Les reliques de Rillifane

− Je vais essayer quelque chose…, lança Aerie après quelques minutes de marche en aveugle.

 

Elle tira une poignée de grumeaux épais d’une poche de sa tunique qu’elle malaxa dans sa main en prononçant une incantation. Ses paupières closes, elle agita imperceptiblement ses mains en ondulant ses longs doigts fins. Une brise légère se leva, puis le vent se fit plus fort. La brume commença à se déchirer lentement, découvrant une place magnifique surplombée d’un bâtiment imposant et harmonieux, relié aux étages par de nombreux ponts suspendus. Un escalier en colimaçon orné de sculptures brisées permettait de monter aux étages. Plusieurs coups sourds résonnèrent au-dessus d’eux, mais la brume se rétablit bien vite, recouvrant à nouveau leur champ de vision.

 

− Ils sont plusieurs, conclut Aerie en rouvrant les yeux. Je ne peux pas faire disparaître ce brouillard plus de quelques secondes.

 

Jaheira fronça les sourcils et émit un soupir pensif.

 

− Il y aurait peut-être un moyen…, murmura-t-elle. Mais nous devons conserver un maximum de force, au cas où…

 

Elle ne termina pas sa phrase, et s’avança en direction du bâtiment qu’ils avaient entraperçu. Un rire, sonore et diabolique, s’éleva alors du néant.

 

− Ah, mes petits, reprit la voix. Voilà de quoi nous amuser un peu…

 

La brume ondula autour d’eux, masquant leur environnement tandis que Minsc et Daren se positionnèrent dos à dos, l’arme au poing. L’omniprésence du brouillard les empêchait de se repérer, mais leurs ennemis ne semblaient pas autant affectés qu’eux. Daren ferma les yeux, et se concentra sur son ouïe. Depuis un moment déjà, ils entendaient de manière diffuse ces bruits de pas lourds, mais maintenant qu’il s’était lui-même coupé de sa vue, il pouvait presque les localiser. L’illusion des Rakshasas masquait-elle aussi les sons ? Une créature, puis une deuxième. Elles devaient mesurer plus de deux mètres, et peser plus d’une tonne chacune.

 

− Maintenant !, s’écria Imoen.

 

Un tourbillon lui fouetta le visage et souleva ses cheveux, et Daren rouvrit instinctivement les yeux. Sa sœur et l’avarielle venaient de lancer leur sortilège simultanément et dissipèrent la brume en une poignée de seconde. Au centre de la place, deux gigantesques statues de pierre titubaient maladroitement dans leur direction, dominées par un humanoïde à la peau orangée et rayée perché en haut des marches.

 

− Ah… Les mortels veulent jouer… Cela n’en sera que plus distrayant !

 

Les deux magiciennes tenaient leurs mains jointes, concentrées, et le vent qui s’était subitement levé maintenait la brume à distance dans un large périmètre.

 

− Maintenant que nous jouons à armes égales, tonna Jaheira en faisant tournoyer son bâton, venez vous battre, et affrontez la colère de Sylvanus !

 

Daren s’élança en même temps que le rôdeur en direction de l’une des créatures de pierre. Malgré sa taille et sa force imposantes, ses mouvements étaient lents et prévisibles. Il se sentait suffisamment confiant pour contrôler l’essence de Bhaal qui coulait inévitablement en lui, aiguisant ses réflexes. La pointe de l’épée en avant, il esquiva le poing de pierre du golem et ficha sa lame dans son thorax, pénétrant et fissurant la roche. Le coup qu’il avait porté aurait tué n’importe quel adversaire, il le savait, mais la créature n’eut aucune réaction et le balaya aisément de son autre bras. La puissance du choc lui fit lâcher la garde de son arme et le propulsa plusieurs mètres plus loin, sérieusement blessé.

 

− Vos tentatives sont pitoyables, ricana le Rakshasa du haut des marches.

 

Le golem, l’épée toujours fichée dans son corps, s’avança à nouveau en direction de Daren, chacun de ses pas faisant vibrer le sol. Une main sur les côtes, Daren se releva péniblement en grimaçant de douleur.

