Chapitre 8 : Jugement

Le silence. Un silence assourdissant. Il faisait froid. Sa chute lui avait paru durer une éternité, mais il ne ressentait aucune blessure. De la roche. Ses mains ainsi que son visage étaient appuyés sur une surface rocheuse. Lentement, Daren ouvrit les yeux, découvrant un spectacle stupéfiant. Et angoissant. S’il avait eu suffisamment de force pour crier, il l’aurait déjà fait. Une pâle lumière blanche illuminait la caverne dans laquelle il se trouvait. Devant lui se dressait une porte. Une porte titanesque, dont les montants étaient faits d’os humains. Il leva encore les yeux. Plus haut, juste sous la voûte, incrustés sur ces os, trois yeux gigantesques multicolores palpitaient d’une vie propre et semblaient le dévisager.

 

− Hou… ma tête…

 

Cette voix. Daren se redressa et scruta les alentours. Imoen. Ses autres compagnons se tenaient aussi à ses côtés, évanouis.

 

− Daren ? C’est toi ? Où sommes-nous ?

 

Était-ce une illusion ? À l’exception du décor, tout semblait si réel. Au centre de la caverne, une immense colonne de pierre soutenait un plafond si haut qu’il était impossible de le distinguer. Jaheira, Aerie et Minsc se réveillèrent à leur tour, sous les yeux ébahis de Daren et de sa sœur.

 

− Que s’est-il passé, Daren ? Quel est cet endroit ?

− Je n’en sais rien… Je…

 

Il se remémora ses derniers instants de conscience. Sa victoire face à Irenicus. Et son âme, aspirée vers les profondeurs de la terre.

 

− Je me souviens d’un cauchemar, ajouta Imoen. Une sensation… de vide, et… et je crois que c’était toi. Il me semblait que tu m’appelais. Que tu hurlais mon nom. J’ai eu peur. Je me suis débattue, et… je me suis réveillée, ici.

− Il n’y a aucun doute possible, intervint Jaheira d’une voix fataliste. Nous sommes… nous sommes morts.

− Morts ?, répéta Aerie, affolée. Mais cela n’a aucun sens ! Nous sommes… Je…

− C’est la vérité…, la coupa Imoen en soupirant. Enfin… je le crois…

− Ton étrange pouvoir nous a attiré ici, Daren. Avec toi, reprit Jaheira.

− Nous sommes au cœur même des Neuf Enfers, conclut Imoen.

 

Les Neuf Enfers. Le monde des âmes sans vie. Des livres qu’il avait lus durant son adolescence à Château-Suif, il se souvenait vaguement de ce nom, ainsi que de quelques anecdotes terrifiantes à son sujet. Son regard se porta sur les yeux globuleux et injectés de sang qui l’observait en silence. Il se sentait épié, menacé même. Aerie s’était réfugié près de lui, serrant son bras dans ses mains.

 

− J’ai peur, Daren…, lui murmura-t-elle à l’oreille. Mais au moins, je suis avec toi.

 

Des cris, inhumains, retentirent contre les parois de la grotte. Ils semblaient s’échapper d’étranges puits qui bordaient la caverne. Néanmoins, il ne parvint pas à se concentrer sur leur origine, une question le harcelant sans cesse. Pourquoi ? Pourquoi était-il ici ? Pourquoi étaient-ils ici ? Ces yeux effrayants continuaient à le dévisager, inlassablement. Il sentait leur présence, presque à l’intérieur de son âme. Que voulaient-ils ? Tout cela n’avait aucun sens.

 

− Et toi, Minsc ?, demanda-t-il finalement à son compagnon. Qu’en penses-tu ?

− C’est une mort glorieuse au combat pour Minsc et Bouh ! Nous étions en bonne voie pour le champ d’honneur et les halls de Rashémanie, mais nous avons sentis que tu avais besoin de nous, Daren, alors nous sommes venus !

− Que veux-tu dire par là, Minsc ?

− C’est ce qui s’est produit pour nous tous, répondit Jaheira à sa place. Nous étions inconscients lorsque cela s’est produit, mais je suis sûre que je ne suis pas la seule à avoir ressenti ton… « appel ».

− C’était plus qu’un appel, confirma Imoen. C’était… une sorte de main, invisible, qui m’étouffait, et m’attirait… Même si j’avais voulu y résister, je crois que je n’aurais pas pu.

