèrent en arrière-plan.

 

− Voici Suldanessalar, déclara-t-il d’un ton solennel. Avancez dans le plus grand respect, étrangers, car rares sont ceux qui ont pénétrés la cité autre que les elfes eux-mêmes.

 

Elhan et ses hommes franchirent le portail, et disparurent dans un éclat lumineux. Avec une certaine appréhension, Daren saisit la main de l’avarielle, et s’élança à son tour, suivi de ses compagnons.

 

 

Un spectacle édifiant se dessina tout à coup devant eux. Une ville. Une ville aérienne, bâtie sur les ramures d’un arbre titanesque, saisissante de beauté. Mais aussi profondément troublante. Les bâtiments à l’architecture si fine étaient en effet parsemés des corps d’elfes, tombés pour défendre leur patrie. Devant eux, Elhan et ses hommes contemplèrent les ruines encore fumantes de la cité elfique d’un air grave. Même s’il n’était jamais venu ici auparavant, Daren reconnut aussitôt le décor fantastique que lui avait dévoilé la femme elfe dans son rêve.

 

− Hélas, c’est bien ce que je craignais, expliqua le commandant en secouant lentement la tête. Ce fou d’Irenicus a déchaîné sa fureur sur la cité. Mais pire encore, je reconnais à présent les forces maléfiques auxquelles il a eu recours…

 

Elhan désigna les plateformes reliées à la leur par des ponts suspendus au dessus du vide, et les étranges nuages qui semblaient y flotter.

 

− Il s’agit là d’illusions, de sortilèges employés par les terribles Rakshasas.

− Les… quoi ?, demanda timidement Aerie.

− Des Rakshasas, répéta Elhan. Des semi-humains à l’apparence de tigres, cruels et fourbes, et qui manient une magie traîtresse et corruptrice. De toute évidence, Irenicus ne connaît aucune limite…

 

Au loin, on entendait un fracas désordonné de batailles. Irenicus semblait s’être rendu maître de la cité, mais ses troupes rencontraient une certaine résistance. Daren leva les yeux au ciel, mais ne parvint à distinguer qu’un plafond de feuilles illuminées par les rayons du soleil.

 

− Suldanessalar est assiégée, reprit Elhan, mais avec toutes ces créatures sous ses ordres, Irenicus sera très difficile à déloger. Il nous faudra faire preuve d’une extrême prudence. Tout le monde ici n’est pas en mesure de supporter pareil assaut, et la sécurité des habitants doit demeurer notre priorité.

Notre priorité ?, répéta Jaheira. Que sous-entendez-vous ?

 

Le commandant émit un léger toussotement gêné.

 

− Vous… vous ne participez pas à la reconquête de notre ville avec nous ?

− Vous voulez savoir, répondit Jaheira en haussant le ton, si nous avons toujours envie de vous prêter main forte après que vous nous ayez mentis lâchement et considérés comme des commis à votre service ?

 

Elhan lança un regard désespéré à Daren, puis à ses autres compagnons, mais la druide répondit avant qu’ils n’eussent le temps d’intervenir.

 

− Vous avez de la chance que nous soyons dans le même camp…, et que nos motivations soient au moins aussi fortes que les vôtres. Enfin, vous connaissez mieux votre ville que nous… Quelle stratégie proposez-vous ?

 

L’elfe la dévisagea un instant, incrédule, mais l’écho d’un grondement sourd et puissant au loin le ramena à la réalité.

 

− Vous devez à tout prix trouver Ellesime, notre Reine. Elle saura quoi faire. Oubliez tout le reste et trouvez-la, elle ou la grande prêtresse Demin. Si quelqu’un a organisé une résistance, ce ne peut être que l’une d’elles.

− Où pouvons-nous les trouver ?, interrogea Imoen.

− Je n’ai pas de réponse. Mais vous devez sillonner la ville jusqu’à ce que vous les trouviez.

− Et vous ?, intervint Daren. Qu’allez-vous faire ?