 

− Nous n’avons pas dit notre dernier mot, démon !, s’exclama la druide, ses mains étincelantes d’une magie vengeresse.

 

D’un bond, elle se posta devant le golem et plaqua ses deux paumes contre son torse. La créature s’arrêta, et Daren crut deviner un froncement de sourcils inquiet de l’homme tigre un peu plus haut. Quelques craquements retentirent de la carcasse rocheuse, et plusieurs racines s’échappèrent de la fissure qu’il avait lui-même provoquée. Les plantes surgissaient sans relâche de la brèche, agrandissant la fissure à chaque passage, lorsque tout à coup, la créature tout entière se morcela et explosa en une multitude de blocs de pierre grise mêlées à des lianes.

De son côté, Minsc combattait toujours avec rage son adversaire, mais son arme ne parvenait pas à percer ses défenses.

 

− Vous avez détruits ma création !, fulmina le Rakshasa. Vous avez osé détruire ma création !

 

Le démon à tête de tigre entama quelques passes magiques et apparut au milieu du combat, ses deux yeux de félins luisants d’un éclat orangé inquiétant. Sa blessure le faisait encore souffrir, mais Daren se releva. Son arme gisait sur le sol quelques mètres plus loin. Il devait la récupérer avant toute éventuelle attaque. Jaheira s’élança la première vers le démon, mais avant qu’elle n’eût le temps de l’atteindre, il leva ses deux paumes en avant et stoppa net l’élan de la druide.

 

− Je vais me régaler de ton pouvoir, susurra le Rakshasa en dévoilant ses crocs.

 

Daren plongea à terre à son tour en direction de son arme, mais l’homme tigre tourna négligemment l’une de ses mains vers lui et l’immobilisa de sa magie paralysante. Plus il se débattait, plus ses muscles le faisaient souffrir. Imoen et Aerie s’étaient positionnées en retrait du combat, mais aucune d’entre elles n’étaient en mesure d’intervenir sans compromettre les courants qui maintenaient le brouillard au loin. Daren sentait son corps qui commençait à s’agiter de quelques tremblements familiers. Il lui suffisait de relâcher un instant sa concentration pour que l’Écorcheur prît le dessus.

Tout à coup, une volée argentée fusa au-dessus d’eux, et Daren parvint enfin à déplacer un bras, puis une jambe. Un cri de douleur s’éleva derrière lui, mais son premier réflexe fut d’atteindre son arme. Lorsqu’il se retourna, le Rakshasa agonisait à genou, criblé de flèches, et mis en joue d’un pied sur la nuque par Jaheira.

 

− Va pourrir en enfer !, lui cracha-t-elle en broyant impitoyablement son crâne au sol d’un coup de talon.

 

Un craquement sourd et sinistre précéda une explosion visqueuse. Le vent retomba, aussi soudainement qu’il s’était levé, et les deux magiciennes accoururent vers eux, essoufflées de leurs efforts continus. Jaheira racla son pied contre le sol et retourna le cadavre du démon d’un violent coup de pied. Le deuxième golem s’était immobilisé avec la mort de son maître, et une ovation de cris et de sifflets s’élevant des étages au-dessus d’eux attira leur attention.

 

− Merci ! Merci à vous !

 

Sortant de derrière leurs barricades, une dizaine d’elfes armés d’arcs et d’arbalètes enjambèrent les bris de roches du bâtiment et descendirent en acclamant leurs sauveurs. Celui qui semblait diriger cette escouade s’inclina bassement devant les cinq compagnons et leur serra chaleureusement la main un à un. Ses traits étaient tirés, et on pouvait aisément deviner qu’ils luttaient pour leur survie depuis déjà bien longtemps.

 

− Nous sommes piégés ici depuis deux jours, expliqua-t-il. Nous protégeons la grande prêtresse Demin, mais nous avions perdu tout espoir. Sans vous…

− La grande prêtresse Demin ?, le coupa soudainement Daren. Où est-elle ?

 

L’elfe le dévisagea un instant, interloqué, et désigna du doigt l’ultime étage du bâtiment.

 

− Encore au-dessus, en suivant les marches.

− Elhan vous attends à l’entrée de la cité, ajouta Imoen.