 

Son regard se posa sur Aerie. Venait-il réellement de précipiter ses compagnons au cœur même des Neuf Enfers ? Cette simple pensée le fit frissonner, mais le discret hochement de tête gêné de l’avarielle confirma ses pires craintes.

 

− Je suis… désolé, soupira-t-il enfin. Désolé pour tout…

− Il me semble que nous étions tous d’accord avant d’affronter Irenicus ?, trancha Imoen. Nous t’avons suivi parce que cela nous semblait juste de le faire, et nous n’allons pas te laisser tomber maintenant.

 

Un détail qui lui avait échappé le fit soudainement sursauter.

 

− Minsc ? Tu… tu n’es pas blessé ? Ni aucun d’entre vous ?

 

Le rôdeur inspecta rapidement ses bras, lui aussi surpris, mais il semblait en pleine santé.

 

− Blindé, affûté, et impatient d’y aller !, conclut le rôdeur d’une voix déterminée en se frappant le torse.

− Il semblerait que ce qui nous affecte dans le monde des vivants n’ait pas cours ici, conclut Jaheira. Ce qui est sûrement un avantage.

 

Imoen fronça les sourcils, pensive, et exprima ses pensées à voix haute.

 

− Je n’arrive pas à comprendre… Pourquoi n’ai-je pas suivi Bodhi dans… enfin là où elle est allée lorsqu’elle est morte ? À moins que… À moins que ce ne soit parce qu’elle était une vampire ? Qu’elle n’avait pas d’âme ? Je ne sais pas…

 

Daren ne s’était pas posé la question, mais l’interprétation de sa sœur avait l’avantage d’expliquer la situation dans laquelle ils se trouvaient. Cependant, une autre interrogation, bien plus pragmatique, pointait à chaque nouvelle question, et Daren se décida enfin à formuler à voix haute ce qui brûlait toutes les lèvres depuis leur réveil.

 

− Bien… Et que fait-on, maintenant ?

 

La question resta sans réponse, dans un silence gêné. Daren fit quelques pas dans l’immense caverne. Un cri de terreur retentit à nouveau. Il semblait s’échapper de la crevasse au bord de la paroi. Quelques relents d’une fumée grisâtre s’en échappèrent, puis la grotte retrouva son calme angoissant. À pas lents et mesurés, Daren s’approcha du puits nauséabond, suivi par sa sœur. À mesure qu’il s’avançait, il percevait des chuchotements incessants, de plus en plus distincts. Comme si une multitude d’enfants prononçaient son nom à voix basse et l’appelaient. Il s’approcha encore. Plus près.

 

− Il y a des marches !, s’écria Imoen.

 

Il sursauta à nouveau. Ses compagnons le rejoignirent, l’arme au poing. Un escalier en colimaçon s’enfonçait effectivement plus profond encore. Les marches usées dégoulinaient d’un liquide noir, visqueux et épais, que Daren préféra ignorer avant de n’avoir plus aucun doute sur sa nature.

 

− Je… je ne me sens pas rassurée, murmura Aerie.

 

Personne ne releva sa phrase, mais tous devaient ressentir la même tension. Les chuchotements se firent plus intenses, et Daren dut porter ses deux mains à ses oreilles pour en atténuer le son. Le nœud d’angoisse continuait à se serrer autour de son estomac, et son cœur battait si fort qu’il en avait du mal à respirer. Mais il n’avait pas le choix. Il devait descendre. Il retint sa respiration et d’un pas mal assuré, posa son pied sur la première marche. Il sentait une présence, imposante, terrifiante. Quelqu’un, ou quelque chose, l’attendait en bas de cet escalier. Il lança un dernier regard à ses compagnons derrière lui, et s’enfonça dans les ténèbres, tiraillé par la peur et le doute.

 

− Ah, te voilà enfin, enfant de Bhaal !

 

Une voix suave et nasillarde s’éleva du néant. Il venait d’atteindre la dernière marche, et dans la pénombre du tunnel sur laquelle débouchait l’escalier, une créature aux écailles rouge sombre, deux immenses ailes dans le dos, semblait l’attendre patiemment. Ses deux yeux rougeoyants illuminaient un visage démoniaque marqué par des cicatrices et surmonté de deux épaisses cornes ivoire. Malgré son aspect terrifiant, Daren ne le craignait pas. Comme s’il connaissait déjà ce démon, comme s’il était une partie de lui-même oubliée depuis trop longtemps.