− Ma garde d’élite et moi-même veillerons sur ce territoire tandis que vous avancerez à l’intérieur. Cherchez les survivants, et dites leurs de nous retrouver ici. Nous allons commencer à sécuriser l’endroit, et nous progresserons vers le front au fur et à mesure.

 

À peine avait-il fini ses dernières paroles que ses lieutenants dégainèrent leurs armes et s’enfoncèrent dans la brume alentour. D’étranges grognements semblaient jaillir de toutes parts, résonnant en une multitude d’échos entre les passerelles de métal. Daren et ses compagnons s’engagèrent à leur tour sur l’un des ponts, l’arme au poing.

 

− Et une dernière chose, ajouta Elhan. Méfiez-vous des illusions.

 

Daren acquiesça en silence et franchit à son tour le pont suspendu au-dessus du vide, en direction du brouillard nacré.

 

 

− Quelle est cette fumée ?, grogna Minsc en soufflant devant lui à plein poumon pour dissiper le nuage.

− C’est l’illusion des Rakshasas, expliqua Imoen. J’ai lu des choses sur eux… dans le grimoire que j’ai volé à Ust Nasha.

 

Un nouveau grognement, plus proche, résonna au-dessus de la plateforme devant eux. Daren saisit son épée à deux mains et balaya les airs de la pointe devant lui. Des bruits de pas. Espacés, et lourds. Minsc lança son hamster en avant et chargea en hurlant son cri de guerre.

 

− Des trolls !, s’écria-t-il soudainement.

 

Un bras filandreux vola dans les airs, et retomba au sol dans un bruit mou et visqueux. Daren courut au secours du rôdeur, et faillit heurter de plein fouet une autre de ces créatures monstrueuses. Il se baissa instinctivement et une longue griffe frôla ses cheveux. Relevant sa lame, il entailla profondément le torse de la bête dont le sang verdâtre gicla sur ses propres vêtements.

 

− Du feu !, s’écria-t-il en parant un coup de l’autre griffe avec son arme. Il faut les brûler !

 

À peine avait-il terminé sa phrase qu’une lumière orangée jaillit derrière lui, et percuta la créature en une puissante explosion. Daren exécuta une roulade au sol et termina sa course au bord du précipice. Le troll poussa un nouveau hurlement, de douleur cette fois, mais s’élança à nouveau sur Daren. Un peu plus loin, Minsc et Jaheira affrontaient chacun un adversaire sur la passerelle qui commençait à tanguer dangereusement. Le troll avançait vers Daren, en flammes, en brandissant un gourdin aussi long que large. S’il se relevait, le coup de la créature le ferait basculer dans le vide. Il s’approchait. Plus près. Plus près encore. Le troll continuait sa course folle, aveuglé par les flammes, son arme tournoyant au-dessus de lui. Daren retint son souffle. Il ne restait plus qu’une seule solution. D’un geste souple, il se laissa glisser sur le dos, plia les jambes, et propulsa la bête en pleine course dans le précipice.

Daren s’allongea un instant à même le sol, tremblant de tous ses membres. Son cœur battait à tout rompre et sa respiration saccadée l’empêchait de retrouver son souffle. Un peu plus loin, ses compagnons mettaient les deux autres créatures hors de combat, Aerie et Imoen les réduisant finalement à un tas de cendres fumantes.

 

− Daren ! Tu vas bien ?

 

Aerie accourut vers lui, quelque peu affolée, mais Daren se releva rapidement. Il se pencha précautionneusement au-dessus du vide, tentant vainement de distinguer un fond parmi la brume et les branchages.

 

− Restons groupés, ordonna Jaheira. J’ai bien peur que ce brouillard cache davantage que de simples trolls.

 

De nouveaux bruits de batailles, toujours éloignés, parvinrent en écho jusqu’à eux. Daren et Minsc se positionnèrent en avant, et empruntèrent une nouvelle passerelle en direction du cœur de la cité.

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