− Elhan ?, répéta-t-il aussitôt, un infini soulagement sur le visage. Elhan est ici ?

− Oui, répondit Jaheira. Vous devez le rejoindre au plus vite et faire le point sur la situation avec lui. Nous nous occupons de votre prêtresse.

− Nous vous devons la vie, répondit l’elfe visiblement très ému. Encore mille fois merci.

 

Il s’inclina une nouvelle fois et rassembla ses hommes en direction des portes de la ville. La brume avait reprit sa place, mais bien plus légère qu’auparavant. L’un des lieutenants d’Irenicus était vaincu, mais leur combat ne s’arrêtait pas là. Daren rangea son arme au fourreau et contempla quelques instants la magnificence de l’architecture elfique, qui ressemblait à s’y méprendre à celle de leurs cousins d’Ombreterre. Sa douleur au ventre s’était estompée, et quelques soins attentifs d’Aerie achevèrent de le remettre sur pied.

 

− Attendez…

 

Imoen, une moue de dégoût sur le visage, s’affairait au-dessus du corps du Rakshasa. Elle prit dans sa main un pendentif étoilé étincelant au bout d’une chaîne, décoré d’un symbole en forme d’arbre.

 

− Qu’est-ce que c’est que ça ?, s’interrogea-t-elle en désignant sa prise.

 

Malgré la luminosité réduite, le collier brillait d’une couleur dorée resplendissante.

 

− Je n’en sais rien, répondit Jaheira en faisant signe à Imoen de les suivre. Allons trouver la prêtresse. Nous verrons cela plus tard.

 

Elle rangea son butin dans une poche et suivit ses compagnons en direction des escaliers en colimaçon au-dessus du vide qui montaient vers les étages supérieurs, aboutissant sur une porte massive en bois blanc.

 

− Fermé !, pesta Jaheira en secouant vainement la poignée. Ouvrez !, reprit-elle plus fort en tambourinant à la porte. Ouvrez ! Nous sommes vos alliés, et Elhan est avec nous !

− E…Elhan ?, répéta une voix étouffée derrière la porte. Qui êtes-vous ?

− Nous sommes à la poursuite d’Irenicus, répondit Daren en se collant au battant de bois. Et nous avons besoin de votre aide !

 

Quelques secondes de silence laissèrent croire que leur tentative avait échoué, mais après plusieurs bruits sourds de meubles tirés, la porte s’entrouvrit précautionneusement en laissant apparaître une elfe aux cheveux gris très courts et en tenue de combat. Elle dévisagea Daren et ses compagnons un à un, interloquée, puis leur fit enfin signe de la suivre à l’intérieur. Son visage marqué et ses multiples blessures laissaient présager qu’elle luttait depuis longtemps contre l’envahisseur. Elle se laissa tomber en soufflant sur les restes d’une étagère aménagée en banc improvisé, et les invita à en faire autant.

 

− Merci de votre aide, étrangers… Pardonnez-moi si je récompense vos efforts par des questions mais… comment êtes-vous arrivés ici ? Il n’est déjà pas aisé de trouver la ville, surtout avec l’Exilé qui nous dissimule par magie. Même si vous êtes arrivés ici sans le vouloir, sachez que cela n’a rien de fortuit.

− Nous sommes ici avec Elhan, répondit Daren, et nous sommes entrés grâce au Rynn Lanthorn.

 

La prêtresse releva soudainement son visage ébahi, les yeux écarquillés.

 

− Le Lanthorn ?, répéta-t-elle. Vous avez récupéré le Lanthorn ?

 

Daren acquiesça en silence.

 

− Où est Elhan ?, demanda-t-elle aussitôt.

− Il est aux portes de la ville, répondit Jaheira. Mais avant toutes choses, nous avons besoin que vous nous mettiez au courant de ce qui se passe ici.

 

Demin souffla lentement et secoua la tête d’un air triste.

 

− Nous avons été fous de croire que cette horreur pouvait restée confinée… L’Exilé a commis des crimes… abominables…

− Ce n’est rien de le dire, compléta Imoen. Il a volé mon âme ainsi que celle de mon compagnon.