 

− Viens-tu enfin réclamer ton héritage ?, reprit la créature d’une voix trop aigue pour sa taille. Et en morceaux qui plus est. Ce doit être vraiment terrible de mourir dans ce triste état…, ironisa-t-il.

− Réclamer mon héritage ?, répéta Daren, interloqué. De quoi parlez-vous ?

 

Le démon lui adressa un sourire glacial et frotta lentement ses longues griffes.

 

− Ton héritage, Enfant, expliqua-t-il. Ceci est le royaume de Bhaal. Tu n’as pas rejoint l’ancienne essence de Seigneur du Meurtre, n’est ce pas ? Non… Ton sang est donc dominant ici.

 

De quoi parlait-il ? Était-il en train de rêver ? Une terrible appréhension lui serra soudainement le cœur. Que faisaient ses compagnons ? Il se retourna si précipitamment qu’il faillit en perdre l’équilibre. Mais ses pires craintes s’étaient réalisées. Il était seul. Les marches derrière lui avaient laissé leur place à une paroi rocheuse. Il était prisonnier, avec pour seule compagnie cette créature démoniaque.

 

− Où sont mes amis ?, s’écria-t-il d’une voix tremblante. Où sont-ils ?

 

Le démon le fixa d’un sourire provocateur, ses deux pupilles de feu scintillant d’une aura maléfique.

 

− Tu n’as nullement besoin de tes amis, ici. Cela t’est totalement inutile, car c’est toi qui as le pouvoir… Ou plutôt, la partie de Bhaal qui est en toi a le pouvoir. Mais… l’autre partie appartient pour le moment au sorcier.

 

Ainsi, il était ici, lui aussi. Même s’il n’avait pas véritablement osé se poser la question, il ne pouvait qu’admettre que c’était l’explication la plus plausible.

 

− Irenicus ? Irenicus est ici ?

− Il a volé une grande partie de ton âme divine, continua le démon, mais en le tuant, tu en as récupéré une moitié. Ce qui fait de vous deux êtes liés. Aucun n’est vraiment mort, aucun n’est vraiment vivant. Très intéressant, vraiment…

 

Daren souffla longuement, expirant l’air autant que l’angoisse qui menaçait de le paralyser. Il ferma les yeux quelques secondes et posa une nouvelle question à la créature.

 

− Quels choix me reste-il, dans ce cas ?

− Les Larmes de Bhaal, Enfant, répondit le démon. Elles seules t’ouvriront la voie.

− Et… que sont ces… « Larmes de Bhaal » ?

− La mort a fait couler beaucoup de larmes, Enfant. Et Bhaal les conservait de son vivant. Elles fermeront ces yeux que tu redoutes tant, et te montreront le chemin de ton âme. Mais tu as bien fait de venir me voir. Car, vois-tu, tu es le seul qui puisse vaincre la terrible créature qui détient ici-même l’une des Larmes de ton défunt père.

 

Les « Larmes de Bhaal ». Daren serra la garde de son épée et la caressa lentement de son pouce. Malgré son éprouvant combat contre le sorcier, il ne ressentait aucune fatigue. Et la perspective d’un combat ne l’effrayait pas outre mesure.

 

− J’ai entendu le récit de tes prouesses enfant de Bhaal, insista le démon. Très impressionnant, pour un mortel. Tu as réussi à vaincre de puissantes créatures, grâce à ton courage et à ton habileté. N’importe quel mortel n’aurait pas accompli ces actes avec une telle bravoure. Tu es devenu un maître dans l’art de la conquête, enfant de Bhaal ! Maintenant, va ! Terrasse la créature qui se tapit dans cette caverne, et accomplis ton destin !

 

Une bouffée de fierté emplit son cœur. Il se sentait prêt. Ce n’était qu’une simple épreuve de plus, une parmi tant d’autres. Il leva un pied. Puis se ravisa. Ses compagnons ne seraient pas avec lui pour le soutenir, et il ne pouvait se risquer à un affrontement aussi incertain sans davantage d’informations.

 

− De quelle sorte de créature s’agit-il ?, s’enquit Daren.

− C’est une créature très puissante, que toi seul peux vaincre. Mais je sais que tu n’échoueras pas. Je te connais mieux que personne, et je sais que tu vaincras ! La Larme de Bhaal te revient de droit !

 

Un doute. Le démon semblait si impatient de le voir combattre qu’une incertitude, à peine perceptible, l’incita à l’interroger à nouveau.

