Frère et soeur

− Daren…

− Je sais.

 

Il ne restait plus que lui et sa sœur. L’air pur et cristallin caressait le visage de Daren, marqué par la tristesse. Des milliers de questions berçaient son esprit exténué, mais trouver le sommeil n’était pas encore envisageable. Au-dessus d’eux, la lune immaculée disparut soudainement derrière un voile gris, et quelques gouttes fraîches clapotèrent harmonieusement sur les feuilles.

 

− Qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

 

La voix d’Imoen se changea en écho, porté par la brise montante. Il ne voulait plus penser à quoi que ce fût. La douleur, la peine, mêlée à une infinie lassitude, l’empêchaient d’éprouver toute autre sensation.

 

− Nos âmes nous sont finalement revenues, continua-t-elle en posant sa tête sur l’épaule de son frère.

 

La pluie s’intensifia imperceptiblement et coula sur sa joue. Son âme… Son esprit débordait à présent de sensations qu’il avait presque oubliées, brutes et incontrôlées. C’était comme percevoir à nouveau les couleurs sur une toile aseptisée par le temps. Imoen posa une main sur son bras, et le contraste de son contact chaleureux avec l’eau gelée qui coulait le long de ses doigts le fit tressaillir.

 

− J’ai peur, Daren. Peur de ce qui pourrait arriver… Peur de te perdre.

 

Il passa un bras autour d’elle, et ferma les yeux. Le son continu de la pluie se changea en une mélodie envoûtante, apaisante. Rien ne lui permettait de prédire l’avenir, mais il n’aspirait simplement qu’à vivre en paix auprès de ses compagnons, à l’abri des complots et des guerres. Il resserra son étreinte, posant sa joue sur la longue chevelure rousse de sa sœur. Les deux enfants de Bhaal, enfin entiers, enfin réunis. Le temps resta en suspend quelques secondes. Rien ne serait plus jamais comme avant. Une page s’était tournée, pour toujours. Mais une étape était à présent franchie, un point de non-retour qui avait définitivement bouleversé leur vie et leur destinée.

 

− Il pleut. Rentrons.

 

Ils n’avaient pas besoin d’échanger de mots pour se comprendre. Un simple regard, un sourire esquissé, suffisait. Quelque fût l’avenir qui lui était réservé, les noms de ceux qui étaient tombés resteraient gravés à jamais dans ses souvenirs. Trop de morts avaient croisé sa route, et une seule chose importait à présent : préserver la vie de ceux qui lui étaient chers. Et rien ne pourrait désormais le détourner de cette tâche.

 

Un mince croissant de lune illumina le sommet de l’Arbre de Vie, un sourire céleste, avant de laisser le voile de la nuit recouvrir la cité éternelle de Suldanessalar.

 

***

FIN

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