− Je… je suis désolée, pour tout ce que l’Exilé a pu vous faire. Car nous sommes partiellement responsables de chacun des actes criminels qu’il a pu commettre. Nous… nous réparerons tout ce qui devra l’être, mais il est actuellement aux commandes, et nous sommes à sa merci.

 

La prêtresse tenait des propos hésitants, et elle se mordait machinalement la joue en bredouillant ses explications.

 

− Vous devez nous éclairer sur ce qui se passe, insista Daren. Nous allons affronter Irenicus, mais vous pouvez nous aider à l’atteindre.

− Sans parler du fait qu’Elhan a été particulièrement désagréable, ajouta Jaheira, demandant de l’aide sans vouloir donner la moindre information.

 

Un nouveau silence retomba dans la petite pièce retranchée. La prêtresse Demin clignait des yeux à toute vitesse, et se décida enfin à répondre.

 

− La honte de notre peuple quant à Irenicus et Bodhi ne me préoccupe plus tellement, dorénavant, trancha-t-elle plus pour elle-même. Que vaut notre silence si notre cité doit disparaître parce que nous n’avons pas demandé d’aide ? Vous n’êtes pas un elfe, et vous devez avoir du mal à comprendre pourquoi nous hésitons tant à parler. Je… J’espère juste que vous finirez par comprendre.

 

Elle prit une profonde inspiration et continua.

 

− Les Exilés n’ont pas toujours été tels que vous les connaissez. Autrefois, j’aurais été fière de prononcer leurs noms, et ils méritaient bien des louanges.

− Disons que nous n’avons pas eu l’occasion de saisir ces… « bons côtés », ironisa la druide d’une moue dubitative.

− Vous avez le droit d’avoir des doutes, poursuivit la prêtresse. Vous ne seriez pas là si de puissantes émotions ne vous y avaient pas conduit, et l’Exilé est doué pour provoquer des émotions. Et c’est de nous qu’il a obtenu les réactions les plus fortes, de son propre peuple, car c’est à nous qu’il a infligé les plus grands torts. C’est un criminel qui ne connaît aucune barrière…

 

Elle leva timidement un regard vers eux et continua son exposé.

 

− Oui, il était elfe, tout comme nous, autrefois. Puis la reine Ellesime l’a chassé, car il a prouvé que son cœur n’avait rien d’elfique.

− Pourquoi ?, interrogea Daren. Qu’a-t-il fait ?

− Lui, et elle, bien sûr, étaient bien connus à la cours elfique de Suldanessalar. Il était l’un des atouts de notre race. Un mage puissant et respecté, aussi doué que peut l’être quelqu’un de notre sang. Il avait les faveurs de la reine. Mais cela ne lui a pas suffit…

 

Demin semblait parler à elle-même, se remémorant douloureusement les évènements de son passé.

 

− Des deux, c’est sa sœur qui était la plus insatiable. Elle n’était pas aussi estimée que lui, mais avait beaucoup d’influence sur son frère, et c’est elle qui l’a entraînée dans sa folie.

− Elle est morte, à présent, la coupa Imoen.

− C’est… c’est une bonne chose, répondit-elle en haussant les sourcils, visiblement impressionnée. Elle ne méritait sans doute pas mieux. À l’époque, ensemble, ils ont souhaité obtenir le pouvoir des dieux, sans se soucier des conséquences.

 

Daren se disait pour lui-même qu’Irenicus n’avait pas tant changé. « Obtenir le pouvoir des dieux ». Son essence de Bhaal avait sans doute aiguisé l’appétit divin du sorcier.

 

− Lui, reprit-elle, l’Exilé, a accompli un rituel ténébreux, et a commis un crime monstrueux contre le plus grand des symboles de notre immortalité : l’Arbre de Vie.

 

« L’Arbre de Vie ». Une légende racontait que la source même de l’immortalité des elfes était liée à un arbre géant puisant son pouvoir dans les entrailles même de la terre, et l’insufflant dans leur sang sous la forme d’une longévité exceptionnelle.