 

− Vous n’avez pas répondu à ma question.

− C’est une créature qui mérite la mort, enfant de Bhaal, répondit le démon d’un air surpris. Tu es un combattant hors pair, et j’avais pensé que tu serais en mesure de triompher là où d’autres ont échoué…

 

Une partie de lui-même brûlait d’impatience de faire taire ces offenses une fois pour toutes. Mais il ne pouvait non plus ignorer l’insistance ambiguë avec laquelle le démon le provoquait.

 

− Pourquoi mérite-elle la mort ?

− Parce que…, commença la créature quelque peu décontenancée, parce qu’elle… existe, Ô Seigneur du Meurtre, et qu’elle se dresse en travers de ta route !

− Que voulez-vous dire par « se dresse en travers de ma route » ? Qu’elle me barrera le passage ?

 

Le démon ne répondit pas tout de suite. Il poussa un long soupir qui se transforma en grognement, puis croisa les bras d’un air contrarié.

 

− Hé bien… non. Il se peut qu’elle te donne la Larme, si tu lui demandes bien sûr. Je vois que malgré tes exploits, tu n’es qu’un lâche enfant de Bhaal. Hé bien qu’il en soit ainsi ! Mais souviens-toi que l’humilité est le refuge du faible !

 

Dans une explosion silencieuse, le démon se volatilisa en une fumée noirâtre, laissant le couloir libre derrière lui. Daren lança un dernier regard en arrière, un infime espoir d’apercevoir l’un de ses compagnons, et s’engouffra dans le tunnel qui déboucha très vite sur une vaste caverne. Une odeur âcre de souffre lui arracha une toux rauque, et un bras sur le visage, il s’avança dans la grotte.

 

− Tu as agi sagement, enfant de Bhaal, tonna une voix caverneuse.

 

Au centre caverne se dressait une créature ailée aux écailles cuivrées, un dragon majestueux de plus de dix mètres de haut qui s’adressait à lui.

 

− Tu as contrôlé ton instinct, je te laisse donc la Larme.

 

Le dragon lui tendit une patte griffue, et déposa au creux de sa paume une sorte de coquillage torsadé de couleur ébène. Daren leva les yeux vers la créature ailée, dont les contours commençaient déjà à s’estomper. Tout autour de lui devint flou, jusqu’à l’obscurité la plus totale.

 

 

− Daren ? Tu te sens bien ?

 

Imoen posa une main sur son épaule, et il se retourna en sursaut.

 

− Que… Imoen… Tu… ?

− Ça va ? Tu as l’air bizarre… Viens, on remonte, il n’y a rien ici.

 

La Larme de Bhaal. Il la sentait, nichée dans sa main droite. Le démon, le dragon. Comment ses compagnons ne pouvaient-ils rien avoir remarqué ?

 

− Tu viens ?, lui lança sa sœur qui avait presque atteint la surface.

 

D’autres voix étouffées lui indiquèrent qu’Aerie, Jaheira et Minsc étaient déjà remontés depuis un moment. Il se frappa le front de son poing, et respira profondément. Il n’était pas fou. Pas complètement.

Sans attendre davantage, il escalada au plus vite l’étroit escalier malodorant et rejoignit ses compagnons qui ne semblaient pas s’être rendu compte des évènements.

 

− Bon… Nous ne sommes pas plus avancés, souffla Jaheira d’un air contrarié.

− Je…, balbutia Daren. Vous voulez dire que vous n’avez vraiment rien vu ?

 

La druide le dévisagea comme s’il avait contracté une maladie contagieuse.

 

− Vu, quoi ?

 

Daren déplia sa main et dévoila la pierre noire à ses compagnons.

 

− Qu’est-ce que c’est que ça ?, demanda Imoen.

− Une Larme de Bhaal.

− Une… « Larme de Bhaal » ?, répéta-t-elle, incrédule.

− Nous n’avons pas de temps à perdre avec ça, trancha Jaheira d’un ton exaspéré. Nous devons trouver une issue à ce… à cet enfer.

− Il y avait un démon, reprit Daren d’une voix blanche. Maintenant j’en suis sûr, c’est le même démon que j’ai rencontré lors de mon rêve pendant le rituel d’Irenicus.

− Quoi ?, l’interrompit la druide.