 

− Il a tenté de fondre son essence avec l’arbre divin, continua la prêtresse, l’épuisant et volant son énergie. Il a échoué, mais c’est nous qui en avons payé le prix. Il a… rompu les liens des elfes avec la terre et la nature. Une grande commotion secoua Suldanessalar à cette époque, et les plus faibles des nôtres s’effondrèrent, agonisants. Qu’ils mettent tant de gens en danger pour accomplir leurs buts égoïstes, sa sœur et lui, était une chose. Mais qu’ils menacent ce qui fait la nature même de nos existences était inconcevable !

 

Un tremblement sourd secoua soudainement le bâtiment. Tous les six se turent aussitôt et portèrent la main à la garde. La vibration s’estompa, et s’éloigna finalement. Demin poussa un soupir de soulagement et Daren l’interrogea sur sa précédente explication.

 

− Pourquoi ne l’avez-vous pas tué, tout simplement ? Cela aurait évité des tas de complications.

 

Elle le dévisagea un instant, horrifiée, et répondit.

 

− Ce fut à Ellesime de juger le crime, expliqua-t-elle. Et elle se montra sévère, très sévère. Puisqu’il avait rejeté tout ce qui était elfique, il serait chassé et rejeté, afin d’apprendre combien nos coutumes étaient précieuses. Ellesime supplia les dieux, qui maudirent l’Exilé et lui arrachèrent son lien avec son essence elfique, en lui laissant les germes d’une terrible malédiction.

− Malédiction qui est à présent la mienne…, murmura Daren pour lui-même d’un ton las.

− Ellesime pensait que c’était un châtiment pire que la mort. Leur vie ne durerait pas davantage que celle d’un simple humain, et leurs esprits elfiques serait bannis du paradis auquel accèdent tous les peuples elfes. Sans parler de la dégénérescence de leurs émotions, qu’ils avaient si peu cultivées pour en arriver là. La sœur s’exposa d’elle-même au vampirisme dans l’espoir de contrecarrer la malédiction divine, mais on ne dupe pas si facilement les dieux. Le frère ne courut d’ailleurs pas le même risque. Un homme meilleur en serait venu à apprécier ce qu’il avait perdu, et peut-être à apprendre l’humilité et à chercher le pardon. Mais il n’était pas « un homme meilleur »…

 

Elle prit sa tête entre ses mains à la fin de son monologue. Même s’ils n’avaient pas encore de piste pour contrecarrer Irenicus, ils connaissaient enfin la face cachée de son histoire.

 

− Vous avez laissé Irenicus et Bodhi dans la nature, résuma Jaheira, et au lieu de changer, ils ont cherché à se venger. Un classique…

− Nous espérions que tout cela tournerait mieux, s’excusa la prêtresse. Mais l’Exilé  a trouvé un moyen de se restaurer, puis a passé des pactes avec les plus méprisables de nos ennemis, et a repris son plan initial.

− En effet…, acquiesça Daren. Je suis justement l’objet de sa « restauration ».

− Je n’ai aucun moyen de mesurer le prix que nos décisions vous ont obligées à payer. Nous réparerons, s’il reste quelqu’un pour le faire…

 

Demin commença tout à coup à se relever, mais se ravisa.

 

− Je… Je suis encore secouée par ce qui s’est produit. La plupart des forces de Suldanessalar étaient au loin, occupées à combattre l’incursion des elfes noirs dans notre temple. Nous étions affaiblis. Deux groupes d’exilés… tous deux gonflés de haine et de jalousie et prêts à tout pour nous frapper au cœur, ont dérobé le Lanthorn…

− Nous avons endigué l’assaut des elfes noirs, expliqua Daren, et permis à vos soldats de rejoindre Suldanessalar. Que pouvez-vous nous dire sur la nature des alliés d’Irenicus ?

− L’Exilé a amené ici ces créatures de pierre et de métal, des trolls, et ces démons à tête de tigre… J’ai essayé de les combattre… mais ils étaient trop nombreux… Nous nous sommes réfugiés ici, barricadés dans les restes de cette demeure, avec mes derniers fidèles…

− Vous devez rejoindre Elhan aux portes de la ville, conclut Imoen. Vous y serez en sécurité. La seule chose que nous devons savoir, c’est comment atteindre Irenicus.

− Les… rues grouillent des sbires de l’Exilé, bredouilla la prêtresse. Et… il a conduit notre Reine, Ellesime, à l’intérieur du palais. J’ai bien tenté de les y suivre, mais les portes sont restées closes. Vous devez l’aider et mettre en terme à ses agissements.

 

Demin se leva et tira un rouleau de parchemin d’une poche de sa tunique. Elle essuya d’un revers de la manche la poussière sur un coin d’une table encore entière et l’y déplia.

 

− C’est une carte de Suldanessalar, expliqua-t-elle. Nous sommes ici, et le palais est au nord ouest, ici.

− En suivant les passerelles, là, et là, nous devrions atteindre le palais en moins d’une demi-heure, proposa Jaheira après une brève supervision.

− Vous avez dit que le palais était fermé, n’est ce pas ?, intervint Aerie. Comment y pénétrer, dans ce cas ?

 

Un silence gêné plana dans la petite pièce. Demin hésita un instant, et tira de sa ceinture une fine épée ciselée dont le pommeau était décoré d’un arbre d’or.

 

− Il… il existe peut-être un moyen… Même si je n’ai plus la force de le faire moi-même…

− Quelle est cette épée ?, la coupa Imoen en écarquillant les yeux. Ce… ce symbole… on dirait…

 

Elle tira de sa poche le collier qu’elle venait de saisir sur le corps du Rakshasa, et celui-ci se mit à resplendir d’une lumière iridescente.

 

− Où avez-vous eu ce collier ?, s’écria la prêtresse d’une voix presque affolée.

 

Son arme s’était elle aussi mise à luire de la même couleur verte, et une sorte de vibration chantante s’éleva dans la pièce.

 

− Que se passe-t-il ?, demanda Daren. Quelle est cette lumière ?

− Ce… ce sont les reliques de Rillifane !, répondit-elle, un élan d’espoir dans la voix. Je… je pensais qu’elles étaient perdues !

− Que se passe-t-il, insista Imoen. Qui est ce Rillifane ?

− Ce temple, là, reprit Demin en désignant un bâtiment sur la carte, à l’Est de la ville, est consacré à Rillifane Rallathil, le Seigneur des Feuilles. C’est notre dieu, protecteur de la forêt et gardien de la nature. L’épée et le collier sont ses reliques, mais l’une d’elle a été volée pendant l’invasion. J’ai réussi à récupérer la lame, mais pas le pendentif. Grâce à eux, grâce à vous, nous pouvons à nouveau entrer en contact avec notre protecteur. Mais… je…, je n’ai pas la force de le faire… Nous aiderez-vous ?

− Bien sûr que nous allons vous aider !, répondit vivement Aerie. Je sens l’Arbre de Vie souffrir… et la douleur des elfes est aussi la mienne ! Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir, Daren !

 

Demin tendit lentement son arme à Imoen qui la saisit maladroitement, et la lumière s’atténua petit à petit.

 

− Quel est le plan ?, demanda soudainement Daren.

− Nous devons trouver Irenicus et entrer dans le palais, résuma Jaheira.

− Gardez les reliques, proposa Demin. Vous pourrez en avoir besoin. Elles recèlent un pouvoir important qui pourra peut-être vous venir en aide.

 

Imoen rangea l’épée à sa ceinture et le pendentif dans une poche.

 

− Vous pourrez rejoindre Elhan ?, lui demanda-t-elle.

 

La prêtresse acquiesça en silence, tandis que chacun rassemblait ses armes. Ils sortirent précautionneusement avant de scruter les environs à la recherche d’éventuels laquais d’Irenicus. Au dehors, le brouillard, bien que moins dense, recouvrait encore les environs et masquait les alentours. Cependant, après une rapide inspection, la place demeurait déserte.

 

− En route, ordonna Jaheira. Allons-y.

 

Ils descendirent tous les six des étages qui surplombaient la place qu’ils venaient de quitter.

 

− Bonne chance, leur lança Demin.

− Merci, répondit Daren en lui rendant son salut. Et bonne chance à vous aussi.

 

La prêtresse se dirigea vers le sud, tandis qu’ils s’enfonçaient dans la brume argentée en direction du cœur de Suldanessalar.

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