− Il m’a dit que le seul moyen de récupérer mon âme était de trouver les larmes de Bhaal, continua-t-il en ignorant son intervention. Et il m’a… demandé de combattre un dragon. Mais j’ai refusé. Il a insisté, plusieurs fois, en me flattant, mais je n’ai pas cédé. Et… je…

− Tu délires complètement, le coupa à nouveau la druide en secouant la tête. Ton combat contre Irenicus a dû te…

− Mais je ne mens pas !, s’écria Daren, désemparé et furieux. Ce que je raconte s’est réellement passé !

− Moi, je te crois, intervint Aerie.

 

La demi-elfe leva les yeux au ciel en haussant exagérément les épaules, voilant à peine une remarque acerbe sur l’avarielle.

 

− Nous…, reprit Aerie, nous n’avons rien vu de ce que tu décris… Mais si tu penses réellement que c’est arrivé, je suis prête à te croire.

− Et ton démon, ajouta Imoen, pensive, il t’a dit comment te servir de ton caillou, là ?

 

Daren leva la Larme de Bhaal à la hauteur de son visage et tourna lentement ses yeux vers la porte colossale un peu plus loin.

 

− « Elles fermeront ces yeux que tu redoutes tant », c’est à peu près ce qu’il m’a dit.

− Et… ces « yeux », quels sont-il ?

 

Il frissonna à la simple idée de croiser leur regard, et désigna d’une main les trois globes oculaires géants suspendus au-dessus du vide.

 

− Alors, allons-y.

 

Imoen s’avança vers les deux battants titanesques et invita les autres à la suivre. Maintenant qu’il s’en approchait, il remarqua que les deux parties de la porte s’emboîtaient en suivant une chaîne de dents humaines, ce qui ajoutait encore à l’horreur de l’édifice. Il tenait toujours la pierre noire serrée dans sa main. À mesure qu’il s’approchait, elle sembla s’animer d’une vie propre. Il pouvait presque la sentir palpiter contre sa paume. À moins que ce ne fût ses propres pulsations cardiaques. Il déglutit plusieurs fois. La sensation d’un poids immense pesant sur ses épaules l’empêchait de redresser la tête et de faire face à ce qu’il savait être son pire cauchemar. Une goutte de sueur perla de sa tempe et coula le long de sa mâchoire, puis de sa nuque. Son cœur battait à tout rompre. D’un geste lent et maladroit, il leva sa main droite au-dessus de lui et tendit la Larme de Bhaal en offrande.

 

− Regardez !, s’écria Aerie.

 

Instinctivement, il releva la tête. La pierre s’était mise à luire d’un éclat argenté et commençait à se dissoudre comme une motte de sable. Au-dessus, l’un des yeux illumina la grotte de la même lumière, et un chemin de fumée blanche se forma entre l’œil et la pierre. La Larme de Bhaal se décomposait lentement, et il avait l’impression que chaque poussière pénétrait à l’intérieur même de son corps, le nourrissant d’un pouvoir inconnu. Après presque une minute hors du temps, la lumière cessa tout à coup. La Larme de Bhaal avait totalement disparu.

 

− Daren ?, s’inquiéta Aerie. Tu… tu vas bien ?

 

Une sensation de force et de puissance l’avait soudainement envahi, mais les mots de l’avarielle le ramenèrent à la réalité.

 

− Je… Oui… Oui, ça va.

− Il reste deux yeux encore ouverts, déclara Imoen d’un ton fataliste. Ce qui signifie que…

 

Elle marqua une pause et baissa le regard. Il savait exactement où elle voulait en venir. Comme le lui avait expliqué le démon, lui seul avait le pouvoir ici. Et c’était à lui et à personne d’autre d’affronter ses propres épreuves. Seul. Tous l’avaient compris, ils ne pouvaient rien pour lui.

 

− Je… je vais le faire, répondit-il enfin. C’est le seul moyen de sortir d’ici, de toute façon.

 

Jaheira n’intervint pas, mais le dévisagea intensément, à tel point qu’il se sentit mal à l’aise. Elle fit quelques pas dans sa direction sans détourner les yeux, lorsque l’avarielle saisit ses mains dans les siennes.

 

− Bonne chance mon amour.

 

Elle l’embrasa tendrement et le gratifia d’un sourire affectueux. Daren croisa le regard de Jaheira, et crut un instant deviner une larme se dessiner sur sa joue. Il rajusta son épée à son fourreau, prit une profonde inspiration, et se dirigea vers le puits à l’opposé de la porte. Seul.

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